‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 43 sur 76 · I-E M'GEMENT ET t,E RMSON.NKMEM · texte numérisé non relu

I-E M'GEMENT ET t,E RMSON.NKMEM

faiVéminiscences. Où nous pensions pouvoir admîrcir un petit prop d'imagination el d ori^inatit'i, il o'> a souvent qu'un parfait roquet [I).

D'autre part, il serait injuste de mettre au compte de la faiblesse

BTistelligence les naïvetés, les sollises qui «échappent a l'enfant :

a ne sont bien souvent que des gaucheries, des ignorances do

gage. Maladroit encore, dans le maniement d'une langue qu'il

iteo train d'apprendre, il commet nécessairement des méprises;

1 est embarrassé par ta complexité du langage; il s'embrouille

s mots. On dit ù George : » Tu as maintenant quatre ans

, et ton l'riire a dix mois. » George étonné répond : « Mais

si est donc plus ôgé que moi (2)? wÉtourderie sans doute, maïs

ijnime temps inexpérience verbale, impuissance A saisir vite le

bde tous les njots d une phrase : de sorte que l'enTant a simple-

ptreniarqué les nombres quatre et demi et dix, et en a faitlacom-

l^son, sans s'inquiéter des mots qui déterminaient ces nombres,

L mois. Quelquefois, c'est l'emploi du langage figuré qui

toute l'enfant, naturellement disposé il ne prendre encore tous les

mes du langage que dans leur sens propre. Dans un alphabet,

lit les exemples ne sont pas d'ailleurs rédigés avec une correction

(Elite, George lit cette phrase : « Ma mère a soigné mon piano. »

prise de l'enfant : a Quoil papa, c'était donc un piano tivanl! >.

Es d'autres cas, la méprise est causée par une ignorance totale du

I tens des expressions employées. " J'avais une blessure au pied,

raconte M. Egger; elle estenveloppée d'un linge blanc. Emile, qui a

lires de deux ans, observe souvent avec un air d'intérêt ce qu'il

:'[ipelle mon petit mal. Il m'en demande des nouvelles : c'est-à-dire

■Ml il comprend que je souffre et qu'il sympathise h ma souffrance.

Mais voici qu'il me demande de lui donner mon petit mal. De. deux

l'Iioses l'une, ou l'enfant est d'une charité bien précoce, ou par le

petit mal il a entendu tout simplement le linge blanc 1 » Et en effet

il)Ajoutez ce que dit Rousseau, dtina un iias!>age où il nccuble lei Mirants proiigtt des tnils un peu excessifs de son ironie dÉolanmloirc : « l!i[-il Ctonnuit ifu^celui que l'on fait beaucoup parler et à qui l'on permet de tout dlrn..., lM»e : .r bosnrd quelque heureuse rencontre? Il le serait bien plui qu'il n'en fit

i^ii», comme 11 le sersit qu'avei* mille mensoages un astrologue ue prûdlt

J, Ccnfétei l'cieniple rapporté par M. Egger ;• A la question ; "Quel fige aii<li ~>ii(grre à mon fils de r.;çondre : •■ Trois nns et dix moU. >> Il ne cuuipi : il dit d'uD air d'Clonueinent ; ■< J'ai donu deux i^esf •

c'est bipn iiin«i tjup rpntendaitlV'iiranl.., Maïs iln'yai>n lu ul cela des erreurs lie Ittiigagp, et nous en voyons hipn J'aolrps, qiinwj cous arrive de causer avec d,es paysans, avec des gens peucuIU'' Ce n'est pas h l'enfant que peut Hre applique! le vers de Boileau'

Ce que l'on conijoit bien «'éaoDce claircmeut.

Et l'àun? du petit enTant, pourrait-on dire, en parodiant une d^Bii tioii célËltre, est souvent << une intelligence trabie, desservie pi les orsnues (i) >.,

Il n'y on apas moins des faiblesses, des inrirmités înlellecbulle

véritablement imputables au caractère de l'esprit naissant d'uni

font. Et sans prétondre énumérer toutes les causes, toutes It

. gories de ces dêraillances, de ces lacunes de l'intelligence en lOis'

Tormalion, nous essaierons de disliujjuer les principales.

La première, il est à peine besoin de le dire, c'est le petit hobI de connaissances dont dispose l'enfant. Sun expérience estsicoO^ Il sait si peu de choses 1 Comment pourrait-il juger avec sûreli,*' jastGsseî Dans ce monde inconnu, dont il n'a encore entrevu qiiB(B ques parcelles, il marche pour ainsi dire k tatous, dans l'oliKiiiil Comment sa pensée ne trébucherait-elle point à chaque pas?*' facilité qu'on trouve à tromper les enrants, dit avec raison M. PfT tient beaucoup plus a la pénurie de leur expérience qu'à la r«blH de leur intelligence (2). » Ce n'est pas l'inslincl logique, le wfi la construction intellectuelle, ce sont les matériaux qui œanilfl surtout û, l'enfant (3).

D'autre part, si les notions qu'il met en oeuvre sont nécessairW* peu nombreuses et peu variées, il s'en faut qu'elles soient lo^ nettes et distinctes. Ses idées pèchent par la qualité comme pf quantité. Il confond sous la même dénomination des objst)^ différents. Ses généralisations sont arbitraires et confuses. î maman lui servent à désigner d'abord tous les hommes, tout»

(1) Presque tous lea exemples rnpportea par M. Egger sont des incpclM". erreurs verijales. Ainai l'entant qui conrond prêter et finpi-utiler, et ([ulJ ■ Veux-lu m'emprunter Ion cachet?" — qui ri^pugue à employer les prongoii sessils et a. de la peine i en comprendre le aena ; u Si je lui demande de mft mon nez, mes yeux, ae sont Ic^s sieim qu'il montrera du geste, non les nùeni. me faire compreudre, i[ faut que je lui dise ; > Mntitru te nez, les ycuxihm

(!) M. PHIYEK, op. cit., [I. 302,

(a) n Les enfants, dit Guyau, sont simplistes et parfois raisonneurs à ooM L'entunt a un esprit eHenliellement logique; ce qu'on a fait une fois, par ému il exige qu'où le recommence et dans lea uif'uius l'onditloDs. g

LE JUfiEMENT RT LE RAISONNEMENT. 215

mes(l), 11 ne parvient que pas à pas a; dégager de leur conlusion oilîve des notions esse ntiid le ment distinctea. Une petite fille de s ans el demi voit fermer pour la imit les \olets d'une fenêtre : tei fermeture des iiolelu sont deux idiiea qui s'unissent dans son irit. Elle entre le malin dans un cabinet qui a deux fenêtres, l'une levant, l'autre au nord; eelte dernière est encore bouchée par les ; l'enfant dit qu'il fait encore nuit de ce côté-là. u'on ne saurait oublier non plus, c'est que les associations tnites, accidentelles et superficielles, dominent l'esprit de l'enfant, obéit sans doute déjà aux grandes lois de la nature intellecluelle, s outre qu'il ne connaît encore que peu de choses et qu'il les Dnslt imparfaitement, on peut dire que son infériorité, en fait ce, provient surtout de ce que le temps n'a pas encore sompli en lui celte sélection naturelle, qui peu & peu écarte les s indifférentes, les rapports frivoles, pour ne laisser subsister îles associations utiles et les liaisons solides, lest évident d'ailleurs que l'enfant a des velléités de logique, itût qu'il ne possède la force d'esprit indispensable pour aller juskubout de ses essais de raisonnement. Il ne saurait être question lai demander des déductions rigoureuses, des déductions en ma, lesquelles supposent l'intervention des principes abstraits et iTÉrilés générales, tout un monde A peu près inaccessible à. l'in- Igence enfantine. Mais dans l'induction elle-même, pourtant plus 'opriée à ses moyens, l'enfant ne pousse pas bien loin en gé- 1, malgré les exemples contraires que nous avons pu citer (2), lecberches investigatrices. 11 s'arrête vite dans l'échelle des causes, e contente de peu, en fait d'explications, 1! néglige de rechercher causes nouvelles, satisfait qu'il est de recourir par routine aux KS qu'il connaît déjà. Un baby de deux ans s'était égratigné, et me on lui demandait pourquoi le sang coulait sur ses mains : (inbé par terre I u répondait-il. L'enfant ne sait pas même toujours, i les actes qu'il accomplit, mettre à profit et utiliser ses percep- }, les lier les unes aux autres. M. Preyer a recueilli le fait sui- . : « J'avais habitué mon fds à me donner un anneau d'ivoire, que

AriatotQ t'avojt déjà reuiarquâ, quand i[ écrivait : Kal là naiita ià xi (liv

!i tûÙTiev lnÀiifav {Physique, I. l"'', cli. l").

Voyez plus baut, p. !II, Cette toiilradicliou apparente se icauut surtout piir

question dige.

216 r'Kvol,lT10N INTELLECTUELLE. Tj

I J9 posais devant lui, sur la table, retenu par un RI. Quelque l«nï [ npr6s, au ssitième mois, je dU à l'enfant : Onnnc-moi l'anneau; n [ cette fois l'untit-au Ëtail .'iuspendu à un til rouge, à c<^lû de la chaii I de sorte qu^ l'enfant, étant assis, ne pouvait atteindre direclemf I ranneau qu'avec beaucuup de difficultii. Eh bien! l'idée no vint p f à l'eufant de s'emparer du iil, ce qui lui eût beaucoup facilité prise de l'anneau librement suspendu; mais il se pencha direc . nient vers l'anneau, qui pendait assez bas au-dessnus de lui. et i k le donna. L'épreuve Tut répétée, et l'enfant n'eut jamais la peasi I de saisir le fil ot de s'en se^vi^ pour altrajier l'anneau ()}. » Dante I cas, on le voit, c'est la conception du rapport, de la relaticndeii I objets éftalement per^-us. qui échappe à l'enfant. I H6me quand elle a acquis assez de nations, ot des notli^ns a: I distinctes, assez définies, pour s'exercer utilement, il y aune ouden causes générales qui enrayent l'essor de l'intetligence puérile. C'ïî t d'abord la mobilité des impressions, Nous n'irons pas jusqu'&dii avec Rousseau, ce détracteur impitoyable de l'enfant qu'il coonw! I sait mal : » Ses idées, si tant esl qu'il en ait, n'ont dans sa I suite ni liaison ; rien de lîxe, rien d'assuré dans iout ce qu'il pense. Rousseau généralise avec excès : renfant fait souvent preuve É contiaire d'entêtements irréductibles, qui ne témoignent que d I trop grande fixité dans les idées. Reconnaissuns-le pourtant, le pin souvent, sa pensée se détache aisément de l'objet qu'elle considftn pour passera un autre objet; elle sautille d'idée en idée, commeu oiseau de branche en branche, et, dans ce mouvement perpétuel, ell , s'épuise, elle se disperse sans profit.

' La plus grande cause de la débilité intellectuelle de l'enfant, c'ei avec la pauvreté des connaissances, la précipitation du jugemenl fl l'absence de réflexion. L'étourderie, qui caractérise presque toujoiu le Jeune âge, n"a pas de principe plus certain. Chez l'adulte, ch l'homme réfléchi, la pensée se possède, prend son temps, int« cale entre la conceplion de l'idée et le Jugement un plus oi grand nombre d'intermédiaires. Chez l'enfant, la pensée éclri jaillit, comme mue par un ressort, avec les caractères pn que d'une action réflexe. Son intelligence répond, par une rêaclii immédiate, à l'excitation des idées, comme sa volonté cède 5* résistance à la sollicitation des désirs. En d'autres termes, il n'y

(1) M. PltBtKB, op. I

Page 1