‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 54 sur 76 · V L'ACTIVITÉ VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

V L'ACTIVITÉ VOLONTAIRE

I bieneotendu, et par le progréa des organps vocaux. C'est la volonté pncore qui, sous la forme d'une attention soutenue, aide l'enfant à, percevoir distinctement, à retenir définitivement les mots qu'il I Kniend prononcer. Observez un baby qui écoute sa mère, pendant qu'elle parle, et vous remarquerez àôjk dans sa physionomie, dans son altitude (1), les signes extérieurs d'attention que vous retrouverez plus lard chez l'écolier qui apprend une le^on où médite un proiilème. Quoique, dans la plupart des cas, la découverte de la signilicalion de chaque mol jaillisse spontanément de riiilellisnnce, il ;■ a certainement des mots que l'enfant ne pénètre, et qui, pour ainsi 'lire, ne s'ouvrent à lui, qu'au prix d'un effort de réilexion. Parler i e n'est pas seulement penser, c'est vouloir ; et il est certain que, toutes conditions éRales d'ailleurs, à l'école maternelle du langage, comme dans toutes les écoles, celui-là parmi les enfants prendra les devants, qui pourra et saura le mieux disposer de son attention et par conséquent de sa volonté.

Ce n'est pas seulement de sa bonne volonté, c'est parfois aussi de sa mauvaise volonté, que l'enfant fait preuve dans l'étude delà langue maternelle. II n'est pas rare de voir des enfants de doux ou Iroisansse refuser à répéter les mots qu'on propose i leur imitation : ils détournent la tête ; ils ss dérobent à l'effort qu'on leur demande, par sentiment de leur impuissance, peut-filre, et par ce que réellement ils ne peuvent pas, mais aussi, quand il s'agit de syllabes faciles 1-1 qu'ils ont déjà prononcées plusieurs fois, par caprice, parce qu'ils !ii' veulent pas. II y a là un fait d'inhibition, un véritable conflit 'l'idées et de désirs, qui se termine par le refus que fait l'enfant d'accomplir l'acte qu'on réclame de lui.

Haïs c'est surtout dans ses actes pratiques, dans la coordination de ses mouvements, queTenlkut fait preuve de volonté pouratteindre un but quelconque. Sa petite volonté naissante se trouve, pour ainsi dire, en facede l'anarchie: mouvements incohérents que déterminent {laus tous les sens, soit les impulsions instinctives, soit les caprices (Ji- la sensibilité. II s'agit de rétablir l'ordre dans ce chaos, et il est visible que renfairt s'y applique de très bonne heure. Comme on l'a fait remarquer d'ailleurs, ce travail d'organisation des mouvements intéresse par lui-même l'enfant, autant, sinon plus, que le résultat

(l) lîu des signes les plus fruppontâ de jringagG, c'est que, quand vous lui parlez.

comme pour y lire vus paroles.

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(lérinitif qu'il poursuit, « C'est la signification qu'a selon nous, dit le D' Sikorski, ce privilège qu'ambilionoe si vite l'enfant, quand il prend ses repas, de tenir la cuiller, et de manger seul, sans l'aide de personne- « Bien qu'il ait faim, et qu'il soit impatient de satisfaire son appétit, tout en se rendant compte qu'il le satisferait plus vite s'il se laissait nourrir par les mains de sa bonne, il préfère manger plus lentement, mais se servir lui-même.

On a souvent signalé ce fait que le petit enfant, crédule, docile, en l'absence de tout principe intellectuel solide et avec le peu de consistance de sa volonté, se trouvait dans un état plus ou moins comparable iicelui d'un hypnotisé, "Tous les enfants, dit Guyau, sont hypnolisables et facilement hypnolisables (1). » M. Preyer confirme cette appréciation par des observations intéressantes. « Si, par exemple, à un enfant âgé de deux ans et demi, qui vient de manger un premier morceau de biscuit et qui s'apprête à en manger un second, je dis catégoriquement, sans donner de raison, et avec une assurance qui ne permet pas la contradiction, à très haute voix, sans pourtant l'effrayer : « Maintenant, l'enfant a bien mangé ; il est rassasié 1 » il arrive que l'enfant, sans achever de mordre son biscuit, éloigne celui-ci de sa bouche, le pose sur la table et termine son repas. Il est facile de persuader aux enfants, même à trois ou i quatre ans, que la douleur consécutive à un coup est dissipée, qu'ils n'ont plus soif, qu'ils no sont plus fatigués, àconditiou pourtant que les plaintes de l'enfant ne soient pas trop vives et ne se renouvellent pas trop souvent, et que l'assertion opposée à leurs plaintes soit tout â fait péromptoire (3). » Il y a une part de mérité dans ces allégations. Nous ne pensons pourtant pas que, dans les exemples cités et dans les cas analogues, l'enfant soit aussi convaincu qu'on le prétend de la réalité des états qu'on lui suggère, qu'il se sente véritablement débarrassé de la faim ou de la souffrance, par cela seul qu'on lui dit, d'un ton d'autorité, qu'il ne ies ressent plus. Mais avec la mobilité des impressions et l'inconsistance d'attention qui sont le propre de cet &ge, il se laisse distraire ; sa pensée se détourne vers d'autres objets; il oublie ce qui le préoccupait tout à l'heure. Remarquonsle d'ailleurs, c'est seulement dans' le cas où les sensations réellement éprouvées ne sont pas très vives (M. Preyer le constate luimômc] que l'enfant accepte ces suggestions. Il ne penae plus qu'il

^ij GoïAt', Éiluculion et liérMité, p. IB.

irï) U. Pbevsr, op. cit., p. !s7.

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