‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 58 sur 76 · LES JEUX · texte numérisé non relu

LES JEUX

^^Benraat se contenlait de regarder les bétes qui sortent de son ^^ftie de Noë, Mais il n'en reste pas là : il les manie, avec le secret Hiueil peut-être de penser qu'il peut enfin toucher, dans leurs '■'trmes réduites et inoffensives, le chien, le chat qu'il aime taat lif, mais qu'il n'ose encore aborder. Qui nous prouve d'ailleurs |ui! pendant longtemps, malgré leur immobilité, les animaux de bois ne lui apparaissent pas comme vivants! En tout cas. il s'ingénie â les mettre sur leurs pattes, à les faire marcher, à, les grouper en troupeaux; enfin il leur fait imiter différents actes de la fie nnimale réelle.

L'imitation inspire un grand nombre des jeux de renfance, mais dans les amusements de ce genre, comme dans tous les aulrus, !st l'activité déployée qui est le principe de la joie ressentie. Jouer aux soldais, au ménage, à la poupée, plus tard jouer ù. l'école, faire claquer le fouet comme un postillon, arroser comme un jardinier : tous ces jeuK éternels de l'enfant, qu'on retrouve dans tous les temps et dans tous les paya, toutes ces imitations récréatives des affaires sérieuses de la vie, divertissenlp.irce qu'elles font agir (1).

Il se mêle cependant quelque chose de plus aux jeux purement imitatil's : une pointe de vanité, l'ambition satisfaite de singer les grandes personnes. D'autre part, toutes ces simulalions puériles sont de véritables petites comédies ; elles parais- '<'[it telles aux parents qui en sont les spectateurs, mais il semble [lie les enfants eux-mêmes, auxquels le sens du comique n'est pas iml â fait étranger, trouvent dans la conscience même de ce qu'il I ï a de drôlerie dans leurs actes un nouvel élément de plaisir. ' Ce n'est pas la seule activité physique qui alimente la joie du ' f'ii |2). La sensibilité y intervient de bonne heure, et d'abord soua i forme de t'instJucl social. Le jeu, qui tout à l'heure laissait un, iiiianl indifférent, va lui paraître charmant et le passionner, dès' '^u'il sera partagé. Dans le jeu, ce n'est pas seulement le jeu que' l'enfant recherche, c'est la société de ses camarades, ce sont les

(1) Tylor, duiB son livre sur la CinUisalion primitive, fait observer que les jeux ■mîtalirs survirent parfois aux usages qu'iU copiaient et qui ont disparu des nueurs, tels, par exemple, l'arc et la aèchc, la rrundc. etc.

(;} Le D' Sikorski prétend mëcoe, non sans esaB^ration, .i que le mouvement tt la j:vinûa3lique jouent un rûle secondaire, aubordonné, dans les jeux de l'enfant, et y serviJit seulement d'inslruuienta pour réaliser des conceplinns iutcUei:luellta »

L'RVOUJTION INTELLECTUELUK.

Dire : « Comm^nl l'onfant apprend à marcher? » c'est employa nue expression en partie inesacle. Eo effet, dans la marche, IM n'usl point appris, acquis par IVxpi^nence; dans cette aciton comme dans toutes les autres, il convient de faire la part de l'iuï Unct. Le caractère instinctif de la locomotion est assuré me ni plu marcinâ cIick les petits des animaux, puisque, à peine nés, ils savei BPlenirsur leurs jambes. Mais pour être plus lent dans son évolstiot moins impératif dans ses impulsons, l'instinct locomoteur n'i existe pas moins chez l'homme. Nous avons déjà, eu occasion de dire, les lenleurs, tes tfilonuemenls du développement ne pronviiB nullement que l'inslincl n'existe pas, et ils doivent être imputés ti faiblesse des organes.

La locomotion est avant tout une question de force physique, solidité des os et de vigueur musculaire. Un observateur snii Demme, qui a étudié k ce point de vue cent cinquante enfants, codj late que les enfants très rubusles sout seuls en élatde rester debun pendimL quelques minutes, h V&fe de neuf à dix mois ; les eufauls vigueur moyenne n'y parviennent qu'un peu plus lard; les enfant délicats et faibles, vers le douzième mois ou plus tard encore. Si ^ enfanls se tiennent droit avant le neuvième mois, cela dépend leur vigueur tout exceptionnelle (1). Et ce qui est vrai pour les pi grés dans la station droite, l'est aussi pour la marche elle-même,

Il n'en est pas moins vrai que la marche suppose un vérltabl apprentissage. [| y a. pour ainsi dire, un art de marcher, comme y a un art de parler, el l'enfant ne l'acquiert que par une série i'v lions préparatoires et de petits progrés (2). Au nombre de ces prf liminaires il faut compter l'acte de se tenir debout :

(I) C<ti3 par M. PRitEB, p. 324.

(S) On est d'accord pour reconimnnder de inisser fnire la natore sol poisîble dans le di-velcppement de In Qmrclie. ■ A hâter In miu-cbe des dit M. Cabet m Gaseicoubt {Revue scientif., 189U, I, p. 438), on risque de dflWl leurs jambes... Il serait de beaucoup pr^rerable de retarder la marche jusflu'i]' de quinze muis, el, dûs qu'on fait faire à l'earant ses preiuiera pas, de iui4li l'attitude de s pieds et ta position du tronc. On doit aussi songer que Tviihuit. ■ Jours impatient d'agir, sera entrniné à uarrhor plus qu'il ne le doit; d'fiiituit' pour lui, toute promenade est triple ou quadruple de celle que Tonl les personnes qui l'accompagnent j il court en avant et revint sonscesse,,.

La MABCIIE. 26B

hil le poète. Et les obscrvalcurs de nuire temps coDGrment, dans

Itermes moins poétiques, l'assertion d'Ovide: «Si des enfanta

Ivaient vivre en dehors de la société humaine, ils adopteraient

taîuement d'eux-mêmes la marche verticale, parce qu'elle est

plogeuse et facilite le rôle protecteur des yeux et des oreilles qui

■eillent incessamment ies alentours (1). » Mais ce n'est pas tout

luile que le nouveau-né se redresse et se lève. Il s'y essaie, sur

fenoUK de sa nourrice, se pressant contre sa poitrine, pendant

Kpelîts bras autour de son cou. Il s'y exerce ensuite en posant les

e sol, soutenu par des mains attentives, ou bien s'ap-

^nt lui-même sur la chaise voisine, jusqu'à ce qu'il arrive à se

[Cr de point d'appui, pouvant raidir assez les muscles de ses

ft>e8 et ayant acquis assez, d'assurance pour n'avoir plus besoin

a C'est à la Gn du troisième mois, dit M. Preyer, queseprodui-

pt chez Axel les premières tentatives, suivies de résultat, pour se

r debout, un iustanl seulement, mais sans appui... Au seizième

I, l'enfant peut se tenir debout, sans être soutenu, il peut même

■r du pied le sol. n

1 D'est pas douteux que, dans ses tâtonnements pour maintenir

fation droite — dont les physiologistes disent d'ailleurs qu'elle est

hpénible que la marche —, l'eniant ne soit guidé par l'instinct. On

tas à l'exciter beaucoup, pour lui donner l'envie de ramasser, pour

tiâire, son petit corps et de le soulever. On sent qu'il y aspire de

Blême; et la preuve, c'est qu'il paraît plus joyeux, quand il cherche

furtout quand il réussit à se tenir debout, que quand il demeure

ment couché ou assis. L'action est une source de plaisir,

bd elle est conforme à la nature. Ce qui n'est pas moins avéré,

1 que l'imitation, qui se glisse partout dans la vie enfantine, a

98on influence. Dans les familles qui comptent plusieurs enfants

i &ge, les cadets, encouragés par l'exempte du babil de leurs

, apprennent plus vite à parler; de même, on les verra s'cscr-

let réussir plus tût b. se tenir debout (2).

D grand point est certainement acquis, lorsque la station droite

ssarée, lorsque l'enfant sait suffisamment raidir ses muscles,

^Bt. PniYRn, op. cit., p. JlS.

■ Si renfoDt se développe en luSme leraps que d'autres enranls dont les un* Mil, dont les autres aiiprenneoC à marrher, il nrrive qu'il apprend plus vite leidr debout et à courir, sans aide de la pnrt de aa mfre, que s'il se déve- « toutaoul. " IM. Pkeïeb, p. 3Î0.)

ses

LtVOLLTlU.N iNTai.ECTL'ELLB.

; pieds

' le ;

1 perdre Vit

pour pOfter fermemont l

libre; main il n'en psl poiirlnal pas encore i

fc M se IAr:hcr ». Aiilns cUiisfi est se lenir plantfï, iaimobile, ù 1

même place, connue le vêgOUI (ixi^ pur ses racines: autre ciio

meltrc ses pieds l'un devant l'autre, comme l'animal, pour «<

placer dans l'espace. Plusieurs mois semblent séparer les deuï ùp

rations.

Sur cinquante enTants observés par Demme, deux pouvaîci marcher seul', lîmiduniont d'ailleurs et pour faire aculeme: quelque» pas, au neuviëmo mois; ceux-là avaient dû passer près que sans transition de la station droite à la locomotion, grilce une surabondance particulière de vie et de force. Mais tous k autres n'avaient commcDcé & marcher qu'à partir du dix-huitiâin mois.

itien de plus variable que la date des premiers pas (1), mèii chez des enfants dont la constitution physique ne laisse rien désirer et qui paraissent aussi solidement bâtis les uns que ic autres. On a prélundu qu'il y avait un rapport inverse eotre 1 précocité de la locomotion et celle du langage, que reufant qi parle tôt marche tard, et réciproquement. Cela n'aurait rien d'in vraisemblable, la nature, qui a, comme on l'a dit, un budget ^n t'conomisaoL volontiers d'un cûlé ce qu'elle dépense en trop de 1'* Lre; étant donnée aussi cette raison, plus sérieuse encore, que '< locomotion est un fait surtout physique, le langage un fait surloil 'nlellectuel, de sorte que l'avancement de l'un et le retard correi pondant de l'autre pourraient être considérés déjà comme u pie de la grande loi qui gouverne toute la Vie humaine, el ql veut que le moral soit en soutTrance quand le physique prédouii et vice versa. Nous ne croyons pourtant pas que le rapport t question ail été assez vérifié par l'expérience, pour qu'il j ! intérêt à en chercher l'explication. Ce qui reste certain, c'est q* dans la foule des nouveau-nés, comme pour une course mal 01 donnée, certains coureurs partent beaucoup plus vile que li autres. Et en achevant de raconter l'histoire de l'éducation de . marche, nous nous convaincrons peut-être que la cause de ces 4 férences doit être parfois cherchée ailleurs aue dans l'inégalité J forces physiques.

(IjC'eat du douzième au lingt-quatrième mois, et surtout danslesderaieEtn de la socoude anuËe, que ie% entauls commencent gëoérolemeut â uiarcbtr-

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