‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 65 sur 76 · U MARCHE · texte numérisé non relu

U MARCHE

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fka facultp de mettre les jambes en mouvement tour à tour, tlo leur feoser une flexion et une extension alternalive, en un mol eo Bn appelle le» rythme locoraoleur » est chez l'enfant, comme chez Kimal. une affaire d'instinct. Ce qui le prouve, c'est que, bien avant mouvoir appuyer le pied sur le sol, l'enfant coucha dans son lit, |t)ain, ou ûtendu sur un tapis, réalise déjà ces flexions et ces exnions. Ce qui le montre mieux encore, c'est que, bien avant de ■voir se tenir debout, si Ton pose l'enfant par terre en le soute- ||t au-dessous des bras, et si on le promène sur le sol, il organi- K de lui-même ce mouvement alternatif des membres inférieurs Best la condition de la marche. « ItemarqueE, dit M. Bain, comme Bfant agite ses jambes, quand on le porte dans les bras, ou quand Bt couché sur le dos; observe^ l'action des deux jambes, et vous pez que l'enfant les lance tour à tour avec vigueur et rapidité. tardez encore quand il pose pour la première fois le pied sur le sol, fctemps avant qu'il puisse se régler : vous le voyez donner allerbvement au mouvement de ses membres toute l'amplitude de la pche. Ce n'est qu'en vertu de celte alternance instinctive que ■faut peut apprendre aussi vite ;V marcher. Nulle autre combi- Bon de m(^me complexité ne pourrait être acquise à la fin de la niière année. Dans celle acquisition primitive, il y a â la fois une Butsion spontanée vigoureuse, une impulsion à mouvoir les mem- K inrérieurs, et une direction rythmique ou alternante donnée Rite impulsion (11. » M. Projer est du même avis et reconnaît Hussi qu'il y a une adaptation préétablie pour les mouvements Bmotcurs. Il cite l'observation suivante : « Cn enfant fut tenu droit Borlê en avant, pour la première fois, à la lin du cinquièmo mois, Bpïedâ touchant le sol. Aussilâl ses jambes s'agitèrent allernativopt ; chaque pas fut complètement exéculé.sans hésitation , ni irrégu.- Blé,.. Quand on tenait l'enfant trop haut au-dessus du sol, l'alter- Bce des mouvements s'interrompait, mais le pied resté en l'air ■ait un nouveau pas. Le contact du sol avec un seul pied semblait Bsant pour exciter l'autre au mouvement (3). n K'instinctdonnedonc l'impulsion; il indique le mouvement rythmé Kdoit être exécuté; mais il faut que les forces musculaires secon- Bt cette impulsion et en rendent l'exécution possible. Sans doute, ■Bison mémo de la croissance naturelle, les forces physiques n M. Bain, Sensés and inlelkcL, pai*t. 1, chnp. iv.

ro M. Prkïeh, p. s::.

plus IM possible, pour t;ouverncr reniant, le mot de l'obligcatiâli a Vous devez (1). » Telle est aussi l'opinion de Mme Guiiot, qui déclare avoir constaté, chez des enfants de six à sept ans, le pouvoir des idées morales (2). ■< Ne vois-jepas, dit-elle, des enfants, déj& sensibles au goût du bien, y trouver le motifet la récompense de leurs efforts? Le zèle de Sophie s'animera pour une leçon, où elle ne peut trouver d'autre plaisir que celui de la bien faire; et Louise saura aussi réprimer le désir de battre sa petite camarade qui lui renverse son cbftteau de cartes, contente de pouvoir médire : (• N'est-ce pas, ma- ■ man, que j'ai bien fait?)' Michelet, très afQrmatif, comme toujours, va plus loin encore: u Tu doh, dit-il, est-ce une idée compliquée, qui demande explications? Nullement. Dans le monde du travail, sans éducation et sans raisonnement, par une simple intuition, nn apprend de bonne heure la notion du devoir (3). » Michelet oublie que dans « ce monde du travail « dont il parle, il admet par hypothèse l'existence d'habitudes régulières, d'exemples vertueux qui sont eux-mêmes une éducation et la meilleure de toutes.

Assurément les leçons peuvent avoir leur efficacité, pour peu qu'elles soient simples, appropriées à la petite expérience de l'enfant. Mais il faut craindre de mériter le reproche qu'un spirituel écrivain adressait tout dernièrement à l'enseignement des écoles primaires : « Les programmes officiels de morale sont superbes, disaitil ; mais c'est vouloir empêcher le petit Gustave de voler les pommes du verger voisin, en lui lisant la profession de foi du Vicaire savoyard 1 H Non, nous ne lirons pas à l'enfant la profession de foi du Vicaire savoyard ; mais dans un langage raoios solennel, nous appellerons son attention sur ce qu'il y a de commun dans la diversité des devoirs que nous l'habituerons â pratiquer. Nous soulignerons le plaisir ou le malaise qu'il éprouve déjà à faire le bien ou le mal. Nous lui ferons honneur de ses bonnes actions, et honte de ses fautes. Et tout en comptant un peu sur les exhortations et les discours, nous nous appuierons surtout sur l'action, sur l'exercice et sur l'exemple. C'est de la pratique individuelle des vertus que naît l'idée du bien, et de l'exercice de la liberté que sort l'idée de la responsabilité. C'eKt aussi en voyant tous ceux qui l'entourent se' soumettre à une même règle, que l'enfant expérimente, pour aini

DE Rkhueat, Ensai sur l'éilucatioii des femmn, Gm/oT, Leltrei de familie, etc., t. 1, p. 103.

HlCHELET, Nos fils, p. [37.

1 se;H dnsH

m DÉVELOPPEMKNT m SRNS MORAL. 29'.»

dire, et saîsîl sur le l'ait, vivante et agissante, la loi morale universelle. Ce que Marc-Aurâlc disait <les différentes vertus : « Mon aïeul m'a appris la patience... A ma mère Je dois la piété... A mon père, la modestie !'i cela n'est guère moins vrai de la conscience elle-même, qui est lei principe des vertus particulières. C'est au contact de la conscience de leur père, de leur mère, ou de leur maître, que s'est développée de tout temps la conscience des enfants, quand ils ont été assez privilégiés pour n'avoir qu'à continuer dans leur éducation personnelle l'œuvre de leurs premières années.

Veut-on la contre-épreuve, c'est-à-dire des faits qui montrent qu'a l'absence d'éducation correspond la radicale impuissance du sens moral? Il suffit d'ouvrir les livres qui traitent de la criminalité cheï les enfants. Ce n'est pas que nous confondions le sens moral et la moralité pratique; mais il est permis cependant de juger de l'arbre A ses fruits, et d'apprécier rctat d'une conscience morale d'après les actes extérieurs qui la manifestent. Eh bienl sur 9,906 enfante qui en 1873, étaient détenus dans les établissements pénitentiaires. 4,543 étaient orphelins d'un de leurs parents ou de tous les deux; 154 étaient élèves des hospices, c'est-à-dire qu'ils avaient été | privés de toute éducation de famille; 1,518 étaient des enfants na- I lurels, c'est-à-dire élevés dans un milieu de débauche; 1,615 étaient nés de parents ayant subi des condamnations, et par conséquent avaient reçu les leçons de l'immoralité (1). Que répondre à un criminel précoce qui déclare devant le jury : « Je n'ai jamais rencontré personne qui se soit intéressé à moi. Enfant, j'étais abandonné à tous les hasards; je me suis perdu »7

Il serait facile de multiplier les exemples de cette influence souveraine de l'éducation première sur la moralité ou l'immoralité des enfants. Maïs celte puissance des excitations extérieures n'exclut nullement l'action de la nature; elle serait même incompréhensible sans elle. L'enfant ne serait pas aussi disposé qu'il l'est, dès les premiers jours de la vie, à se courber devant l'autorité paternelle, s'il ne soupçonnait pas déjà, par une sorte d'instinct secret, dans la volonté individuelle de ses parents la loi générale du devoir, s'il ne ""comprenait pas à demi que les ordres paternels et maternels se goublent, pour ainsi dire, d'une autorité morale. L'erreur de ceux yni contestent Tinnéité relative ou l'hérédité de la conscience morale

(1) M, Othewlh i/H,

Exfum

\à Paris, 1819.

300 l'ÊVOLUTlON INTEUECTIIELLE.

l pTOvienl de ce qu'ils ne considêpent comme inné, comme œuvre I propre de la nature, que ce qui apparaît dés les preiniÈrcs heures l'de la vie. Dira-l-on qu'il n'est pas naturel à la plante de fleurir, E]iarce que les fleurs ne se montrent sur la tige qu'à un certain mo- I jnenl de son évolutionl Dira-t-on que certaines formes de la folie, r:\a, mante du suicide, par exemple, ne sont pas héréditaires, parce tque le perme morbide, après de longues années do vie latente, f.obscure, c< larvée », comme disent les médecins, n'éclate chez les L, descendants qu'à un âge avancé, â, quarante ou cinquante ans I De ce ■«que certaines circonstances sont nécessaires pour la faire éclore, la Eiionscience morale n'en est pas moins le propre de l'homme. Dans fi quelle mesure d'ailleurs la nature etl'éducatîon concourent chacune f & l'organiser, c'est ce qu'il est peut-être impossible de dire avec ■ précision; car dans cet échange perpétuel qui se fait entre le dedans I et le dehors, on ne sait Jamais au juste ce que l'enfant donne de luîf-inôme et ce qu'il reçoit des autres.

I Ce qui est certain du moins, c'est qu'aucun &ge ne peut ni ne doit I rester étranger à la culture morale. N'attendons même pas que la % parole puisse nous servir d'instrument d'éducation; les actes valent \ encore mieux, que la parole et peuvent la précéder. Assurément, I il se rencontrera des railleurs pour trouver étrange que devant ce I tout petit être, blanc et rose, qui fait à peine en trébuchant ses l premiers pas dans la vie, qui n'est pas encore capable de marcher f .seul, qui ressemble à un joyau vivant suspendu au cou de sa m6re, I ïe philosophe ose soulever déjà les hautes questions du gouvemcl-ment de soi-même, de la conscience et de la moralité. Tous ceux I pourtant qui savent combien est lente l'évolutiou des facultés, h I quelles lointaines et insaisissables racines, jetées dans le passé de F l'enfant, se rattachent les fleurs et les fruits de la maturité, se préoc- 1 cuperont comme nous de ces premiers et obscurs tressaillements I de la vie morale. 1! n'est jamais trop matin pour mettre l'homme . I future l'école du devoir.

I Le paradis perdu, c'est pour chacun de nous l'ensemble des impresr I fiions de la première enfance, les joies neuves et naïves des premîèw res années. C'est là en effet que s'est jouée notre destinée; c'est laquai k, 8'est formé un foyer d'excitations bonnes, ou d'inspirations mauvai-3 fc:aes. qui nous accompagneront pendant toute la durée de notre vieJ ^^ Et voilà pourquoi ce n'est pas un anachronisme de songer, dès Iffl ^Bfenui, à la responsabilité, aux obligations morales qui pèseronq

un jour sur cette petite tête de Tenfant, toute souriante maintenant dans son innocence inconsciente, dont les idées et les sentiments ne sont guère que le reflet de ceux de ses parents; de même que sa joue gauche ou sa joue droite, quand il vient de téter, comme un côté de pêche doré par le soleil, reste quelques instants toute rouge, échauffée qu'elle est par le contact du sein maternel qui le nourrit et où il se blottissait tout à Theure.

Cn fait ([éni^ral, d'oti il n-ssorl clairement que lu moral est Jtilè-

TPfsà àima l'action en apptireiicc loulc matérielle de la iocomotion,

c'est que la marche est retardée chez les idiots. Ce n'est pas seu-

leoieut parci' que li'iir sensibilité est obtuse, parce qu'ils n'ont pas*

L cuaime les enfants norniuux, le désir de se rapprocher d'un ob

I convottÉ ou d'une personne aimée (1); c'est aussi parce qu'ils si

l. incapables d'attention. Et sans attention l'cnrant oe saurait guider

I ses premiers pas.

Quiiiifue instîncUr» dans leur origine première, les mouvemonB

I spéciaux que suppose la marche sont donc nécessairement atto

I ttfa et pw conséquent volontaires. Ils deviendront ensuite aa\fi-

t maliques, sous l'empire de l'habitude. Tous les modc^ de l'aclivité

[ se confondent ici : la tendance ft mettre les pieds l'un devant l'autre

I dérive de l'instinct, mais la direction imprimée k ces monvemeuts,

I la résidution de quitter tout point d'appui, d'atteindre un but, (

I «e pri>cipiter en courant vers I» mi-n qui tend les bras, sont di

[ actes de volonté- Et la volonté se manifesto encore sous une auCrt

I forme, en inspirant à l'enfant l'assurance, la conRance en soi. Pooi

risquer son premier voyai;e dans sa chambre ou dans son jardiu, H

lui faut du courage et de la hardiesse. Et si l'on en duulait, il snHt

rait de considérer la fierté qui brille dans ses yeux, la jofe qui

. épanouit son visage triomphant, parfois les éclats de rire bruyaal^

I qui accompagnent sa première course d'une Chaise à une autre, J

I son përe d sa mère, pour être certain qu'il a conscience d'accoroplii

i prouesse, et que, par conséquent, il y a là autre chose qui

série de phénomènes matériels : il y a un effort, et le sentimeal

heureux de la réussite de l'elTort.

Lorsque l'enfant a franchi ces deux épreuves décisives cl capilâfel I de sa vie, d'où il sort capable de parler et de marcher, il d [ des deux éléments essentiels, des deux instruments principaux * I ses jeux, qui consisteront presque toujours dans la parole et diM lie mouvement. Sauter, courir, et d'autre part, causer avi

(I) ■ Quand ndiot est parvenu d reeonnniti'e ses alimenta, et qu'il le» ïoil, i

s'agita nlors sur sa chaisu, poussB des cris, tend les mains, cherche A ae

cher d'eux. Aussi i^ïl-cel'i on procûd^ cmploj'j pour le forcer à ae tenir debout (ti

' progresser, h (D' Sou-cEn, op. ril.. ]■,. m.)

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