‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 46 sur 76 · I -propret, successifs · texte numérisé non relu

I -propret, successifs

I. Tout d'abord établissons que, dans une première période, les manifestatious vocales de l'enfant out un double caractère : 1" elles sont absolument spontanées; l'enfant n'imite ni ne répète ; 2" elles n'ont pour lui aucun sens, aucune signification intentionnelle, étant purement des actions mécaniques auxquelles l'intelligence n'a point iîe part.

['ans celte gesticulation vocale de l'enfant, il y a d'ailleurs à dîs- 'riijuer, d'une part, les cris qui expriment des états corporels, des - iisalions désagréables ou agréables, par lesquels il soulage son ijiilaise et manifeste qu'il a faim, qu'il a froid, qu'il souffre, ou au

■ olraire et plus rarement qu'il est satisfait et joyeux (3) ; et d'autre

1) • Chez l'idiot, on observe «niinairement un retard plus ou moina considérable ' la parole... Mnis, à !«. ditTérence des enfants normaux, les idiots ne compren- ..' [il pas plus qu'ils ne {Kirlent n (D. Solmsh, op. cit., p. IS^).

îj M- pBHïmi a consacré prfis de 200 pages sur 550, c'esl-à-dire plus du tiers de

■ Il traité île VAmt de l'enfant, à la seule question du langage. Le livre de M. floi^Ks sur V Évolution mentalf che, l'homme traite presque exclusivement de la

1 D'apri^BM.Preyer.lesrrlH jioussL-ï pnr rrnfiinl,al l'on voulait les repi'i'si^iitcp 1 des voyiilles. !■ qui vaudraient à jifii lu'ia ou sou va, un it court suivi lapiiiu.-

IS

s» L'EVOLUTION INTELLECTUELLE.

part, les so&s émis sans cause précisii, qui tie soal qa'une espèMV gazouilleinenl, un t'xeicice inslincliftli' s(rs cordes vocales, onea de jeu musculaire spécial.

Observez l*eiirant dans cette première période, vers le sixième 6 le huilit-ine mois : tanti')t il crie, parce qu'il est mouillé, parce qu i'prouvc une douleur, parce qu'il désire ceci ou cela ; à chaque besoil ressenti coprespond immédiatement un cri particulier; tanlût, al(rf qu'il est rassasié et satiiîrait, nonchalamment couchr- dans son heJ cceu, il bavarde dans uu Iangat;e qui n'a de sens ni pour lui ni porf les autres; il prolonge des monologues composés de sonsplusA moins articulés; il s'abandonne au plaisir désinlérassé de mouvci les muscles de la voix, bien avant qu'il soit capable de parler, i même qu'il étirera ses jambes et exercera les muscles de ta le tion, bien avant qu'il puisse marcher.

M. Preyer a noté attentivement, au jour le jour, chez son pK^ curant, quelles voyelles, quellL>s consonnes apparaissaient succm vement(l), et comment des articulations précises venaient peut pR donner une forme aux cris d'abord indistincts et confus. 11 sera pfll sible un jour, peut-être, lorsque des observations du mém6gûiil auront été souvent répétées, lorsqu'on les aura contrôlées les ui par les autres, de déLerminer exactement quel est, à raison dl facilités malérielles de l'émission de tel ou tel son, l'ordre de suîM sion des articulations variées dans le langage naturel de reafanL' sera possible aussi de dire quels sons correspondent à Toxpre; du malaise ou à celle du bien-être, A la faim ou à la soif. i. l'étoni ment ou fi la joie, si toutefois il est vrai, comme nous le pensoi que des raisons naturelles font de telle émission de voix le ^ propre de teile sensation plutôt que du toute autre.

Mais ce qui est dès à présent certain, c'est que ces cris qd' compliquent de jour en jour, qui se nuancent progressivemeot|l' l'œuvre de la nature, de l'instinct ou de l'hérédité. Ils n'uni en M que peu de rapports avec les mots da îa .'angue usuelle {%). SUf

(I) M. Priybh uirirme avoir entendu prononcer la première oonsoi^^^| rante-troiaième jour. L'enrant disait netlement ain-ma. Voyez P-àV^^^^M p. 912 et suiv. l^^l

(!) » 11 est Busai diFlluile de tividuire sur !e papier la granda mej^^^^l qui accompngnent les exercices de la langue et des lèvres dm Ita^^H qu'il le serait de décrire ou de dessiner les mouvements (oujours M^^| prolonges et plus variés, qu'exécute l'enrant rnssasié et ËveillË, l}a^^^| donne à lui-môme. " (M. Phïtkb, p. 375.) '^^^^

^t. COMENT LESFANT APPREND A PARLER. 227

^^Hve, c'est (|ae l'enraot les produit, bien longtemps avant de pou- ^^B je ne dis pas comprendre, mais simplement discerner les ^^p de la voix de sa mère. La preuve encore, c'est qu'il aura beau- ^^fc do peine, un pea plus tard, à reproduire tes syllabes pronon- ^^B devant lui.

^Bi qui est certain aussi, c'est que les cris de l'enfant n'ont d'abord

^^nens que pour ceux qni les écoutent. Une mère attentive recoo-

^^K bien vite ce que signifient les cris de douleur, les cris d'appel

^^■utscients de son nourrisson. Elle les interprète et elle leur donne

^^■ilaclion. Mais celui qui les pousse ne les entend pas, et il est

^^n la situation bizarre d'une personne qui parlerait une angetu

^^Rngëre, inintelligible pour lui-même, intelligible seulement pour

^b étrangers auxquels il s'adresse. L'euTant mettra du temps &

^Hreduire un sens, a faire passer un désir, une idée, un acte de vo-

^natè, dans des sons qui n'ont d'abord, pour ainsi dire, qu'une signi-

H^tion unilatérale. Il faudra pour cela, et l'expérience seule le lui

H^rendra peu à. peu, qu'il ait reconnu que par ses cris il se faisait

i obéir, qu'il obtenait ce qu'il demandait ou écartait ce qu'il craiguail ;

qu'il ait acquis la conscience de l'utilité de ses gestes vocaux, el

qu'il ait par conséquent l'idée de les émettre volontairement, pour

'iblenir de nouveau les mêmes résultats.

I Remarquons d'ailleurs qu'il en est de ces premières émissions de

lui:, et des mouvements qui les produisent, comme de tous les autres

I Dtouvements de l'enfant ; beaucoup de ces mouvements sont desLi-

I Dés à disparaître ; beaucoup de ces sons ne peuvent être classés dans

iiiicune langue bumaine, et ils ne seront jamais utilisés dans le lan-

-'i^'e délinitif. L'enfaut, enelTet, essaie de toutes les manières possibles

I au basard ses organes vocaux, de sorte qu'il invente souvent des

^iiiis bizarres, intraduisibles, dout il serait impossible de représenter

1 1 nature par les lettres de l'alpbabet usuel (1).

II. Dans une seconde période, las maDifestations vocales, qui n'a- ^ ueat été à l'origine que des actions spontanées et automatiques, ■11- viennent, et assez promptement, des actions réflexes, déterminées lai' les impressions acoustiques. Avant l'&ge même oit il pourra réji'ler les mots, qu'il entendra de plus en plus distinctement, l'enfant

Ij La unbilité (lu la langue est trèi grande chez l'enfant. •■ La langue, clll i. PiiEritn [p. 38S), est le jouet tirt'réréde l'enfant. On paurrnit presque constater \i<ii lui, rnniDie chei les luiminques, une sorte dedùtire Ungunl, lorsqu'il luiito iTcudre toute aorte de soui urtiuulês et intutlculËB qui n'uni aucun raiiport.

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L'EVOI.PTION IWTBLLECTUELLB.

est poussé, par une snrlo iriniilalton diffuse, <i crier, i'i i^metlro sons; il i;sl provoqué, puur ainsi dire, par lu bruit qui frappe ou iDOins confusément son oute ; et c'est comme en réponse à ( qui lui parlent qu'il fait onlendre le plus volontiers sdd rstnaga Cette disposition dururu encore h l'Age oh il sera en étatdeprono: quelques mots. A quinze mois. Marcel, mis en train par quelq paroles que je lui adresse, me réplique en un langage ininU gible; puis il se tait, en me re^^ardant d'un air très Bârieui^comme je recommence à lui parlt'r. il ropmnd lui aussi son , lemenl. Son fr6n^ un peu plus àgû, se trouve dans une chan voisine, et l'appelle : Marcel lui fait réponse, et. pendant qnelt minutes, c'est une alternance ininterrompue, là de mots et dephn nettement articules, ici de petits cris confus (2).

Rien avant quit l'enfant sache parler, on dirait qu'il a comme l divination du dialoguL', et que par sympatliie, par instinct sôcial, rnssenl un besoin secret de converser, de Faire échange de propl dans la mesure oii il le peut, avec les personnes qui l'entourent, parole appelle la parole, nu tout au moins, à. défaut de parakH laines mttnifasla lions expressives. Les oiseaux, dans leur cagt. se mettent-ils pas à gazouiller, à chanter, dès qu ils i parler à coté d'eux, comme s'ils voulaient entrer en conven avec nous?

111. Jusqu'ici, soil de lui-même, soit qu'on l'y ait provoqué, l'en ne nous a fait entendre que des sons auxquels il n'attache lui-a aucun sens, même quand ils en ont un pour les autres. Le l&Ugi qui est un commerce, un échange intelligent d'émntiona et d1|l une communication consciente entre deux pensées, le vrailanj n'a pas encore commencé. Pour qu'il commence, il faut quB l'enî quelle que soit encore l'insufiisance de ses moyens d'expWS" veuille, n'importe comment, dire ou tout au moins signilter qaali chose. Et il ne nous paraît pas douteux que celte înlentit prossive ne se montre d'assez bonne heure. Les cris, les sons îî tincls, les premiers essais d'articulation ne tardent pas à 61

(1) Nous avons vu. dans l'histuire du sourire, qu'il y avait i Hourire Bpontuniî et celui ifui n'est qu'une réponse ou sourlK

(3) Ces nbspi-valïoQs ne contredisent pas l'nfflroiation des ] déclarent que le premier langage de l'enrant est un moooldgoe- M.'l constate qu'à lingt mois le premier essni pour soutenir lu seuleinent dans une seconde période, mais un peu plus tAt, crofons-HM ne l'a observé jtl. Pullock, que l'éuoncé du diulugue apparaît.

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