CIIAPITRF, X LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT
Le jugemeot chfif, l'enfant avnnt l'ncquUilioD du langage. — Jugements qui i sont que des aasucialions suit de souvenirs identiques, soit de souvenirs dil renta. — Jugements qui supposent une comparBison entre deux états. — Ce la seneitiilité, ce sont surtuiit ies besoins qui provoquent les jugements praf ques de l' entant, exprimés par ses actes. — Que toute perception claire est ^ jugement. ~ Aptitude de l'tintont à acquérir des associations d'idf ea, soit spoi tanement, soit par suggestion. — PreniiËres manircatAtions du raiaonnemeii
— Induction des moyens à la fin. — Itecberche de la cansalité. — H. Le jujjl ment pendant et après l'acquisition du langage. — Des jugements très ne) exprimés par dea propositions incomplfites. -~ InsuCllsance verbale corr? pondant à. un défaut d'imniyse . — Jugements d'existence. — Jugements de rd lion, — Les premiers jugements sont individuels. — Jugements nâgatil
— 111. Transition du jugement au raisonnement. — Inférence d'un fait A % nuti'e fait. — Divers degrés d'induction. — Raisonnements par analogie. ~' Qt l'enfant, dans ses raisonnements, ne a'éliWe |iiis à dea propositions générale univeiielles. — La notion de causalitii. — Ln rûle de rMucalion dans le Aiv loppement de la notipn de cause. — Lea • pourquoi " de l'entant.— La notioiii flnalitê. — Lea commeneemeata de la raison. — L'eapace et le temps. — V Les infirmités de l'intelligence enfantine. — Ses naïvetés apparentes ae soi bien souvent que des gaucberies de langage. — Cause des faiblesses infelle tuelles de l'enfant : l'ignorance, la confusion des idées, les associations frivoll
— Mobilité dea impressions. — Pracipitalion du jugument.
, Il y a deux périodes bien distinctes dans le développement jugement et du raisonnement : la preraiÈre, avant que l'enfant sat parler, la seconde, ù partir du moment Où il entend le sens des mi et commence à savoir s'en servir. Mais, dans l'une et dans l'autre, 1 facultés naissantes du jugement et du raisonnement ont pour cara tère commun de n'être pas encore des facultés de réflexion; ell procèdent d'une sorte de spontanéité naturelle. Le jugement et
LE JUGEMENT ET LE flAlSONSEMENT. 197
^raisonnement de Teofant sont presque tonjours îrréfléchia. Oc n'y îienl pas l'effort, et c'est ce qui fait à la fois la faiblesse et le charme ilo ces premiers essais de la pensée. Sans doute, c'est grâce au lang!>ffe que rinlelligence se délie, que la pensée s'analyse. Mais l'usage de la parole n'est pourtant pas nécessaire pour que le jugement et 11! raisonnement commencent & s'exercer; et si, chez l'adulte, la prnsée n'est guère qu'une parole intérieure, les mots étant devenus ii;\r l'effet de l'habitude les instruments du travail intellectuel, il ■■-l certain que, chez l'enfant, la pensée précède et seule rend pos- -ible l'acquisition du langage- La plupart des actes, des mouvements etdes gestes du tout peLit enfant, témoignent qu'il juge déjà à sa manière. Il sourit i sa mère, illarecouDait; ce qui implique les éléments essentiels du jugement: la représentation d'une personne, le souvenir de l'avoir déjà vue, (l-à-dire des commencements d'idées, plus l'alfirmation que cette )nne est présente, qu'on le sait et qu'on ne lu confond avec auautre. Porté et promené par sa bonne, l'enfant fait le geste de idre la porte : il juge que c'est par Id qu'il faut sortir. Devant un mger, effrayé, il se hloltit sur le sein de sa nourrice : il a donc ience qu'une personne qu'il ne connaît pas se prâsenle à lui U première fois. Il repousse un aliment, il en recherche avide- . on autre: preuve qu'il les distingue. 11 s'écarte du feu, parce sut que le feu brûle, parce qu'il se rappelle tout au moins que Isu l'a brdlé une fois.... Une foule de jugements traversent ainsi. ime des lueurs rapides, le cerveau de l'enfant. Il s'aperçoit de la irilion de sa bonne, des ses parents; il les redemande à grands , il salue leur retour par des transports de joie. Il reconnaît fort quelqu'un de ses jouets lui manque. M. Preyer cite un enfant dix mois, auquel on ne pouvait enlever une seule de ses neuf nies, sans qu'il le remarquât; le même enfant, fi dix-huit mois, mit fort bien reconnaître s'il avait ou non son compte, dans un de dix animaux, is les exemples que nous venons d'énumérer apparaissent pUiëtapes distinctes du progrès de l'intelligence. Dans le premier il n'y a qu'une association de souvenirs identiques. L'enfant a rsaiarquê le visage de sa mère, le visage de son père, n ces visages ijni, en tant que taches blanches et rosées, avec deux yeux brillanls », ■tnmc dit Helmholtz, constituent un ensemble facile à reconnaître. ((-s revoit tous les jours. Des imagus toutes pareilles se succèdent
L'ÉVOLUTION ISTELLECTIELLE.
el se rappellent TunL- THulre. Il u'y a là qu'une at^snciation d'In visuelles, que la mémoire a retenues et qui se sunl groupées fi former des notions toutes sensibles. Dans d'autres cas, il y aeB association de souvenirs, maie de souvenirs distincts. L'enfanl,R \oyant des images connues, la porte de l'appartement, la flammela bougie, se rappelle les événements consécutifs qui, dans de p cédcnies expériences, ont accompagné l'appariliim de ces imprt sions visuelles : la promenade, la brfllure. El ces 6véneuieo(s.ll atlcod le renouvellennent, par une sorte d'induclîon spontanéell Enliti, dans les derniers exemples cités, il y a quelque chose dsplul il y a, en l'absence de l'objet, de la personne, le sentiment çuse objet, cette personne vous manquent: il y a la constatation dftlfl absence, provoquée chez l'eni'ant par le besoin qu'il a de leurpr senee, une vi^rîtable comparaison entre les deux états, l'un pus l'aulre actuel, avec le vif désir que l'étal passC^ se renouvelle.
Dans ces associations de ^ouveuirs.qui sont les principes des jufi ments de l'enfant et qui peuvent revêtir tant de formes diverses^ sont les besoins, les inclinations qui le plus souvent excitenllf phécomèncs inlellecluels. L'enfanL ne devient ])eu fi peu rat*llig« que parce qu'il est déjà sensible, parce qu'il a des appâtils, i affections, de petites passions. Dans l'ûge adnlle, nous pouïB jusqu'à un certain point agir par la pensée seule; mais ceum abstrait de l'inLelligence pure n'est pas le fait de l'enfauL Chnï la sensibilité est presque toujours l'excitatrice de l'inlellign Chacun de ses souvenirs est pourainsi dire sous la garde d'un b«i d'une sympathie, d'une alTecLioo. Aussi ne faut-il pas s'ètonHrJ besoin de la nourriture et le goùl des friandises étant ce qu'ifesfl cheï l'enfaoL, que son intelligence se développe d'abord dansi! actes qui se rapportent k l'alimentation. M. Preyer en donne qatàip exemples bien curieux, Un enfant de dix mois, quand il s'apîW vait, après avoir longtemps tété, qu'il n'obtenait plus que qBelipB gouttes de lait, posait la main sur le sein de sa nourrice et lep* sait fortement (3): ressouvenir probable, avec application pn^O d'une expérience fortuite qui lui avait montré un rapport enW'
(1) M. BOM-WES, dans VÉvoliUion mcnhile des anitiwux (p. 331), diiflnil** ment re genre da iu(femenl, en disnnt (|u'il y n là une aBsnciotion d'idéni»! que la présence d'une perceplifm réveille la eonnnissnnet indiirtiïe J"!»! plument de cette jierce|ition, ou l'on (Ici potion induetive d'un évûueuient lilbB
(îj M, Pbeïbii, op. cil., p. 397.
^M LE IL'GEXENT ET LE RAISONNEXEiNT 199
^BuniiresBioD du soin el l'écoulem^Dt plus ou moins abondanl du lait. ^■knois plus lard, le même enfant, revoyant sur la table une boile ^^n U veille on avait pris un gAteau pour le lui donuer. lit le ^este ^Hldemander un nouveau gâleau.lît un autre Jour, à vingt et un mois, ^^■anl mangé un biscuit que soo père avait tiré de la poche d'un j^Pbiit suspendu dans un placard, il alla directement au placard, pour iVdieccher dans l'habit un second biscuit....
M Si lintelligence de reufanl ne manifeste pas plus souvent dans les W premiers mois sou activité naissante, c'est qu'une éducation pleine 1 de sollicitude, par les soins minutieux dont elle l'entoure, le dispense M de loute peine, de toute recherche; c'est que ses désirs sont pré- Hpenus, satisfaits souvent, avant qu'ils aient eu le temps d'apparaître. ^Bllgrâ soo extrême faiblesse physique, l'enfant, s'il était plus souvent ^Bbeadonoé i, lui-mi^me, si cette faiblesse même n'imposait aus pa- ^^Dts lobligation de lui éviter, de lui épargner tout effort, l'enfant, HjDus la discipline de la nécessité, se montrerait beaucoup plus tôt Bitlelligent, inventif et industrieux.
^■H est bien entendu d'ailleurs que, en dehors des jugements dont ^Hns avons donné des exemples, et qui supposent plus ou moins ^Ke comparaison consciente ou inconsciente de plusieurs souvenirs. ^Bplusieurs perceptions successives, l'enfant juge par cela seul qu'il ^Krfoit, qu'il exerce ses sens. Toute perception claire est un juge- ^Bect. Dès que la conscience distingue un objet, elle juge, elle dis- ^Bne, elle n discrimine », selon l'expression des psychologues an- Hpjs; elle dit que cet objet est ce qu'il est, qu'il n'est pas tel autre; ^Heapplîque déjà, le principe logique d'identité. « Le premier rayon de lumière qui entre dans l'œil d'un enfant, et la première goutte de lait qui tombe sur sa langue, a dit Hivarol, forment le premier jugement, puisqu'il sait que l'un n'est pas l'autre. »
Quand on traite de l'intelligence chez les enfants encore muets, une comparaison s'impose, la comparaison avec ce qui se passe chez Is animaux. L'animal en effet reste toute sa vie ce que l'enfant -I pendant quelques mois : un être relativement intelligent qui ne : Mlle pas. Il est Facile de retrouver chez le jeune chien des juge- I 'nls, des inductions pratiques, qui ont une certaine analogie avec ■ - actes intelligents de l'enfant. Le chien sait très vite gratter b. la r">rte pour se faire ouvrir, ou encore conclure que le déjeuner va ■ lcL> servi, parce qu'il a eutcndii sonner la cloche qui l'annonce thaqiie lour. Il y a pourtant tout de suite des dill'êi'ences sensibles
rÉVOLL'TIOS INTELLECTUELLE,
fonds de connaissances, les yeux ne suffisent guère encore pflW rendre compte des angles ou des contours de ces objets: l'enû voudrait les palper.... Le bris des jouets di^pend du uême sysUi d'observations. A l'aidn de i\ui:h ressorts mystérieux la pailpiS d'une poup(^e ferme les yeux, coniinonl héle le mouton mécBniqiI par quel moyen roule le cheval, l'enfant a soif de le savoir; d't pourquoi, depuis le commencement de l'humanité, il a 1 csssé ses jouets, enrichissant, sans s'en douter, nos vilnneBdesm séos antiques àv. pvLites poupines d'argile sans bras ni jambes (tj. Ici encore, tout en admettant le pôle de la curiosité, il fautfiiKt part & l'instinct du mouvement, i)ui so traduit parfois parus Lnso de destruction.
Ce n'est pas tout de suite, d'ailleurs, que la curiosité enfantin s'exerce librement, avec cette hardiesse qui la caractérisen pi lard. Avant qu'il on vienne à désirer connaître les choses, Tenhl commence par en avoir peur et s'en détourner. Tout ce qui est m veau l'effraie. Et il est visible que, dans les premiers temps, ils! partagé entre le désir do se rendre compte des objets et un st secret de crainle. On peut découvrir chez lui quelques traces ililf que des écrivains modernes appellent la « néophobie » gonéisme », que l'anthropologisle ilalien, M. Lombroso.nousprfse"! arbitrairement comme la loi absolue de l'espèce humaine, lim. prompte à s'elfrayer des choses nouvelles, et qui n'est en TiM qu'un moment passager, un accident, soitdans la vie de l'hunn soit dans la vie de l'enfance. Cheï le nouveau-né, en effet, latendMl a l'inertie ne domine pas longtemps le besoin naturel d'acliOtt.l* qu'il est familiarisé avec les choses, et le premier moment ds'si prise passé, l'enfant les étudie avec une curiosité naïve qui njrW pas devant l'indiscrétion. El plus il aura i5té effrajfi d'abonl, J^ il se rattrapera ensuite, eu considérant sous toutes ses faces IW qui a vivement frappé son imagination.
L'élonnement est, en un sens, fe point de départ de lacariMia Tout ce qui surprend, tout ce qui est inaccoutumé, excite cheïl'aiii™ l'envie de comprendre et de se rendre compte. L'enfant, pour(' toutest nouveau, sera donc nécessairement curieux de toutes chi«* Au début pourtant sa curiosité se portera de préférence surlflSl* sonnes OU sur les objets qui sont en rapport avec ses premiers bBSWH
(I) CflAUPPLEORT, lis En/'anCi, I8';i, p. 226.
LE JIIGEUËNT BT LE 11Al&0N»EMENf. âOt
devenait agité et de mauvaise humour, si on ne le faisait pas sortir loiUdesuite. Une associai ion s'élail i'ormée entre l'idée de l'habillement et l'idoo de la promenade; et par une véritable induction rentant concluait que l'heure de la sortie était proche, puisqu'on lui avait mis ses habits de circonstance. — « A quatre-vingt-un jours, dit N. Preyer, eommeje produisais, en promenant un doigt mouillé sur les liords d'un verre h boire, des sons élevés et nouveaux pour l'enfant, celui-ci tourna aussitôt la télé ; mais il ne découvrit pas tout de suite la direction d'où venait le son ; il la chercha, et quand il l'eut trouvée, son regard ne quitta plus les mouvements de mon doigt. » cet exemple, le raisonnement de l'enfant est une véritable reihe de causalité.
même genre sont les observations suivantes : n A douze mois, pafant était habitué & voir chaque matin verser avec bruit charbon dans un poêle, le poéle A; au trois cent soixante- Ème jour, on fit la ni>5me opération dans le poêle B, situé une chambre voisine : l'enrant regarda immédiatement d'où l le bruit; ne voyant rien, il tourna la tôte de près de 180* garda d'un air d'interrogation le poêle A, qui avait déjà été li, » Dans ce cas encore, à une a^^sociation d'idées entre une auditive, — le bruit que fait le charbon en tombant — . et mpression visuelle, — le pofile qui se remplit, — se joint une Dplus ou moins vague de causalité. C'est en vertu des mêmes prinque Doddy, quand il avait six mois, occupé à regarder en Ut l'image de son père réQéchie dans une glace, se retournait [uement pour regarder son père, si celui-ci faisait une grimace, pourrait multiplier les exemples analogues. A six mois, Marcel ontre déjà très attentif aux ombres chinoises portées sur un blanc par le mouvement des doigts. Il les suit des yeux, mais retourne fréquemment du câté de la main de son père (1). I umple mobilité des yeux et du regard ? N'est-ce pas plutôt ^oJn de s'expliquer, de trouver la cause de ce qu'on observe? me enfant, à peu prés au même àgo, si on lui mettait dans les 1 l'exlrémité d'un cordon de sonnette, suivait du regard le
cnt le* premiers germes de la conscience et de ce pivctsêit» qu'on appelle ■pnneuent n {Revue philosophique, 1%'ib, p. 40G}.
mrSrei Darwin. « A ntTif mois et quelques joura, mon fils npprit tout seul «qu'une main, ou tout aulre objet, prulelalt sud ombre sur une muraille de lui, il fallait cbei'cber cet objet derrière lui. ■
Connaître, ce n*esl pas seulement savoir quelles sont les quallU des choses, c'est aussi et siirlciut i"' un prendre leur origine et Iftiii hut. Sous celle seconde l'orme, la curiosîlû su tnanirfïste déjà i:li»t> le lout petit enfant, par exemple quand il relourne la tête pour cher. cber d'oEi vieal le bruit, quand il suit du rçgard Jutiqu'à sou attacha; ' au plarond le eordon de sonnette qu'on lui a mis duns les n Mais elle ne se montrera dans toute sa force que lorsque, capaLll de parler, il multipliera ft plaisir ses « eomnieot •> et ses liLeniijfc V pourquoi »
Par SCS questions incessantes l'enfant devieudrail lerriblcmaj gênant, il serait un véritable fftelieux, si sa erêduliti^ n'âgalaU s curiosité, s'il n'iHait pas aussi JisposÉ A accepter la première expli cation venue que prompt à solUciler une réponse. L'intelUgencew santé so contente de pou. Tout est pour elle problème, maltêrïj question : mais lout lui est bon comme solution. Notons d'abord qil beaucoup des demandes de. l'enfant tendent seulein^t H conoalll les noms des choses. « Qu'est-ce que cela? « veut dire souvent n Comment cela se nomme-t-il? •> Et une fois le nom de l'objet ci l'enfant s'arnite, heureux de sa petite science, ayant ajouté un UC nouveau à son pauvre vocabulaire. Lorsque, un peu plus avancé ( ûge, il réclamera vraiment une explication, el que, dirigée d^àfn les grandes lois de la causalité et de la linalité, sa petite t voudra savoir à quoi sert un objet, ou comment un êvénemenlfi arrivé, il ne faudra souvent que lui présenter un mot à la place i'ii autre pour qu'il se déclare satisfait. Le plus banal parce que snRUj son pourquoi le plus impérieux ; les raisons les plus futiles lui pt raiâsent solides. De même qu'un appétit vorace ne s'Inquiète [U$d la qualité des mets qu'on lui sert, de même la curiosité de l'esrai^ dans son avidité crédule, s'accommode de toutes les justificaUûH de tous les éclaircissements qu'on lui offre. Et c'est précisé parce qu'il est si facile d'abuser de la naïveté des iutelligenceglj l'anlines, de les égarer par des réponses peu sérieuses, de leâ jsli pnr suite dans toute sorte de préjugés et de supepsIUtons, qoelt parents doivent être très scrupuleux dans le choix do.'s oxpUcatîO qu'ils leur fournissent. C'est commettre un crime de lëse-innoraR que s'amuser à tromper l'enTant. ¥X quand il n'est pas possible ^J répondre sérieusement à ses questions déplacées et iQopporlunts, vaut mieux lui répondre simplement : « Je no sais pas », ou blM M Vous ne pouvez encore comprendre cola lï votre ftge n, ^ f
a bonne foi, en lut racontant des faussetés ou des choses !fet sans valeur (t).
K curiosité de l'enfant se montre peu exigeante, peu difficile en i*esplîca lions, ce n'est pas seulement parce qu'il est ignorant |>w conséquent crédule, c'est aussi parce que sa pensée inconsite ne sait pas encore se fixer. « L'enfant n'insiste jamais sur les jets; ii les quitte aussi aisément qu'il les prend; il a oublié sa npre question avant que vous ayez fini de lui répondre (2). » Il us est arrivé plus d'une fois, devant une question gênante à laiclle nous ne pouvions répondre, de sortir d'embarras en détourut vers d'autres sujets l'imagination de nos enfants. M. Sully a il lit même remarque : « Le sentiment de l'ignorance n'est pas icore complètement développé chez l'enfant; le désir de connaître eal pas soutenu, n'est pas fixé sur chaque objet particulier par un tiTêt suffisamment défini ; de sorte que les parents constateront luietit que la pensée du petit questionneur est déjà loin de son i,l>'l, et que son imagination se promène ailleurs, avant même que nponse lui ait été donnée (3). n Dans ce cas, on le voit, il y a uliM mobilité d'esprit que véritable curiosité, si l'ou entend par irinsité l'instinct scieutitique qui ne se repose que quand il a trouvé 'ïfilicalion cherchée.
Hans l'intarissable ramage de l'enfant questionneur, il y a aussi à
ii'e la part du babil. L'enfant questionne simplement pour parler,
sur faire montre de ses petits moyens oratoires, comme l'oiseau
a et gazouille. Il y a entiu, comme le fait observer M. Bain,
riosité de mam-ais aloi, n qui n'est qu'un mouvement d'é-
, un désir de déranger, de se faire écouter et de se faire
Ki,) «, Les demandes de l'enfant proviennent parfois en effet du
I de nâ pas se laisser oublier, de se faire une place parmi ceux
nniourent. parfois encore de je ne sais quelle pétulance et
T taquine, où le désir désintéressé de savoir n'entre pour rien.
Vâ'est pas sans ïntûrAt de reinitrqiter que la, facilité accordi^e i l'etifiuit de •» questions et d'obtenir des réponse» est pour betwcciup dans le dfiïent de RtL curioailé. Ou a, constata que chez le «ourd-muet la curiosité bvetoppe pas au même degré que chez l'eufant normal, précisément parcp
' k sourd iiiutt ne peut pas poser de queati
!• iQtËrÎPure et la possibilité d'exprimer ' l'ictïonnaiit rie pédagogie, article Curiosité. , Bondbook of psychology, p. 401.
M, Education an a neiem-i;, p. Wl.
.llya
IH
L'fiVULlITIOS tSTELLECTUELLE.
Le désir ou le besoin de savoir n'en est pas moins ] essentiel do ta curiosité enTantine, soit qu'elle 50 inanifeste par it leclierches pei-sonnelles, soîL qu'elle s'exprime par des quesliou L'i-nfunt a plus ou murns le sentiment do son ignorance; e il ignore, et il a^^pire naturellement à combler tous lesjoQ tage les lacunes de ses connaissances. Dans la société des homnit faits, le questionneur, qui est souvent un personnage insupporlabl est sans duute avant tout un curieux, mais c'est aussi un ignora qui, ne pensant gm^re par lui-même, est obligé de faire appelll réflexion et aux coniiiiissances d'aulrui. L enfant, dans le dénùat où il se trouve, met de même à contribution la science de ses parenl et de ses maîtres.
La curiosit»! est donc le grand instrument de l'éducation înlell» tuelle, C'est elle qui rend iiossibles et la transmission des comi sances et l'bérédilé du savoir; c'est elle aussi qui suggère i Yeds les recherches et les observations personnelles. Tout n'est fl frivole, tout n'est pas sans valeur, dans les préoccupations curienH des tout petits enfants. Précisément parce que leur esprit n'esl pt encore enveloppé dans les habitudes routinières que leursu^m l'éducation commune, leurs questions imprévues sont de nalo» faire travailler parfois la pensée des hommes réfléchis : « Jecrninl volontiers, disait Locke,qu'il y a plus à apprendre dans les demssill inattendues des enl'anls que dans les discours des hommes faifs.ql tournent toujours dans le même cercle d'idées, qui obéissent tite croyances d'emprunt et aux préjuges de l'éducation (1), 1
Mais ce n'est pas seulemenlau point de vue de l'instruction et J la culture de l'esprit que la curiosité joue un grand rôle; un mêdoei psychologue, le D' Sikorski, estime avec raison qu'elle estanssu élément important de l'éducation de la vulontô. Le moment oli l'w iant se partage, pour ainsi dire, entre les préoccupations de la fsiai et le besoin d'observer, de connaître, ce momeut, dit-il, «it haute signification pédagogique ". Il y a comme une lutte qui*'" gage alors entre les deux parties de notre nature, et l'instincl tait lectuel refoule peu à peu et parvient A relarder la manifestation ' l'appétit physique, k Lorsqu'on a beaucoup occupé un enfant, Ion qu'on lui a fourni beaucoup d'impressions qui ont accapari m attention, la faim peut se manifester plus tard qu'à l'ordinaire;
(IJ LocKï, Pensées s;
vditii.n llnclii'llP, p. 101.
est vrai qu'en revanche elle éclate alors brusquement, violemment, accompagnée de pleurs (i). Le D"" Sikorski s'autorise de cette observation pour recommander « les exercices systématiques », les procédés pratiques qu'il a employés lui-même, afin d'apprendre à s>es enfants à dominer leur impatience de manger. « Tous les matins, dit-il, le lait était chauffé sur une lampe à esprit-de-vin, en présence de l'enfant, et cela dans une pensée pédagogique. L'opération de Tébullition du lait et de son refroidissement consécutif, qui exige de quinze à vingt minutes, offrait à l'enfant un divertissement instructif, elThabituait à réprimer la sensation de la faim. Les enfants auxquels on apporte le lait tout préparé, ne savent pas comment se fait cette préparation, et demandent impérieusement qu'on leur serve leur déjeuner, dès qu'ils sont réveillés. » Il nous paraît que le D"" Sikorski abuse un peu, en tout cela, de la contrainte et de l'attention forcée. Je ne sais si tous les enfants possèdent, comme les siens, ce don particulier de patience qui leur permettait de supporter sans irritalion l'attente qu'on leur imposait. Mais les observations du psychoogue russe n'en sont pas moins intéressantes, et elles prouvent fu'on peut, dans une certaine mesure, en excitant la curiosité, souenir l'attention, et par là exercer l'enfant à gouverner ses désirs, est-à-dire à faire déjà preuve de volonté.
(1) Revue philosophique^ 1885, t. XTX, p. 54.
f.lTAPiTRR X LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT.
Le jugement chci l'enTant avant l'acquisition du laogage. ^ Jugemeod qui] «ont que des associations soit de souvenirs identiques, soit dE souTei^ni '" reots. — Jugeinenls qui supposent une comparaisou entre deux i]tnts. — I la Bensibililé, e.B sont surtout lea besoins qui provoquent les jugemeob pi que» de l'enfant, exprimes par ses actes. — Que toute perception cliûKial' jugement. — Aptitude de l'entiint i Bcqu<5rir des associations d'idées, loiti) tnnement, soit par suggestion. — Prémices raanîrestntioQs du taisonoeiii!
— Induction des moyens i la fin, — Recherche de la causnijtû. — 11. L* |l ment pendant et après l'acquisition du langage. — X)e* jugements Irttl exprimiiï pai' des propositions incomplètes. — Insufûsiince verbale car pondant ù un défaut d'analyse. — Jugements d'existence, tion. — Les premiers jugements sont individuels. — Jugementi
111. Trinsititin du jugement au raisonnement. — loTêrence d'un (nill
autre fait. — Divers degrés d'induction. — Ituisonnementa par aiiiilogi«. — l'enfant, dans ses raisonne lu en ts, ne s' élève pas k des propositions géaéti univeraetlos. — Lrt notion de causalité. — Le rûle de l'éducation dnni le* loppement de lanotipn de cause.— Les t pourquoi " de l'enfant,— LuDoUn finalitc;. — Les commencements de la raison. — L'espace et le temps. — 'I Les inUnnitËs de l'intelligence enfantine. — Ses naïvcti^s apparentes Dï* bien souvent que des gaucbenes de langage. — Cause des faiblesses fnMI tuelles de l'eufant : l'i^omnce, la confusion des idées, les associations C ~
— Moljilité des impressions, — Précipitation du jugement.
11 y a deux ppriodes bien dislincles dans le dùveloppemeul jugement et du raisonnement; la première, avant que renfant I parler, la seconde, ù. partir du moment uti il entend le sens desi et commence à savoir s'en servir. Mais, dans l'une et dans l'autrî, facultés naissantes du jugement et du raisonnement ont pouri tère commun de n'être pas encore des facull.és de réQexiûni fll procèdent d'une sorte de spontanéité naturelle. Le Jugement et
int disposés & accoupler les propositions affirmative et négative, ixemple. à dire : « C'esl une coupe, noD,la coupât de maman, a C'est un oita otm propre, non, un otia oita sala (1). ■) L'enfant, te mouvement naturel de sa pensée, va d'abord à l'affirmation, n'est qu'en se reprenant, en se rélractant, qu'il arrive à la tion.
. jugement au raisonnement il n'y a qu'un pas. Et Von a pu ,E soutenir que dans tout jugement il y avait déjà un raison-
; raisonnement explicite et conscient, s'il est question
; réfléchis; raisonnement ioiplicite et plus ou moins
iftcient, s'il s'agit de jugements qui, en apparence immédiats,
iraient cependant que les concliiswjns de prémisses latentes.
L force logique, qui tout & l'heure conduisait l'enfant b. rocher deux notions, l'achemine maintenant à saisir le rapport eux jugements : ce qui est raisonner. Et cette faculté de rapi^eat ne paraîtra en rien extraordinaire, si l'on considère le ne porte d'abord que sur des faits particuliers. Le raisonnepropre à l'enfant ne va pas au delil de l'induction, et encore de induction qui n'a rien de scientifique, qui infère seulement un ;'an autre fait. L'enfant prévoit que la bougie le brûlera, parce el'a déjà brûlé. Il renonce à une action défendue, parce qu'il pelle qu'une première faute lui a valu une punition. H compte I mère va accourir â l'appel de ses cris, parce que hier ou t-hier elle l'a déj& fait. Dans tous ces petits raisonnements, la 16 de l'enfant va donc tout simplement d'un premier fait, perçu )s sens et retenu par la mémoire, à un autre fait du même ■ [2). Elle attend le renouvellement, le retour de ce qui est déji i, et l'on pourrait dire que l'habitude, plus que la réflexion, lent dans ces premières esquisses du raisonnement, puisque t'y réduit à prévoir la répétition d'une liaison de faits déjà lars fois observée.
î bientAt, tout en continuant à n'infcrer que du particulier au
[. Sl'LLT, op. cit., p. 3*20-321.
« infËrencea ne toai pas particulières A ïespficc Imuiaine. Le cbat raisonne irta de In mi'me fncon, [nraque, par exemple, aesuriant l'idée des niiellps 1 répandues dnns les ullôi^s du jiu'dia avec celle de l'aiTiTée des moîneHiix, st venira'en rû^nlcr, il se cache dans le mnssir, nussilùt que les miettes ont M rèpanduea.
L'EVOLUTION INTliLLECTUEI.LE.
Il est intéressant dfi se demander si la curiosité n'est pas esclusivement le propre de l'enfant, et si elle se manifesle aussi cheiles animaux. Les observateurs les plus récenis des faits intcllecLucl! dans les espèces animales, M. Romanes, par exemple, n'hésileot à. se prononcer pour l'affirmative. Mais il est difficile de prendra s sérieux ses affirmations, quand il déclare que c'est par le désir m rieux d'examiner un objet frappant et nouveau que certains oiscuui sont attirés vers la lumière, vers les phares, par exemple, ou bier que certains insectes volent vers un flambeau allumé et s'y brl lent (1], Fascination de la lumière, attrait exercé par un objet br lant, cela suffit pour expliquer ces actions tout instinctives del'sni mal. Il n'est pourtant pas impossible de découvrir, che?. le chren exemple, chez le singe aussi, des traces de curiosité vraie. Ni vu des chiens de six mois sauter sur une chaise, pour regardertravers les vitres de la fenêtre, ce qui se passait dans la cour < dans le jardin. De même Darwin a constaté que les singes d'm ménagerie, malgré la terreur instinctive que leur inspirent les sM pents, ne pouvaient résister au désir de satisfaire de temps en teoi leur curiosité, en soulevant le couvercle des boîtes à reptiles plsc près d'eux [2).
Si l'intelligence de l'animal, intelligence bornée quiestcondamn à ne point s'étendre et que l'instinct lient prisonnière, est capsl de curiosité, à combien plus forte raison l'intelligence derenfinl que sa nature destine à une longue évolution, qui a tout à appreni et qui est appelée h tout acquérir, doit-elle, dès son premier évt se montrer curieuse? La curiosité en effet, c'est l'esprit en quôU connaissances, qui, parti de rien, prétend arriver à tout. La curlu eité est donc la caractéristique de l'intelligence humaine, pma(|t celle-ci est pour la plus grande partie l'œuvre de l'expérience t\i travail. Elle se manifestera dés les premiers mois, avec le prâinil regard porté sur les choses, avec le premier mouvement dusmaj pour saisir un objet et le palper. Elle accompagnera l'exercice tous les sens. Dans ses premières inanifestalîons, d'ailleurs, elle
(1) HnjiAKES, op. c;r.,p. !83.
;S) Darwis, Dmceadanced' llwnme, p, 72.
LB JUGEMENT ET LE RAISO^^ËMENT. 309
'.'\\ic. bientiH que la carte qu'il me demande est celle d'invitation, iiit! qu'il a vu des invitations â dîner écrites sur des caries du même iipii. Ainsi tout dîner suppose une carte d'invitation; or tu aa Jiner en ville : donc lu as reçu et tu dois avoir une carte d'invi- ! m, Il se passera dix ans encore avant qu'il apprenne, dans son r- de logique, comment il a Tait- un bel et bon raisonnement. » '^1, je crois, forcer un pou les choses. El il est plus que probable i' le pelit raisonneur dont il s'agit obéissait simplement à. l'as- 1 de deux souvenirs, qui lui représentaient les deux cartes le s'ftccompagnant toujours l'une l'autre.
e pensons pas que l'intelligence de renfunt puisse dépasser Coup les inductions qui vont du mémo au même, de l'analogue A iogue, et qui, en tout cas, n'aboutissent pas à des propositions raies, universelles. L'enranl infère de hier A aujourd'hui, d'aunwd'huT à demain, à après-demain, de ce qui se passe dans sa •iioii.dans son école, à ce qui doit se passer dans la maison ou dans !■ l'oie voisine. Il ne saurait être question de lui demander des con- ' ii^i'JDs ijui embrassent l'avenir dont il n'a pas l'idée, l'ensemble do ■ ^pace, dont il ne se représente encore qu'un petit coin. Comment ' H" créature d'un jour, si étroilemenl limitée dans ses connaisnues, pourrait-elle concevoir l'universel l Comment, n'ayant derrière ' ({De quelques mois de souvenirs, n'ayant encore fait que quelques I- dans ce monde, pourrait-elle introduire les mots « toujours ■> "(partout » dans ses petites inductions?
l'ins la plupart des inférences de l'enfant se trouve virtuellement ^i^-'îgée la notion de causalité : c'est une question intéressante de se liiiinder jusqu'à quel point, et de quelle manière, l'enfant parvient 1^1 «iégager delà confusion de ses perceptions. Nous ne pensons 1- qu'il y arrive d'un seul coup, et comme par un bond soudain de l>cnsée. L'éducation, c'est-jt-dire l'action des parents et de ceux ; ;l éièvont l'enfant, jouera un grand rôle dans le développement la notion de cause. L'idée du rapport de cause à effet ne peut '. tir que de la succession constante, régulière, conslatée entre un licédenl et un conséquent. Or, dans une éducation mal réglée, 11' caprice et l'incohérence gouvernent, où il n'y a ni ordre ni ti . l'enfant désorienté ne trouve rien qui le prépare à saisir ua fiijrtde coordination entre les divers événements de sa vie. D'autre I le mondede la nature lui est encore fermé. Il n'a pas, dans leâ liiiers lemps tout au moins, le regard assez ferme ni assez pO'
lOÛ L'ÉVOLUTION TNTELLBCTIELLE.
fonds de connaissances, l«s yeux ne suffisent guère encore pi rendre compte îles anjjlcs ou dus (Contours de ces objets: voudrait les palpi^r.... Le l»r)s des jouets dépend du m^me sjsljii d'observations. A l'aidt* de quels ressorts mystt^rifux la paupiii d'une pouptîe ferme les yeux, comment bêle le mouton mécaniini par quel moyen roule le clipval, l'enfant a soif de le savtifr; t'f pourquoi, depuis le commencement de l'humaniliî, il a ioujoiï cassé ses jouets, enriehissant, sans s'en douter, nos vîtriiie^âeiKi sée9 antiques de petites poupées d'argile sans bras ni jambes (1). Ici encore, tout en admettant le pùle de la curiosité, il faiilhirsl part à l'instinct du mouvement, qui se traduit parfois parui de destruction.
Ce n'est pas tout de suite, d'ailleurs, que la curiosité âii&nliM s'exerce librement, avec cette hardiesse qui la caractérisera fi tard. Avant qu'il en vienne ii désirer connaître les choses, Tenlii commence par en avoir peur et s'en détourner. Tout ce qui est w veau l'eiFraie. Et il est visible que, dans les premiers temps, il « partagé entre le désir de se rendre compte des objets et un sonUrnfi secret de crainte. Ou peut découvrir chez lui quelques traces dm que des écrivains modernes appellent la n néophobie a, de ce u sonéisme», que l'anthropologiste italien, M. Lombroso,nousprÉ»ill arbitrairement comme ta loi absolue de l'espèce humaine, tQl)|nt prompte il s'effrayer des choses nouvelles, et qui n'est en i qu'un moment passager, un accident, soit dans la vie de l'huniïBit soit dansla vie de l'enfance, Chez le nouveau-né, en effet, la tenduM à l'inertie ne domine pas longtemps le besoin naturel d'acliofi-W qu'il est familiarisé avec les choses, et le premier moment (Ji prise passé, l'enfant les étudie avec une curiosité naïve qui DBfiH^ pas devant l'indiscrétion. Et plus il aura été effrayé d'abord, pi" il se rattrapera ensuite, en considérant sous toutes ses faces IW qui a vivement frappé son imagination.
L'étonnement est, en un sens, le point de départ de lacuricsiï Tout ce qui surprend, tout ce qui est inaccoutumé, excite cheïTulwJ l'envie de comprendre et de se rendre compte. L'enfant, pour.îl tout est nouveau, sera donc nécessairement curieux de toutes cbM^ Au début pourtant sa curiosité se portera de préférence sur le&p* sonnes ou sur les objets qui sont enrapport avec ses premiers besDi»'i
(1) Chaupflidhv, les EnfanU, 1871, p. 310.
LA CURlOSrTft.
'Spremièresémotinns, notamment sur tout oe qui intéresse sa
ïiture. Elle suivra saos doute dans leur développement lee per-
BiDs intellectuelles qui agrandissent peu à peu l'horizon de
Rt, mais elle obéira surtout aux démarches et au progrès de la
'•onsibilité. Elle s'atlacliera à tout ce quo l'enranl aime et préfère,
, M- intérêt d'abord et par égoïsme, par sympathie ensuite. Peut-être
i:i firemière maaifesiation évidente de la curiosité enfantine se pro-
iluil-fîUe, lorsque ronfunt promène sa main sur les différentes parties
lie son corps et fait connaissance avec sa petite personne. Dans la
(■uile. ce seront les jouets, les divers ustensiles de la vie domestique,
il aussi les animaux, qui attireront particulièrement la curiosité de
-l's jeux et celle de ses mains.
Léduite d'abord à la simple observation de ce que sont les choses
bères, analogue au travail de reconnaissance que fait un nou-
, locataire dans la maison où il s'installe, la curiosité ne tarde
■ dépasser les limites de rintérêl personnel. L'enfant de deux
Dis ans regarde tout, écoule tout; ses jeux investigateurs furet-
ïaus tous les coins. Et dès qu'il comprend le sens des mots,
s lui échappe dans les conversations qu'il entend. Quand il
tarler, il se mêle de tout ; il devient le pelit indiscret qui veut
avoir. Ce n'est pas seulement par ses questions perpétuellesqu'il
ignera de celte curiosité toujours en éveil (1). Un des résultats
curiosîlé scientifique chez, l'homme mûr, ce sont les collections :
nt en fait aussi & sa manière. Priez-le, quand il a trois uu
e ans, de vider ses poches devant vous: rien d'amusant comme
tge de ce capharnatim oii il a entassé péle-mèle les objets les
livers; en partie sans doute parce qu'il a voulu se les appro-
, les avoir â. sa disposition, mais en partie aussi par curiosité,
pouvoir les étudier A. son aise, par une sorte de manie de collée-
t novice (2).
'mi one question d'ailleurs dn savoir k quel moment l'enfBnt est capable :. L'spparitionde l'interrogation eat nol^e pnrM. Preyer(p.4!a)ci
opamini: du vingl-huitîiïi
troi)iii>iiic uoie.
■1 La poche, c'est-à-dire ui raorppmix de bois, noya 1 quoi. Cest là que sa lie ses pCDsées et Ae s d'inti)r£t. Cbacun d'ei i. Dhoi, l'Enfanl, p. 21
bilitè Aea goûts de l'enfaii
s.M.PoUokL-i
,e la preuiii^re question nu
<^ndi
tiit bien à lui où il accumule ses petits trC' p^'cbe, bouts de cra<runa, clous, boaton!t..., le entière, murale et physique, laisse une trace actes. Tous ces petits riens ont Hé une cause lui a pris un instant de sa vie et représeï ) Il raut ajouter que la n poche » e
I9Î r.'ËVOurTIOX INTELLECTUELLE.
Connaître, ce n'est p&& seulement savoir quelles sont les t[ualit£ des chûsos, c'est aussi et surtout cnmprenilre leur nrîf^ina et leuBi but. Sous colle seconde Forme, la curiositû sp manifeste tlûji clw* le tout petit enfant, par exemple quand ilreloiirnela tête poarchetn! cJier d'oii vient le bruit, quand il suit du rggatd jusqu'A son attuvbt au plaToniI le cordon de sonnetlo qu'on lui a mis duns les n Mais elle ne se monlrera dans tonte sa l'orce que lorsque, capaLt de parler, il multipliera A plaisir ses « comment >> et ses éleruïl V pourquoi »
Par SCS questions incessantes l'enrant deviendrait terribtcmo^ gênant, il serait un vêrJtalile fâelieux, si sa crédulité n'égalait a curiosité, s'il nVUftit pas aussi disposé à accepter la premiôre expli cation venue que prompt à solliciter une réponse. L'intelligence uu^ santé se contente de peu, Tout est pour elle problème, inatiëni question : mais tout lui est bon comme solution. ÎVolons d'abord i|tii beaucoup dos demandes de l'enfanL tendent seulemwt iV connaltQ les noms des choses, » Qu'est-ce que cela? >> veut dire souvenl: •I Comment cela se nomme-t-il? n El une fois le nom de l'objet conDï, l'enfant s'arr<He, heureux de sa petite science, ayant ajouté un BK] nouveau à son pauvre vocabulaire. Lorsque, un peu pins avancéi âge, il réclamera vraiment une explication, et que, dirigée déjj J les grandes lois de la causalité et de la finalité, sa petite ntiji voudra savoir à quoi sort un objet, ou comment un événemenlK ;irrivé, il ne faudra souvent que lui présenter un mot à la place £ auli'c pour qu'il se déclare satisfait. Le plus banal parce qui- suffit son pourquoi le plus impérieux ; les raisons les plus futiles loi fN raissent solides. De même qu'un appétit vorace ne s'inquiète pui la qualité des mets qu'on lui sert, de même la curiosité de l'entwJ dans son avidité crédule, s'accommode de toutes les jusUricatiom do lous les éclaircissements qu'on lui oITre. El c'est préciséimU parce qu'il est si facile d'abuser de la naïveté des iotetligenCcsM fanlines, de les égarer par des réponses peu sérieuses, de les jsU par suite dans toute sorte de préjugés et de supersU lions, ijaïli parents doivent être très scrupuleux dans 1(! choix des oxpticattn qu'ils leur fournissent. C'est commettre un crime de lùse-innnwi que s'amuser à tromper l'enfant. Et quand il n'est pas pi répondre sérieusement à ses questions déplacées et inopporluMW vaut mieux lui répondre simplement ; « Je ne sais pas ", au WM' « Vous ne pouvez encore comprendre cola il votre ùge », qos*