CHAPITRE XIII DÏTELOPPEMENT DD SENS MORAL
ïLilution des iites moriilea. — Influence du milieu et dp réducnlion sur le développe ment de la conscience ujorale. — Les circonstances de l'ëducalinn vxpliQuent le plus souvent les lacunes du sens moral. — H. Les états aJectlTs, point de départ de l'évolution morale. — La crainle doa parents. —La volonté paternelle ou maternelle, première règle de moralité. — Tendanœ instinctive de l'enfant à s'incliner devant la râgle. — Qu'on ne trouve rien chez le petit enrnat qui ressemble i lu Traie mornlité. — Ses actes témoigneut seulement
Ho'il craint les punitions. ïïl. A l'égoïsme succérie l'affection. — La sympa-
Ihie, la sensibilité liÉsinlâressée, principe de direction morale chez l'entimt. — Que les phases provisoires de la moralitÉ naissante ches l'enfant peuvent dépendant toute la vie les états dÉlinitifs de la moralité. — IV. L'orgnnisntion du sens luoral suppose une multitude de petits progrès. — L'enfant conçoit d'abord la moralité que comme une règle personnelle, qui ne s'npique qu'A lui. — Il confond la règle avec ta volonté de ses parents- — Une d'etpériences nécessaire pour dégager l'idée abstraite du bien et du mal. — L'accomplis se ment des actions bonnes prépare le développement de l'idée du bien. — La morale de l'intCr^'t, la morale du sentiment percent dans lea actions de l'enfant. — Apprûciation des conséquences des actes accomplis, bons ou mauvais, — V. L'idée d'une loi morale. — Éducation de le manque l'éducation, manque aussi le sens moral.
L'histoire de l'évolution des idées morales dans la conscienoe i^nfantine est des plus compliquées et des plus délicates. Les psychologues qui étudient la conscience adulte, qui ne considèrent que lea formes supérieures de la moralité, qui, en un mot, commencent par 'afin, ont une besogne relativement facile. Ils distinguent deux ou Irois idées, très nettes et très claires : le bien, le devoir, la respon-' *^l>iliié; ils décrivent les sentiments qui accompagnent ces idées; et •^fla fait, tout est dit. Tout paraît simple dans la conscience d'un '^ocrate, d'un Franklin ou d'un homme réfléchi quelconque : de mflnie
L'ÉVOLUTION INTKLLBCTUELLE.
par cnnsequent. pour admettre qup dès le iiuatriëme mois l'enfanl capable de pclili-s volniili'S, il sunit|dp rPcotinaitm que son inlê genireest iSveillôc. qu'elle est en état désormiiis d'associer deux idi l'idée d'un objet a prendre, par exemple, et l'idi^e d'un moitvem & faire pour iR saisir.
N'exagérons riou d'ailleurs, et ne cherchons pas la volonté ob n'existe pas, C'est ainsi que M. Preycrs tort, croyons-nous, de coi dérar comme volontaires les mouvements qui permatlenl A. i'enf de tenir la IMa droite (1). On sait quelle est ea cela rimpuisssi ilu nouve8u-iii5. qui ne parvient qu'au bout de quelques senwii & redresser sa iHe bninlanle. penchant tantôt en avant, tantOI arrii^re, à droite ou à gauche {2). C'est par petits progrès quotidiei que l'enfant parvient îi l'équilibre. Mais loin de voir dans ces pi gK'S des actes de volonté très coniiidë râbles », nous pensons ijflï s'ej^liquenl surtout par l'affermissement des muscles, Toulanpli Tant-il admettre que. l'eufanl, dont la vue s'est développée el qii pour mieux voir, trouve avantage à ce que sa télé se tienne droit 80 sent excité par les besoins de la vision à maintenir cette positioi mais cotle position n'est pourtant possible que gràco à k coneoiid tion du système osBeuxet musculaire. De même il ne nous paraitp juste de considérer comme volontaires, du moins à l'origine, les m* vementg des yeux : il y a une adaptation innée et inconsciente d( globes oculaires; et c'est au bout de quelque temps seule lorsqu'il est devenu véritablement atlenlif, que l'enfant fait ttie volonté, lorsqu'il tourne la télé à droite ou à gauche, pour diiij son regard vers un objet qu'il veut fixer et observer.
La volonté, & n'en pas douter, s'exerce dans l'acquisition diiis gage. L'apprentissage de la parole est en partie une élude, eli toutes les études, celle-là aussi exige de l'altenlion et des elorl C'est la volonté de l'enfant qui aplanit peu à peu les dirGculIésd' bord insurmontables de l'articulation : la volonté aidée par lanatm
(l) M. PRaïKK, p. 318 et suiv. M. Preyep s'appuie aur cet arguiuent que «d'julf mouvemûata de la tête se font avec vigueur» et (|ue n par consëqitenl li WIh àe» musclea <• n'est poui* rien dans l'olTairc.
(ï) D'après les observations tailea sur ceat cinqu.inte eafanis par DemnAti par M. Piieteh, p. 230) m la Ute se tient en équilibre, vers la fm du trwiîfl mois ou durant la première nioitii: du quati'ièine, chez les enfants très TigM gement déveluppéa i>, et un peu plu» tard, cliei! les enfanta de. force plus tard encore, au cinquième ou au sixième 4nciis, chex les enfant) u> dfitiles.
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lité, eti un mot, n'esl pas seulement l'apport indiTidael de toute
intelligence enlraol en ce monde; elle est plus encore le produit de la culture et do leducatiun, une consé(|ueiice de la vie sociale, une sorte de « grâce u qui nous vient du dehors.
« Le développement de l'intelligence, dit M. Preyer, estàtel point subordonné à l'influence qu'exercent le milieu et l'éducation sur les dispositions naturelles, et les systèmes d'éducation sont à tel point variés, qu'il est impossible d'exposer un développement intelbcluol normal (1). » Contestable peut-être en ce qui concerne l'înlellif;cnce, la réflexion de M Preyer est exacte, si on l'applique au sans moral, dont une multitude de causes peuvent modifier et troublei' l'élaboration régulière. Il y a, pour former une conscience, un si grand nombre d'opérations préalables également nécessaires, la moralité est composée d'éléments si divers, elle s'appuie sur un échafaudage si laborieusement construit, elle est un agencements! délicat de pièces empruntées successivement aux diverses parties de notre organisme mental, que la réalité nous présente rarement •lans le monde des enfants, soumis au caprice de tant d'éducations dilTérentes, un exemple d'évolution du sens moral qui soit complète et de tout point satisfaisante.
Et voilà pourquoi le monde des hommes à son tour nous offre tant de moralités chancelantes, précaires ou par quelque endroit imparfaites. Ou bien, dans son ensemble, la conscience sera fragile, sujette aux défaillances, parce que les conditions multiples, qui doivent en assurer le développement, n'auront pas marqué assez fortement leurs empreintes successives sur l'àrae de l'enfant. Ou bien un des éléments essentiels fera défaut, parce que dans la série progressive des sentiments et des idées d'où se dégage l'être moral, un degré aura été omis ou un échelon franchi trop vite. Tel homme, par exemple, aura un fier sentiment de lajustîce, l'iniquité lui arrachera des cris d'indignation sincère ; mais il n'aura presque aucune notion de la règle, du frein à imposer à ses passions. Tel autre sera le serviteur irréprochable de la loi ; mais il ne connaîtra jamais les ardeurs de l'affection et les élans du dévouement... A y bien regarder, on trouverait toujours dans la vie de l'enfant, dans les circonstances particulières de son éducation, — la mère sans tendresse ou absente, le père sans autorité, l'isolement ou l'éloignement de toute relation
(I) M. Phïïkb, op. cit., p. 289.