LA MARCHE
ma faculté de mettre les jambes en mouveoient tour à tour, de leur ■oser uue tlexion et une extension alternative, en un mot ce ftn appelle le <c rythme ioconioleur » eslchez l'onfant, comme chei Eimal, une affaire d'instinct. Ce qui le prouve, c'est que, liien avant pouvoir appuyer le pied sur le sol, l'enfant couché dans son lit, Ibain, ou ttendu sur un tapis, réalise déjà ces flexions et ces ex- KÎons. Ce qui le montre mieux encore, c'est que, bien avant de Kroir se tenir debout, si l'on pose renfant par terre en le sùutfi- ■t au-dessous des bras, et si on le promÈne sur le sol. il organi- B de lui-même ce mouvement altcrnatir des membres inférieurs ■est la condition de la marche. « Remarquez, dit M. Bain, comme ^^nl agite ses jambes, quand on le porte dans les bras, ou quand Ht couché sur le dos; observe^ l'action des deux jambes, et vous pez que l'enfant les laoce tour h tour avec vigueur et rapidité. ■ardez encore quand il pose pour la première fois le pied sur le sol, fetemps avant qu'il puisse se régler ; vous le voyez donner alter- Bvement au mouvement de ses membres toute l'amplitude de la BChe. Ce n'est qu'en vertu de cette alternance instinctive que ■fant peut apprendre aussi vile à marcher. ÎSulle autre combi- Bon de même complexité ne pourrait ^tre acquise à la fm de la Btiçre année. Dans cette acquisition primitive, il y a à la fois un? Bulsion spontanée vigoureuse, une impulsion à mouvoir les mem- H inrérieurs, et une direction rythmique ou alternante donnée Ktte impulsion (1). » M. Preyer est du même avis et reconnaît pussi qu'il y a une adaptation préétablie pour les mouvements ftmoteurs. Il cite l'observation suivante : « Un enfant fut tenu droit porté en avant, pour la première fois, à la fin du cinquième mois, Vpieds touchant le sol. Aussitôt ses jambes s'agitèrent alternativoliit;chaquepa5futcomplètementexécuté,sans hésitation, ni irrégu- ■té... Quand on tenait l'enfant trop haut au-dessus du sol, l'alter- ■ce des mouvements s'interrompait, mais le pied resté en l'air ■ait un nouveau pas. Le contact du sol avec un seul pied semblait Bsant pour exciter l'autre au mouvement (2). u B'instinct donne donc l'impulsion; il indique le mouvement rythmé ■doit être exécuté ; mais il faut que les forces musculaires secon- ■t celte impulsion et en rendent l'exécution possible. Sans doute, ■Bison même de la croissance naturelle, les forces physiques
K M. Bain, Senscs and inleiki-'t., part. I, clisp. iv. n 11. PnïTiiH, p. ï-T.
26Ô l'ÊVOLUTlOff ISTEL1.E(:tL'ELI.E.
augmentent d'elles-mêmes, mais l'exercice contribuera aussi à leur développement. Nous touchons ici k unedesraisonsqui expliquent que, parmi les entants, les uns marchent plus tôt, les autres plus tard: ils marcheront plus tilt, si un exercice approprié les y aprÉparés, Et Toilà pourquoi les moyens artificiels qu'on emploie pour faciliter la marche, pour l'assurer, quand elle est encore hésitante et chancelante, peuvent avoir du bon, malgré les inconvénients qu'ils présentent d'ailleurs. Kant, après Rousseau, a sévèrement condamné les lisières et les roulettes. « N'est-il pas singulier de vouloir apprendre à marcher à un enfant! Comme si un homme ne pouvait marcher sans instruction (1}I » Des déformations physiques résultant souvent de l'emploi de ces procédés d'accélération : les jambes arquées, la poitrine resserrée. Et assurément il vaut mieux s'en remettre h. la nature, aux exercices spontanés qu'elle provoque. Laissons l'enfant se rouler sur un lapis, se traîner par terre, glisser sur ses genoux, avancer ou reculer avec ses pieds : dans cette gymnastique naturelle, le mécanisme de la locomotion se consolidera de luimême. " La marche â quatre pattes, dit M. Preyer, est l'école préparatoire naturelle de la marche normale. « Tl viendra un moment oh l'enfant se relèvera de lui-même, et où, s'accrochant aux chaises, rasant les murs, ou bien aidé par une main amie, il s'avancera, !a tète haute, à travers la chambre qu'il a souvent arpentée à quatre pattes, sur le plancher dont il a apprécié la dureté en s'y faisant plus d'une meurtrissure,
11 est à remarquer que, lentement préparé par des exercices naturels, l'acte de marcher tout seul et sans aide se produit tout d'un coup et définitivement. Comme un ressuscité, répondant à l'appel d'une voix miraculeuse, l'enfant se redresse et s'élance. C'est que sans doute il pourrait marcher quelque temps avant qu'il se déride à le vouloir. Le mécanisme est tout prêt, mais il n'ose pas encore s'en servir. Il lui faut vaincre une timidité bien naturelle, les appréhensions que lui inspire cette action toute nouvelle, et si hardie, de se fier à. lui-même pour parcourir l'espace. Mon fils George qui depuis quelque temps déjà faisait quelques pas, suspendu aux jupons ou k la main de sa mère, un beau jour, dans un magasin, sans qu'on y prît garde, s'échappa discrètement : tout d'un coup, on l'aperçut à l'autre bout de la pièce, sans qu'aucune cause appréciable eût, à notre
(I) K*st, Pédanoffif, de l'éducation phyHque.
connaissance, détermina cette premiÈre escapade. Le sentiment de 1 sa force lui éLaiLvenu ; sa confiance s'était aguerrie. M, Preyer a fait I une oijservation analogue ; « Ce fut après quinze mois qu'Axel, I debout sur ses pieds, se mit tout k coup, pour la première fois, à J vaguer autour de la table, d'une façon hÉsilante, il est vrai, et en I chancelant comme un homme ivre qui voudrait courir, mais sans 1 tomber. »
Quelque rapidité, quelque décision que l'enfant mette parfois dans son premier essai de marche indépendante et libre, il s'en faut que môme alors toutes les difficultés soient vaincues. On le i verra, dans les premiers temps, ne s'avancer qu'avec précaution, les I bras étendus en avant, comme s'il se montrait le chemin avec la ' main, en réalité parce qu'il est préoccupé d'éviter les chutes et qu'il a encore quelque peine à maintenir son équilibre. Cela est surtout visible, si l'enfant a marché trop tôt, c'est-à-dire avant que ses organes fussent suffisamment aifermis. L'équilibre devient vits une affaire d'habitude; mais au début, il faut, pour le maintenir, quelque attention et quelque effort. Nous-mêmes, quand il noua arrive d'être restés longtemps couchés, n'avons-nous pas de la peine à nous remettre d'aplomb?
Ce que nous tenons à établir surtout, avant d'en finir avec ce sujet, c'est que les facultés morales et la volonté ne sont pas étrangères aus progrès de L'enfant. La marche, dira-t-on, question de muscles, de souplesse ou de force physique I Oui assurément : mais question aussi de caractère et de tempérament moral (1). A. la façon dont l'eufant marche, ou peut déjà prévoir s'il sera vif, impétueux, ou au contraire indolent et mou. L'enfant, chez lequel l'ardeur des déairs est grande, sera poussé en avant par cette ardeur même. 11 voudra, plustôtqued'autres, atteindre lui-même, considérer de près, toucher -J l'objet de sa convoitise. H tombera plus souvent peut-être que ses ■ c-amarades qui ne se hasarderont pas, qui ne s'avanceront qu'à bon I escient, mais il se relèvera plus vite aussi, et en définitive il mar- 3 chera plus tiU. Une émotion soudaine, un sentiment de peur sera parfois la cause qui brusquera le dénouement, et qui triomphera des hésitations : eJlrayé, l'enfaut traversera la chambre pour s'éloigner du danger.
Sans exagération, dit M. Mahios, je tiens que l'éducatioLi du ciimctcre se temps que celle de la locoinnlion, que la façon dont on apprend h iportance murale. » (fietue acieiitif., 1800, 1, p. H.)
(0 fait en méuii marcher n'est pas a
L'ÊVÛLIiTIOT IiSTEI.LECTi!I!LLE.
L'n Fait général, il'od il ressort clairement que le mnral est inlérossé dans l'action en apparence toute matérielle de la locomotion, c'est que la marcha est relardée chez les idiots. Ce n'est pas seulement parce que leur sensibilité est obtuse, parce qu'ils n'ont pas, mme les enfants normaux, le désir de se rapprocher d'un objet r convoité ou d'une personne aimée (1); c'est aussi parce qu'ils sont incapables d'attention. Et sans attention l'enfant ne saurait guider ses premiers pas.
Quoique instinctil's dans leur origine première, les mouvements I spéciaux que suppose la marche sont donc nécessairement attentifs et par conséquent volontaires, lis deviendront ensuite auto- F matiques, sous l'empire de l'habitude. Tous les modes de l'activité
■ ee confondent ici : la tendance à mettre les pieds l'un devant l'autre
■ dérive de l'instinct, mais la direction imprimée k ces mouvements, f la résolution de quitter tout point d'appui, d'atteindre un but, de . se précipiter en courant vers la mère qui tend les bras, sont des
actes de volonté. Et la volonté se manil'este encore sous une autre ■forme, en inspirant û, l'enfant l'assurance, la confiance en soi. Pour risquer son premier voyage dans sa chambre ou dans son jardin, il lui faut du couratçe et de la hardiesse. Et si l'on en doutait, il sufli- - rait de considérer la lierté qui brille dans ses yeux, la joie qui épanouit son visage triomphant, parfois les éclats de rire bruyants I qui accompagnent sa première course d'une 'chaise à une autre, de 1 père à sa mère, pour être certain qu'il a conscience d'accomplir e prouesse, et que, par conséquent, il y a là autre chose qu'une 'ie de phénomènes matériels : il y a un effort, et le sentiment jreux de la réussite de l'eflort.
Lorsque l'enfant a franchi ces deux épreuves décisives et capitales
1 de .sa vie, d'où il sort capable de parler et de marcher, il dispose
s deus éléments essentiels, des deux instruments principaux de
s jeux, qui consisteront presque toujours dans la parole et dans
I le mouvement. Sauter, courir, et d'autre part, causer avec ses
■ Quand l'idioC est parven
«'agite alors sur sa cliiiso, pous
^^hei'd'euîL Aussi est-ce l'uin prn
rogreaser. i> {D' Sotueti, op. n
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LES JEI
soldais, avec sa poupée, plus tard avec ses camarades, tels seront Il'B principaux amusements de l'enfant. Il n'y a guère de jeu muet, ni de jeu immobile. Mais lenfant ne joue-t-il que lorsqu'il sait marcher et parler? Il a joué bien auparavant, si jouer veut dire simplement s'amuser, se diverlir, accomplir des actions qui n'ont d'autre but que le plaisir. Nous ne demanderons pas au bahy, qui tète encore sa mère, les jeux qui supposent les facultés d'un ùge plus avancé: de la sensibilité, de l'imayinalion. une certaine puissance dGcomhinaison. Mais le jeu n'est point exclusivement renfermé dans ces catégories : on peut jouer, dès qu'on peut agir, agir d'une façon quelconque. L'exercice des sens, les premiers mouvements de$ jambes et des bras, les premières émissions de voix peuvent devenir, pour le petit enfant, des occasions de divertissement et de jeu. Il joue dans son berceau, quand il peut déjà toucher de ses mains les Heurs bvillanles de sa couverture ou de son rideau ; dans son bam, quand il fait clapoter l'eau avec ses doigts; sur un tapis, quand il remue ses membres et se livre A une gymnastique effrénée. Son caquctage, son gazouillement est aussi uu jeu en un sens : renfant s'amuse lui-même de son ramage inintelligible. Les bruits le divertissent particulièrement : un grelot, le tintement de son hochet, un sifQet, tout cela lui fait plaisir et détermine des cris de joie. L'enfant est naturellement joyeux. Toute activité conforme à la nature, dans son premier épanouissement, est véritablement un jeu pour lui. « La joie, comme dit Frœbel, est l'âme de toutes les actions de l'enfant. »
11 n'est pas besoin qu'on imagine des jouets (1), qu'on lui mette entre les mains des instruments fabriqués, des joujoux artificiels. L'enfant, dans la spontanéité de son instinct pour le jeu, trouvera de lui-même de très bonne heure de petites inventions, imaginera des exercices qui feront son bonheur. Voyez-le, dès la seconde année, faire des trous dans le sable, échafauder des murs, construire des rigoles. Voyez-le encore au même âge prendre un journal, l'étendre devant lui, et comiquement faire semblant de lire, en remuant les lèvres, en proférant des sons quelconques. « J'ai sous les yeux, dit Michelet, un nourrisson qui a dix-huit mois à peine, et qui, dès qu'il a pu dresser l'un sur l'autre deux petits morceaux de bois,
(I) Ce n'est pas que nous voulions contester l'utilitâ des jouets. Il est ct^rtain que rj[ir<!i'iaritâ intellectuelle des enfants de la campagne lient en pnrLic A ce qu'iU n'ont pas de jouets comme les enfants àe la ville.
L'fiVOLUTION INTELLECTUELLE.
aisi de bonheur, joint les mains, admire, visiblement se dit, ei créateur : » Cela est bien ! » Un autre de deux ans et demi, plus foi dans cette architecture, appelle sa sœur à témoigner de son talent il dit : « C'est petit nui l'a fait (1) 1 »
L'enfant voit partout un jeu. M. Preyer raconte qu'Axel disait
n Nous allons jouer aux couleurs » , toutes les fois que son père li
soumettait à ses exercices habituels, pour constater sou aptitudi
I h distinguer les couleurs. Le D'' Sikorski a noté le môme fait
u L'absence de dlscernemeul entre les divertissements etlesi \- sérieux, ou bien entre l'observation pure des choses qui l'entoureni , et l'activité émanant de la création et de la fantaisie, couatitue m I particularité de l'activité de l'enfant (i2). »
La psychologie du jeu comporterait, pour Être complète, i
longues études. Sans aller jusqu'à dire, avec Frœbel, que » le jeu eal
' le plus haut degré du développement de l'enfant », nous répéleroni
[ .volontiers après lui que « le jeu n'est pas une chose frivole poui
' l'enfant, mais une chose d'une profonde sigiiili cation (3)
'dans le jeu, qui est sa principale occupation, qu'il donne libremenl
carrière à toutes ses aptitudes. C'est là qu'il nous révèle les dispt sitions les plus intimes de son Âme. Une histoire bien faite di IjeuK de l'enfant nous permettrait do saisir, au jour le jour, le dév loppemont progressif de toutes ses facultés.
C'est sous la forme de l'imitation que, dès. la seconde année, le jt est le plus accessible à l'enfant {-4}. Et avant qu'il puisse imiter luimême, les imitations, les reproductions faites par les autres. exemple de petits animaux en bois, en plomb ou en caoutchouc. ont particulièrement le don de l'amuser. Dans ce cas, pour comprendre le plaisir éprouvé par l'enfant, il faut considérer que lei images, de quelque nature qu'elles soient, dessinées et peintes sui Je papier, ou bien grossièrement sculptées en carton-pàte, rappellent des objets connus, et excitent l'activité do l'esprit, en provoquant une série de comparaisons. Le plaisir serait mince d'ailleurs
(I) MiCnELET, ^'M/f^S, p. TO.
(S) O' SulOrski, Revue phîlasoph., noCit 1SS5. ) n Les jeuï constituent le cûté le plus saitlant de la vie infantile, » dit 1 qui a minutie II sèment iStudiâ cette partie de la psychologie de l'enfonl ,.phil., t. XIX, p. 441.)
H IjviOgstone anlrme que les jeux d'enfants chez tes nègres de l'Afrique con "Ttgénémlement en parliea de tir et d'Invasion, occupation principale d