‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 48 sur 76 · COMMENT L'ENFANT APPREND A PAHLER · texte numérisé non relu

COMMENT L'ENFANT APPREND A PAHLER

L'enfant apprend donc tour à tour à prononcer, à répéter, enfin plerpréter les mois. Il est ûvident que, dans le Irayail intellec- H qui lui permet de mettre un sens sous chaque signe, l'enfant ksoin d'être aidé. U y a pourtant bi^aucoùp de mots dans son ■ftbulaire, vers deux ou trois ans, qu'on ne lui a pas appris, BDD n'a pas été obligé de lui seriner comme à un perroquet, et ■H s'est appropriés lui-même : u Au vingt et unième mois, dit ftPreyer, Axel connaît un grand nombre de mois que personne llui a enseignés, tels que « fouet », « bâton », « allumette », ttlume u (1). » L'enfant apprend à parler de deux maniùres : ktût, c'est ridée qui a germé dans son esprit, & l'occasion d'une BCeption quelconque : et c'est à «ette idée qu'il ratfaclie un mot Hvent saisi au vol ; tantôt, c'est au contraire le mot qui devance Bée : ce mot a été entendu, retenu, mais ce n'est que peu à peu, l'^irès bien des tfilonnements, que l'enfant y applique un sens. Wt par elle-même que t'iatelligence — grâce à la puissance de la ptioire des mots, grâce i\ une attention persévérante, dont témoigna ■vent, quand il écoute parler, l'attitude méditative de l'enfant — kioe la signiGcatioo d'un trËs grand nombre de mots. Et cela est BataDt plus remarquable, que l'enfant en arrive là avant même Pil SQÎt en élat de répéter les mots, ou alors qu'il ne les répète P d'une façon tout à fait rudimentaire.

Rie progrès du langage ne saurait être représenté par une ligne Bite et continue ; il ne peut l'être que par une ligne brisée, revenant ■fois sur elle-mèiBe avant d'aller plus loin. Môme à l'âge où renfant, Ibrce de petits efforts, articule distinctement, on voit réapparaître nons inarticulés; et de même le caquetage inconscient, alors qu'il ■tdéj&dire quelques mots intelligents; le monologue, alors qu'ilpeut Boguerdans une certaine mesure ; et encore l'incapacité de répéter Bde comprendre certains mots, alors qu'il en a imité et tntcrm de plus difficiles. Tout s'emmêle ets' embrouille dans les démarns de l'enfant à la recherche du langage. Les diverses facultés inté- ■ées ne marchent point du même pas. Et par exemple le méca- ■Dfl matériel de la parole peut encore être très imparfait, alors que feelligence eu avance est déjà en élat de se rendre compte du sens Beaucoup de mots

I^PHHW, op. <

., p. toi.

LEVÛLCTIO.N ISTEU.ECTUBLLE.

C'est une thèse intéressante, et qui contient d'ailloars une pa notable de vérité, que celle des philosophes qui prétendent q l'enfant n'est pas seulement un perroquet qui répète les molsqii entend ; que, dans Tacqui^Uion du langage, il ne procède pas exclusiV( ment par imitation, par h êcliolalie », comme disent les Allemands [il qu'il témoigne d'une corlaine initiative, dans l'invention des p mois dont il se sert; et qu'enlïn, avant d'emprunter le langage de st parents, il a jusqu'à un certain point son langage à lui.

il est à peine besoin de Taire remarquer de quelle importance poll^ rait ûlre une constatation de ce (^enre, pour la philosophie génènl) du langage. S'il était démontré que l'enfant est capable de tromw^ de lui-même, dans une mesure quelconque, l'expression verbaleiie ses sentiments et de ses pensées, il n'y aurait plus aucun moliH* soutenir qu'il en a été autrement à l'origine de l'humanité, lelii vail d'invention, dont chaque petit enfant nous donnerait le speclacl'i ne serait que l'image, le souvenir lointain et affaibli de l'évolulitH primitive qui a créé les langues. Et les deux théories, tour à «ïi accréditées, qui représentent le langage delà parole, l'une comoiixi miracle de révélation divine, l'autre comme une création arlilici*!!' delà raison réfléchie, recevraient des laits un égal démenti.Cen'wl, pas le seul, mais c'est un des plus importants services que la^f chologie de l'enfant puisse rendre ù. la philosophie de l'esprd lit' mai ne.

C'est & des philosophes français, à. Rousseau, à Maine de fiilU à Albert Lemoine, que revient l'honneur d'avoir les premiers derfi* ou constaté la spontanéité de l'enfant en matière de langage. UfUi encore des écrivains français, Taine, Emile Kgger, qui onl W'" bore par des observations précises l'opinion de leurs devancia''

En 1753, Rousseau écrivait déjà: u L'enfant ayant tous ses Itesoi* à expliquer et par conséquent plus de choses à dire h la mÈrei* la mère à l'enfant, c'est lui qui doit faire les plus grands ffaisl l'invention, et la langue qu'il emploie doit Être en grande parties propre ouvrage (2). h Roasseau s'appuyait sur un argument un p

(1) L' I êchoMie II, i proprement parli dernière tyllabe iln» niota entpnilus.

[a) Disoouft sur l'origine de V inégalité parmi (ta h

te surtout tiana la repétiliofll

eux, mais il en déduisait une conjecture qui par hasard se trouve îord avec les faits. Iltenait d'ailleurs & sa conclusion, et il y int dans VÉmile, où il dit : » Les enfants vous donneront leure I avant de recevoir les viitres. u

e de Biran ne sortait guère non plus des conjectures a priori. t : « Avant d'entendre les premiers sona articulés transmis la nourrice, l'enfant a dû d'abord émettre volontairement quel- I voix ou sons, et s'apercevoir qu'il était entendu au dehors, me il s'entendait lui-même intérieurement; et ce n'est qu'aprûs M entendu ainsi lui-même ou après avoir volontairement répété ^miers cris que l'instinct seul lui arrachait à la naissance, qu'il ienl capable de répéter ou d'imiter aussi volontairement les niera sons articulés qu'il reçoit du dehors... Nous concevons ainsi t le langage peut commencer à naître dans une famille ou petite société. Chaque enfant qui naît dans cette famille humaine

1 langage primitif qu'il entend, et qui est' entendu, répété les parents, dont l'enlant imite bientôt à son tour les voix ou Ixions (1). »

ïut autre est, en cette question, la méthode des psychologues temporains, qui font appel, non à des hypothèses, mais & l'obserttn et aux faits. En 18fi5, dans son ingénieux essai de la Physioîee( de la parole, Albert Lemoine exposait avec netteté, quoique lune forme trop générale encore et non sans quelque esagéra- , le rôle créateur de l'enfant dans la formation du langage. « Perle, disait-il, ne peut raconter, comme au retour d'un voyage au idis terrestre, comment l'homme a parlé pour la première fois : i nous pouvons observer tous les jours comment un homme menée à parler. L'enfant a bien plus de part qu'on ne pense au [Bge qu'on lui enseigne; il en est à moitié l'inventeur, quand IToit le lui donner tout fait. VOyez-le, quand l'organe de la parole

e embarrassée n'obéit pas h sa faible volonté : déjS, cependant t capable de moduler quelques voix et d'articuler quelques conles, que forment au hasard les mouvements mal réglés de ses s et de sa langue. Il est à ce moment critique et charmant oii il Otrer en possession du gouvernement de ses organes et manir ses petites passions par d'autres signes que par des cris. Vous Bz que c'est réellement sa mère qui lui apprend le premier signe

Uaucb m BiBAN, Examen crîliqtic lUsnpiniona de M, deOonal'l, dauslcs (K^U aédiies, t. lit, p. !S9,

J3« L'ÉVOll'TlOK 1^TEUECT0ELLE. 1

articuli^, la premier mot Bfant un s^ns: détroinpez-v«ns, c'est TniFa L qui dontip U prcmiôru lei;oo, c'est la mère i|ui ta reçoit. Le premie [ mot qu'il prononce, et auiiiipl il iittuclu^ un sens, n'est pas un r I la Iniigue malernt'Ue ({u'il tii'niie du sa nourrice : c'e^t lui ifoi n [ fabrique la matière inl'ormo; c'est lui qui y attache un sens; c'est iiw } mot do sa langue d. lui. ot sa nourrice apprend do lui celltt langui!

avanldeluioiiMeignerla sienne, Cette langue de renfant, bienpauvra

dont le v«cabulaire se compose de quelques sons, de cris modulét

I de monosyllabes ft peine nrticulés. et qui se passe de grammabsj

\ c'est l'instrument dont se servira la mèpe pour lui faire comprendra

I et accepter la lan^çue savante de son pays et de son siècle (1). u

En 1871, Emile t't;ger, dunsun mémoire lu à l'Académie des sciett;

ces morales et politiques ; ea 1816, Taine, dans un article de li 1 Reoue philosophique, ont repris la même thèse (2), en l'appuyanlsu I leurs expériences personnelles. « Il n'y a pas un seul de ses besoin I pour lequel l'enfant que j'observe n'invente un ou plusieurs som [ articulés, sans qu'aucun exemple volontaire ou involontaire lui so I proposé... Le travail intellectuel, chez l'enfant, est très actif, et se [ lang&ge suit ce travail, avec une facilité d'invention qui dêroutf f quelquefnig notre attention la plu.« sagace (Egger), » — « L'origin»

lité. l'invention est si vive chez l'enfant que, s'il apprend de t • notre langue, nous apprenons de lui la sienne (Taine)."

Mettons nous maintenant en présence des faits, afin dp détennioB

exactement dans quelle mesure il est vrai de dire que l'enfant invenl

son langage. Nous distinguerons trois séries de cas, où se révèle plu

ou moins la spontanéité expressive de l'enfant : 1° L'enfant fournit de lui-même le son ou le mot : mais ce sontlj

parents qui donnent un sens aux syllabes qu'il a articulées sans I mettre d'intention; I 3° L'enfant h. la fois invente le mot et en âxe la significatioii 1 c'est le cas le plus curieux, le plus rare, et aussi le plus contK

versé ;

3° Enfin dans d'autres cas, et très fréquemment, ce sont les parenl [ qui fournissent les mots; mais l'enfant, qui les répète, lesinterpré I à sa manière, et les emploie avec des significations nouvelle! I En d'autres termes, étant donné que le langage comprend deux fl

ments essentiels, un signe matériel. A, une signifïcalïoo intellectuel)

1 (1) Albert Lemiukr, de la Physionomie et de la parole, G. Baiilîâre, I8G5, p. I h) C'est le luéiuoira qui a été publié en l87Bet que noua avons souvent tU

COMMEffT L'ENFA-PJT APPHEND A PaBLER.

i renfaiit lantôl n'invente que A ; tantôt trouve à la fois A et B; ktOt enfin, A lui étant suggéré, imagine B.

■* Dès les premiers mois, l'enfant, nous l'avons vu, est déjà en état ■mettre des snns variés. Ces sons, on les démêle parfois au milieu nés cris. » Au soixante-quatrième jour, ditM. Preyer.ta syllabe ma

■ entendue, pendant que l'enfant criait. » D'autres fois, et de plus Rilus, àmesure qu'il grandit, l'enfant, dans ses moments de calme He bien-ôtrc, s'abandonne à ce gaïouillement, à ce ramage d'oiseau, B nous avons déjA décrit. Ce n'est d'abord qu'une succession de m& indistincts, où se détache, comme par hasard, une syllabe nette : ■u quarante-ti'oisième jour, dit encore M. Preyer, j'ai entendu pro- Bicer par l'enfanl la première consonne. Couché très confortable- Eal, itémettait des sons de toute sorte, impossibles à fixer; et il dit Btementcm-inn (1). <> Plus lard. ce sont devéritables monologues, oti Bfanl prolonge indéfiniment l'émission de sons vocaux auxquels S'attache d'ailleurs aucune signification. Il semble s'amuser de sa Bprc vois; il se divertit t exercer les organes de la parole, de la Bme façon qu'il se plaît à remuer ses bras et ses jambes. « On croit Kl parle, dit G. Drox: il fait de la musique tout simplement I «Tout

■ Qux indéfini de syllabes articulées, qu'il répète, ou qu'il varie ne une ioépuisable facilité, ce n'est encore que du bruil; ce sont Kpurs mouvements automatiques, que l'enfant ne songe nullement ■tiliser, qui n'ont aucune valeur comme signes, et auxquels ne se m\e pas la moindre parcelle de pensée ou de volonté expressive. KbbieDi CCS sons élémentaires, dont il est d'ailleurs difficile dedé- ^^iner l'ordre de succession, ne sauraient être considérés comme Ui nple répétition de sons entendus par l'enfant. Il ne saurait élreques- Bi bien entendu d'une imitation volontaire, qui ne se produira que fcucoup plus lard : M. Preyer affirme ne pas en avoir observé un seul nmple certain avant le onzième mois {2). Mais il ne paraît pas non

■} H. PjiBTKR, op. cit., pp. Xn, 373.

■) Dnrwin, il est vrai, « croit " avoir reconnu, dès le cent dix-tiuiti^tue joufi M son Mifant couiiuenRai^ à essuyer d'imiter len sons. Mnla M. HosAriBH afÂrme HSgoriqu«nient que les preduéres arliculaliniis ik' l'c^nfant ne dérivant pus de ■HaUoa: " Lei enfanta, babitueUemeat, romuieufenl à pronoacer des syllalteï ■m que <■ alta. tala. mama et papa < (avec ou sans le redoublement), avant qu'ili ■nmt comprendre la signification mfuie d'uci seul mot. Un Ar. ut«ï pro)^i>P« Htnts pomaitdire lautes ces syllabes tr^sdUtini^lement, à l'&ge de huit mois et K^, et je DB pus rien découvrir à ce moment qui [irouvàt qu'il coiiiprf^nult en ■(■ ou qu'il eût appris ces syllabes par imilation. L'n nutre df me? etifimli, qui

■ commença à. poiler qu'à l'Age de quatorze uiols et dcuii. dit u.Mf Wn, cl uuc

S3S L'iVDLUTION IMTELLECTUELLE.

|ilu« que riroiUUoD invulonlairp. dont anus ne vauIoDS pOurUinlp DiiT le riMe, surOso pour expliquer l'émission de ces premiers si comiav la voix explique l'écho. Sans doute touL n*est pas spoalaa dvis CVS prcniierii Itei^iemenU : une sjlljibe que Tenriint anra enteQ due plus distinclenicnl, qui sera prononcée plus frêqui «ou entour8);e, a toute chance d'élre machioalement reproduite et( deveuir une de ses émissions préférées. La sponlaDt^Itë vocale il l'enfant n'en «si pas moins incontestable. Un ne saurait méconnaJln d'uliord, que ses cris i)nt un caractère difiTérenl. selon qu'ils pn viennent d'une émotion ou d'une autre. « Au boaL de quelque lemp^ dit Darwin, la nature des cris change, selon qu'ih sont prodoils pf la faim ou par ta saufTraace. » Hais il est certain en outre q la voix enfantine a ses articulalt,oas favorites et, pour ainsi dire, privt^ légiées ( I ). « A l'âge de cinq mois et demi, Doddy forma le son arti culé da, mats sans y attacher de sens, o — " A partir de ta quarant» deuxième semaine, dit M. Preyer, les syllabes ma, pappn, appafi, babbit, tala, sont fréquemment prononcées »; et chose jl noter, I» efforts tentés, à la même époque, pour obtenir de l'enfant qu'il ripils des syllabes prononcées devant lui, échouent totalement. M. PreW' DOleeucore les sons fai,a'at, comme ■■ indubitablement spontsnéi'^ En d'autres termes, l'enfant trouve, au moins en partie, dariiiiu sorte d'inspiration de la nature le matériel de son langage, Est-cect vertu de r la loi du moindre effort ", comme le pensait Buffonp!» qu'il émet certainiî sons plutôt que d'autres? Est-ce par suite i!'qi>9 tendance innée et héréditaire (3) î Est-ce pour toute autre raison, pB«i importe! L'explication du fait reste douteuse i mais le fait liu-miPU) estcertain.Sipapoet wwmansont, avec de légères variantes, les uofls enfantins du père et de la mère, dans un si grand nombre delanifiid diverses, c''atque les syllabes qui composent ces deux molsso»' précisément de celles que l'enfanL a le plus de propension à émellrl

IJm «eulemenl, mais iri-s distinctement, ego : ce n'était pas là cerlaionoi'' rinuintion d'un mot qui eût été prononc,! en sa présence, et c'est pourp"')' mentionne le tait, pour prouver que l'articulatiou loin lenlionn elle cheîle«J*i»" eiifaots est spontanée ou instinctive. > {Èvolulton mentale chez r/iomme, p, Utl

(!) Cest h tort qu'A.lbert Lemoine croyait que la EpontonÉilû linguiiUfl Tftrioit tris sensiblement de ramillo à famille, d'enfant à enfant.

(ï) Bcrron, Œiiares complètes. Paris, 1878, t. IV, p. 68. BnlTon croyût que l'enfant doit tout son langage à sa mfre.

(S) M. pHEYEH (op. cit., p. 4GI1 suggiTË quB l'ordTe d'évolution des son dépend de la iiuiaçance du cerveau, des dents, des l'ftCuité auditive, etc.

COMMENT L'EM'ANT APhUK^D A PABLSR. 239

inslinclivemenl. Quo se passo-Ul en effet? D'unepart l'cnfanl, dans son inlelligence, dans son imagidation plu Wt, a conçu vaguement l'idée de ~'>npÔpe et de sa mère, id'^o purementreprêaenliiUve, qui n'est guère {u'une ima(;e, le souvenir des formes mali^riellcs i|ui caraclérisent ■ liacun de ses parents et des impressions que lui ont laissées leurs iâ.-lions à son égard. D'un autre ciMé, il a répété li-ûs souvent, mais sans y mettre encore la moindre intention expressive, les syllabes qui sont destinées à devenir les signes verbaux de ces idées et de ces images. 11 faut maintenant que ces deux évolutions parallèles, maia indépendantes et distinctes, se rejoignent et se confondent. C'est la mère ou le père qui assurera la transition, qui, prenant sur les lèvres ilu son fils le mot tout formé, mais sans vie, le répétera devant lui & [iropos,aveclnsi5lauce. devant la personne qu'il est appelé à désigner, el qui, suggérant ainsi peu f\ peu le rjpport, l'association qu'il s'agit lie faire apprendre, donnera au son toute la valeur d'un signe, ti Papa, dit Taine, a été prononcé plus de quinze Jours sans intention, sans si gntlî cation, comme un simple ramage, comme une articulation facile et amusante. C'est plus lard que l'association entre le nom et l'image oulaperceplionderobjot s'est précisée, que l'image ou la perception du père appelle sur les lèvres le son pnpa, que ce son, prononcé par un autre, a détinitivement et régulièrement évoqué le gouvfnir, l'image, l'attente, la recherche du pore. ><

2" S'il est établi, comme nous le croyons avec la plupart des psyi;'tiologues, que l'enfant met de lui-même ea circulation, qu'il réicveiile sans cesse certains mots, auxquels les traditions de la langue nialernelle se chargent de donner un sens, le sens immémorialement convenu; il est beaucoup plus diflicile de démontrer qu'il puisse & lut seul accomplir celle double opération, c'est-à-dire faire œuvre complète de création, en matière de langage, en invenir r^t des mots auxquels il prôtr iai-oéma une signification.

Taine est très affirmatif sur ce point : mais les exemples qu'il cite, outre qu'ils sont très peu nombreux, ne aauraienl être admis sans discussion. Au quatorzième mois, l'enfant qu'il a observé prononçait invariablement le mol « kam », en présence de la nourriture [1) ; plus tard celte articulation était reproduite toutes les fois

(I) Sur ce puinl, mea observations personnelles sont contrariictoires : un deinei Dis itisnit de lui-m^me am, pour demander à boire et h manger. Et milcx que ]e ii'nvnïi pas lu Taine à cette Oiioquc. Un nutre au contraire, ('utre le dlxliiiiliùuie et le vingt-quai ri t'iue inoi;', ne témoignait d'aucune un{/iiiiilili: duti> ■uii lan^'Dge : il n'aveit aucun mot à lui, sauT les malt eitroplÉa,

L'evOLUTlON INTBLUCTUBUB.

qne l'eDTKnl avail f&ini ou soif. El Taine expliciue Iras : nieusement que cet " ham u est le geite vocal natitrel de queliju'a qui happe quelque chose. « Le son commence en effet par un aspirëe gutturale, voisine d'un aboiement, et finit par l'ocdusio des livres, exécuti-t) comme si l'alimonl allait être saisi et englouti no homme ne ferait pas autrement si, parmi des sauvages, li inaiDB liées, et n'ayant pour s'exprimer que ses organes vocau il voulait dira qu'il a envie de manger. » l'our que les suppoiit lions de Tains fussent tout à fait fondées, il faudrait, semble-l-H que ce prétendu " geste vocal naturel » se retrouvftt cUe?. lous le enfanta. Ur il n'en est rien. Un enfant que nous avons observii disai nana dans le m(^me sens. Doddy, h l'ùge d"un an, fit l'effort d'inven ter un mot pour désigner sa nourriture, et l'appela je oe sais, ajoute prudemment Darwin, ce qui l'amena A adopter cette syllabe » (I)- Axel, ù. vingt et un mois, pour désigner lei aliments et le lait, disait, avec une intonation suppliante, intraduiilble: »iîmi. De cette variété de sons employés par l'enfant, i ble-t-il pas résulter qu'il n'y a là qu'une mutilation, une dûfonnalioil des mots que l'enfant a entendus et qu'il arrange à sa manière, pi uWt qu'une véritable formation nouvelle? C'est en grande partie p qu'il estropie, parce qu'il répète maladroitement les roots qu'on lU suggère, que l'enfant paraît avoir son langage &lui. Et il estei ragé, il est maintenu dans l'emploi de cet idiome puéril, par 11 manie qu'ont les parents et les nourrices de lui complaire, de flatlef; pour ainsi dire, sa vanité quasi-philologique, en adoptant et enii pétant après lui ces mots défigurés. C'est donc de la faiblesse dt organes, des incertitudes d'une articulation mal assurée, des mû dresses de l'imitation, plutôt que d'une réelle originalité invenllTB que procéderaient les prétendues créations trop avantage use met interprétées par Taine. Ainsi ham pourrait bien n'èlre qu'm abréviation de à manger (2) ; ou comme le suggère M. Preyer, l'ét

(1) M. Preyer a observé chcï son R\s un mot analogue : il rliaait nibTtVM,i^«aA avait faim; et cela A&% la dixii'^iiie semaine. Un enfanl observai par Frtti ScbuH de Dresde, disait aussi rnSmiidni dans le luËiuefens.M. Preyer suppose queuQ di-rive de la syllabo primitive mu, et que l'enfant remploie parce qu'il a mm entendu dire maman quand un le mettait nu sein.

(5) Il est en tout cjib à remarquer que l'enf.int. à proprement parler, uenu! ni ne happe, comme le suppose Tsioe, mois qu'il sucejeltjue le briiiKluel peut faire en uanageont. — AaiH, si l'on tguI, — ne ressemble iiullemenl àcclwi l'un fait en suçant.

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