LES JEUX
lidflls, avec sa pnutHio, plus lard avec ses camarades, tels seront H principaux amusements de l'enfant. 1! n'y a guère de Hmuet, ni de jeu immobile. Mais l'enfant ne joue-t-il que lors- ^B sait marcher et parler? Il a joué bien auparavant, si jouer veut H simplement s'amuser, se divertir, accomplir des actions qui H)t d'autre but que le plaisir. Nous ne demanderons pas au baby, Btëte encore sa mère, les Jeux qui supposent les facultés d'un âge H avancé : de la sensibilité, de- l'imagination, une certaine puissance Hombinaison. Maïs le jeu n'est point exclusivement renfermé dans Hjatégories : on peut jouer, dès qu'on peut agir, agir d'une façon ^ftconque. L'exercice des sens, les premiers mouvements des ^ptes et des bras, les premières émissions de voix peuvent devenir, B r le petit enfant, des occasions de divertissement et de jeu. Il ^p dans son berceau, quand il peut déjà toucher de ses mains les ^bs brillantes de sa couverture ou de son rideau; dans son bain, Had il fait clapoter l'eau avec ses doigts; sur un tapis, quand il ^ue ses membres et se livre il une gymnastique effrénée. Son ^■ctage, son gazouillement est aussi un jeu en un sens : l'enfant ^BUse lui-même de son ramage inintelligible. Les bruits le diver- ^■nt particulièrement : un grelot, le tintement de son hochet, KifDel, tout cela lui fait plaisir et délermiQe des cris de joie. Bfcfant est naturellement joyeux. Toute activité conforme à la ^Bre, dans son premier épanouissement, est véritablement un Hpour lui. « La joie, comme dit Frœbel, est l'âme de toutes les Bons de l'enfant. »
H n'est pas besoin qu'on imagine des jouets (1), qu'on lui melte Bk les mains des instruments fabriqués, des joujoux artiliciets. ftfant, dans la spontanéité de son instinct pour le jeu, trouvera But-même de très bonne heure de petites inventions, imaginera Bexercices qui feront son bonheur. Voyez-le, dés la seconde année, Hb des trous dans le sable, échafauder des murs, coustmire des ^■les. Voyez-le encore au même Âge prendre un journal, l'étendro Btat lui, et comtquement faire semblant de lire, en remuant les ^fees, en proférant des sons quelconques. « J'ai sous les yeux, dît ^Belet, un nourrisson qui a dix-huit mois & peine, et qui, dés ^P a pu dresser l'un sur l'autre deux petits morceaux do bois.
^p Ce D'est pus que nous voulions contester l'utilité des joufls. Il est certain ^■l'inr^HoritÉ intellectueUe des enrnnts de 11 cnoipagne tient en pnrlie à ec ^Hi n'ont pas de juuela coiuine les enraiits île la ville.
Z'.l t-troLlTlON INTELLEaUELLE.
I m1« dfl bonhenr, joint les mains, admire, visiblement se dit, ea
I crâa(i>ur : <• Cela est bien ! » t.'D nuire àa deuK ans et demi, plus M
[ ilsne cotte iin-httectiire, appelle sa sœur & témoigner de son talen^
Udit: > C'est ;>wir<]uil'ti Fuit (l}j >.
L'enibnt voit partout un jeu. M, Preyer raconte qu'Axel disait)
■ Nou» allons jouer aux couleur» » , toutes les fois que son père eoumettait & ses eicorclces habituels, pour constater son aptitudi
I h distinguer les couleurs. Le D' Sikorslù a noté le même fait,
■ L'absence de discernement entre les divertissements etlesesi . sérieux, ou bien entre l'observation pure des choses qui l'entourea
et l'activité émanant do la création et de la fantaisie, constitue uni particularité de l'activité de l'enrant (2). »
La psychologie du jeu comporterait, pour être complète,
longues études. Sans aller jusqu'à dire, avec Frœbel, que " le jeuesE
le plus haut degré du développement de renfaDt », nous répétonios
1 volontiers après lui que « le jeu n'est pas une chose frivole pour
' l'enfant, mais une chose d'une profonde signification (3) », C'est
dans le jeu, qui est sa principale occupation, qu'il donne librement
C&rrïëre h toutes ses aptitudes. C'est là qu'il nous révèle les dispp*
sitions les plus intimes de son Âme, Une histoire bien faite i»
Jeux de l'enfant nous permettrait de saisir, au jour le jour, le Uni
loppement progressif de toutes ses facultés.
I C'est sous la forme de l'imilalion que. dès la seconde année, le jeu
' est le plus accessUile à l'enfant (4). Et avant qu'il puisse imiter loi
même, les imitations, les reproductions faites par les autres, |
exemple de petits animaux en bois, en plomb ou en caoutciioDC,
ont particulièrement le don de l'amuser. Dans ce cas, pour coo
prendre le plaisir éprouvé par l'enfant, il faut considérer que le
images, de quelque nature qu'elles soient, dessinées et peîntc»Sii
le papier, ou bien grossièrement sculptées en carton-pâte, rapptf
lent des objets connus, et excitent l'activité de l'esprit, en provi)
quant une série de comparaisons. Le plaisir serait mince d'ailleiul
(I) MiCHEi.«T, y'os fila, p. 70.
I p) H' SiKonSKi, Hevue philosaph,, aoCit Hib.
I (3] • Les jeux constituent le cAtû lo plus saillant de lu vie iDlantile, » Ht'. I D'SiEoneKf, qui a minutieusement étudié cette partie de la psychologie de l'eDhii
(ftw. phii., t. XIX, p. Ul.) l (4) Livlngstone affirme que les jeiii d'enfants cheï les nègres de l'Afrique ta l aiateat générale iiieiit en parliea de tir et d'invasion, ucpupation prindpsle > \ lêuri pËres.
LES IlÉFAUTS IIE L'ENFANT.
^DB le a pur p;oûl du mal >i exisle même chez l'adutte. A combien Hbs forte raison cheK l'enfanL! L'homme n'est pas naturellcmaut Ktêtro moral : il ne le devient que peu à peu. De même que les bonnes actions deTenfantue témoignent jamais d'une vraie moralité, de même ses fautes, ses mutineries, ses sottises ne proviennent nulloment d'une perversité intentionnelle. Dans le mal, comme dans le hien, il est inconscient. El nous ne devons pas plus Écouler Mme Necker de Saussure, quand elle prétend saisir chez une toute petite fille la mauvaise volonté qui fait le mal pour !e mal, qu'i! ne convient d'accepler le témoignage de Darwin, quand il croit reconnaître un commencement de repentir et de honte morale chez son petit voleur de sucre.
La petite lille, dont parle Mme Necker {!), aurait désobéi pour le liluisir de désobéir : « On voyait déjà on elle, à dix-huit mois, le double besoin d'observer la règle et de la braver. Restée seule avec sa mère, qui était retenue au lit par la maladie, elle entra un jour, sans le moindre motif, en révolte déclarée. Les robes, les chapeaux, les écrans, les petits ouvrages, tout ce qui lui tomba sous la main lut porté au milieu de la chambre sur le plancher; elle cbantait et liansail autour du monceau avec des joies indicibles; le courroux assez réel de sa mère ne l'arrêtait point. Elle avait bien Vidée du mal; sa rougeur trahissait bien les reproches de sa conscience, mais io jilaisir consistait k en étouffer la voix. »
Dans celte petite scène de famille, nous n'assistons, croyons-nous, iju'à une frénésie de mouvement, à une de ces crises auxquelles aboutit en s' exaltant le besoin d'activité qui est propre à l'enfanl, nullement à une dépravation de la volonté, k une joie malicieuse de braver la règle et de secouer le joug. Tout au plus pourrait-on y voir l'explosion de l'instinct de l'indépendance, la satisfaction de montrer sa force, d'exercer sa liberté. Ce n'est pas de remords, c'est de plaisir, que rougit l'enfant qui donne carrière à sa pétulance, dans un véritable accès de folie passagère. Il fait le mal, sans que la volonté du mat entre pour rien dans sa conduite, La petite Macba, l'héroïne d'un conte de Tolstoï, qui, à trois ans, met le feu aux gerbes de la ferme et qui trépigne de joie devant l'incendie qu'elle a allumé, ne se doute évidemment pas des conséquences désastreuses (le son action (2).
i, p. m. N'iilnns d'oillcurs ipie la
Entrons niaint(>Danl dans le détail, et examinons tour à tour les dêl'iiuls et les qualités de l'enfant ; les défauts d'abord.
On ne s'est pas contenté de dënoucer en termes généraux les mauvais instincts de l'enrance : on a dressé contre elle des actes d'accusation en régie. Dupanioup a même essayé uue ctassificatioa de ses défauts (1).
Il est bon néanmoins de le faire observer tout de suite : les réquisitoires dirigés contre l'enfant ne sont pas, tant s'en faut, aussi nourris que les panégyriques composés en son honneur. Est-ce la preuve que, dans la nature enfantine, le bien l'emporte décidément sur le mal ? Ou bien les grâces du jeune âge lui ont-elles mérité l'indulgence de ses juges? Pour chaque père, pour chaque mère, il est généralement entendu, le cœur aveuglant la raison, que leurs propres enCanls sont les plus aimables enfants du monde 1 El quoique nous soyons déjà plus disposés à voir les défauts des enfants des autres, même alors je ne sais quelle sympathie tendre et complaisante adoucit la sévérité de nos jugements.
Aussi voyez ce qui est arrivé à M. Emile Deschanel, dans l'ingénieuse anlholop;ie qu'il a composée, il y a trente ans, sons ce titre : Lp, bien et le mal qu'on a dit des enfants. La première partie, le Bien. est très pleine; la seconde est d'un vide que l'auteur ne réussit pas h dissimuler. Enlrainé par l'antithèse, et aussi par le souvenir d'un autre de ses écrits : Le bien et le mal qu'on a dit des femmes, où le chapitre du mal lut avait fourni une riche, très riche moisson de médisances, M. Deschanel a voulu mettre à contribution les ennemis de l'enfance. Mais à part les boutades de quelques esprits chagrins ou de quelques u célibataires inutiles >>, tels que lioîleau et Chamfort, M. Deschanel n'a pas trouvé de quoi sérieusement remplir son cadre; si bien que, pour grossir son petit volume, il est réduit à reproduire les légendes des Enfants tenibles de Gavarni, légendes qui montrent moins leur méchanceté que leur malice et leur esprit.
C'est un célibataire, La Bruyère, c'est un évéque, Dupanloup, qtri ont le plus doctement établi le catalogue des défauts de renl'aitd
c ini^endiaire, assez fréquence chez les enruDts, est le pli quence de désordres cOi'ùbrnux et de muladies âpileptiquea. (11 DurAKioop, l'Enfiiiit, ial4, ch. lï.
En une seule phrase, qui vise d'ailleurs, par-dessus la tète des enfants, ITiumanilé tout entière, l'auteur des Caractères trace un portrait peu flatté : « Les enfants, dit-il, sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés;... ils ne veulent pas souffrir de mal et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes (i). » Dupanloup, lui, distingue trois sortes de défauts : les défauts corporels, les défauts intellectuels, et enfin les défauts moraux, les seuls dont nous ayons à nous occuper ici. « Dans cette famille pullulante de principes de péchés», Tauteur de V Enfant établit toute une généalogie : il y a d'abord les défauts naturels, la dureté, par exemple, la brusquerie, Thumeur capricieuse, la mobilité, la dissipation, le bavardage, l'indiscrétion; une seconde catégorie comprend les défauts appelés, d'un nom bizarre, « surnaturels », sous prétexte qu' « ils sont surtout opposés aux vertus de la grâce et représentent dans l'homme un effet plus marqué de la perte de la justice originelle ». Ceux-ci ont pour principe la triple concupiscence : l'orgueil, la sensualité, et enfin la cupidité ou la curiosité, qui est la cupidité de savoir. L'orgueil lui-même est la source de quatre défauts principaux : l'esprit d'indocilité, l'esprit d'indépendance, l'esprit de contradiction, l'esprit de justification.
Nous n'avons cité qu'à titre de document cette esquisse plus théologique que philosophique, énumération un peu fantaisiste, où les choses sont vues de trop haut, à travers les préoccupations troublantes du péché originel, où la curiosité et l'instinct d'indépendance sont présentés comme des défauts, et où, d'autre part, sont omises les plus authentiques infirmités de l'àme de l'enfant, la jalousie, par exemple, et la colère.
Tout en reconnaissant que la nature a semé dans l'enfant l'ivraie à côté du bon grain, nous ne saurions admettre que le fond de toutes ses inclinations soit gâté. Combien plus équitable et plus exacte est la philosophie, d'inspiration plus humaine, qui au contraire cherche et réussit à prouver que, pour la plupart, les défauts de l'enfant proviennent, non d'une perversion originelle, mais des influences mauvaises d'une éducation mal conduite! C'est cette éducation qui, comme le dit Frœbel, « a détourné les facultés, les forces et les as[)irations de l'enfant de leur voie naturelle et en a contrarié le plein
(1) La Bruyârb, Caractères^ chapitre de VHomme»
épanouissement (1) ». Combien plus vraie aussi la mélhnde d'observation impartiale, que nous allons suivre, et qui explique un très evand nombre d'actions, en apparence mauvaises, non par une précocité vicieuse, mais par une insuffisance inlellecluelle. par l'ignorance, par l'imprévoyance et rirréflexion de l'enfant, qui ne peut encore calculer la véritable portée de tout ce qu'il fait! C'est de celte façon, par exemple, qu'on peut excuser les instincts do cruauté attribués â l'enfant.
u Cet Apo est sans pitié », disait La Fontaine, qui assurément n'aimait pas les enfants autant qu'il aimait les bètes. A. en juger d'après les apparences, La Fontaine aurait raison. Mais la cruauté prétendue de l'enfant, quand il torture les animaux, n'est au fond que de l'ignorance (2), L'enfant est un cartésien sans le savoir : il ne fait pas de ditTérence entre son polichinelle et son chien, ^i la doctrine de l'automatisme des bètes n'avait pas eu l'heureuse fortune de traverser un jour le cerveau d'un grand philosophe, elle trouverait du moins de perpétuels adhérents chez tous ces petits bourreaux de deux ou trois ans, qui ne martyrisent leurs animaux favoris que parce qu'ils ne savent pas qu'ils leur font du mal.
Du jour oti il se doute que, on déplumant un oiseau ou en tirant la patte àuu chat, il leur cause des souffrances analogues à celles qu'il ressent lui-même quand on le maltraite, l'enfant généralement ne continue pas son jeu cruel. S'il s'obstine, malgré les cris de l'animal souffrant, c'est que sa curiosité est la plus forte (3).
M. André Theuriet raconte, dans ses souvenirs de jeunesse, que, à l'âge de quatre ans, il lui prit fantaisie de s'emparer de quatre chiens nouveau-nés et de les porter, « pour voir », dans le bassin du jardin. « Quand je les vis, dit-il, nager misérablement et se débattre dans l'eau, j'eus conscience de ma scélératesse; ma sensi-
(1) Frcebel, l'Éducation de l'homme, traduction fi'imçiiise, 1881, p. 93.
(S) Il faut bien reconnaître que, drina certaines natures perverties de bonne heure, la, cruautË consciente appai'alt. On a l'aconté l'histoire d'une petite Tillu qui collahoriut avec ses parents pourmartjTiaeraon petit Trére. Elle plaçait i^ti-e ses denta une épingle, dissimulée sous sca lièvres, puis invitait l'enfant bnuser; ccltii-ci cimllunt approcliitit, et l'Jpinglc lui entrait dans la chair Mais ici, comuie dans les cas semblables, il s'agit d'enfanta déjà relaUvi grands et que l'exemple et l'éducation ont viciés.
(3) Mme Neckeh na SAcesunE nous paraît forcer la note pessimiste, quand prétend que, pour reDfant qui fait s^mlIVir un animal, ■ le piquant du divertissepst de bmver l'ômoLion qu'il éprouve, n'est (le a'eniiurcir contre la pilté
j^'avoir Lb force d'ùlra cruel ■, {Éduciition progremoe, livre III, ch. vi.)
r vive. J 'eoisn^M
id ellofl
Uililû a'ûveilja, et je voulus repêcher tes oaufrai^és, Bl comme je ue pus y réussir, je m'enfuis, plein de Lerreur, en songeant, en mon âme de quatre ans, quel'enfer, dont ma mère m'avait souvent parlé, T'Iait destiné à punir de pareils méfaits. »
La conduite de l'enfant, quand il brutalise les animaux, procâde donc des mêmes besoins qui lui font éventrer ses chevaux en carton, diifoncer ses tambours : d'une avidité de tout connaître, et aussi d'une impérieuse tendance à agir, qui s'exerce étourdiment. Frœbel nous parle d'un enfant qui n'avait pas assez de soins pour les pigeons qu'il élevait; ce qui ne l'empêcha pas un jour d'en viser un et de l'atteindre d'un coup de pierru qui le tua. Curiosité, besoin d'aclion et ignorance, voilà qui suffît à expliquer et à justlGer la plupart des méfaits qu'on met au compte de la barbarie de l'enfant.
Il est plus difQcile d'analyser les causes multiples qui font du mensonge un défaut si général chez les enfants, au point que Montaigne a pu dire : « La roenterie croît quand et quand eux, »
Au risque de paraître verser dans les illusions de l'optimisme, nous n'hésiterons pas à affirmer que le mensonge n'est pas, comme le prétendent certains observateurs de l'enfance, un « vice héréditaire 11, ni un vice presque universel. L'enfant qui n'a pas subi de mauvaises influences, que l'exemple n'a pas vicié, qu'une discipline de répression et de contrainte n'a pas réduit à chercher un refuge dans la dissimulation, l'enfant est généralement la franchise, la sincérité même. Tout ce qu'il a sur le cœur, il le dit; il le dit trop, au Sré de certains parents. On connaît les indiscrétions des « enfants terribles »; ils le sont tous, plus ou moins. Ils disent tout: ce qu'ils ont fait, ce qu'ont fait les autres. El le vilain défaut de « rapporteur» n'a pas d'autre origine le plus souvent que ce besoin de tout dire. '( Mon gamin, écrit Guyau, vient toujours me raconter, soit en se vantant, soit parfois d'un air contrit, les sottises de sa journée, h J'ai observé moi-même un enfant de sept ans qui n'avait jamais menti, et qui venait m'avouer sa faute, avant que je l'eusse découverte, me disant d'un air tremblant et penaud : « Je crois, papa, que tu vas me punir; j'ai fait ceci et cela! a
Il est vrai que l'enfant ne se contente pas de répéter ce qu'il a vu, co qu'il a entendu. Il invente aussi; mais celte invention n'est qu'un jeu, un travestissement innocent de la vérité. Dans le premier éveil
Kson imagination, il se comptait dans la fiction, et il joue avec les ts, comme il joue avec le sable, avec des morceaux de bois ; il fait ■â
t.ÉVOUlTIO?î IMELI-KCTUELLE.
augmentant d*olU'9-mAmes, mais l'exercice contribuera aussi àlear dAvelappement. Nous toui^hoDH ici à unedesraisonHquieïpliquBnt qn», parmi les enffinU, Ira uns marchent plus tût, les autres plustard: ils marcheront plus tiM, si un exercice approprié les y apréparés. El Toilù pourquoi les moyens artificiels qu'on emploie pour faciliter marche, pour l'assurer, quand elle est encore hésitante et chanct lanle, peuvent avoir du bon, malgré les iuconvénienla qu'ils préseï tent d'ailleurs. Kant, après Rousseau, a sévèrement condamnéle litières et les rnuli-lli-t. « N'esl-il pas singulier de vouloir appreadf & marcher h an enTantl Comme si nn homme ne pouvait mar cher eaus; instruction (i)I •• Des dérormations physiques résullenl souvent de l'emploi de ces procèdes d'accélération : les Jambes qui^es. la poitrine resserrée. El assurément il vaut mieux s'en ire ti la nature, aux exercices spontanés qu'elle provoque. Laissai l'enfant se rouler sur un tapis, se traîner par terre, glisser siH s f^noux, avancer ou reculer avec ses pieds : dans cette gymnastiqu naturelle, le mécanisme de la locomotion se consolidera de lui^ m6me. Il La marche h quatre pattes, dît H. Preyer, est l'école prépiiraloire naturelle de la marche normale. » 'I viendra un moinant oll l'enrant se relèvera de lui-même, et où, s'accrochant ai rasant les murs, ou bien aidé par une main amie, il s'avanutlra, \i tôte haute, h travers la chambre qu'il a souvent arpentée àquatr pattes, sur le plancher dont il a apprécié la dureté en s'y faisaolplu d'une meurtrissure.
Il est h remarquer que, lentement préparé par des exercices nali rels, l'acte de marcher tout seul et sans aide se produit tout du coup et définitivement. Comme un ressuscité, répondant à l'appi d'une voix miraculeuse, l'enfant se redresse et s'élance. C'est que s3i doute il pourrait marcher quelque temps avant qu'il se décidée vouloir. Le mécanisme est tout prêt, maïs il n'ose pas encore s'i servir. 11 lui faut vaincre une timidité bien naturelle, les apprébensio que lui inspire cette action toute nouvelle, et si hardie, de se lier lui-même pour parcourir l'espace. Mon lils George qui depuis quelqi temps déjà, faisait quelques pas, suspendu aux jupons ou k la de sa mère, un beau jour, dans un magasin, sans qu'on y pi garde, s'échappa discrètement; tout d'un coup, on l'aperçut kV bout de la pièce, sans qu'aucune cause appréciable eût, k nol
(0 Kant, Pédagogif, de t'éducation physique.
connaissance, délermini^' cette première escapade. Le sentiment de sa force lui était venu; sa confiance s'était aguerrie. M. Prejer a fait une observation analogue : u Ce fut après quin7.e mois qu'Axel, debout sur ses pieds, se mit tout à coup, pour la première l'ois, à vaguer autour de la table, d'une façon hésitante, il est vrai, et en chancelant comme un homme ivie qui voudrait courir, mais sans tomber, »
Quelque rapidité, quelque décision que l'enfant mette parfois
dans son premiei' essai de marche indépendante et libre, il s'en
faut que môme alors toutes les difficultés soient vaincues. On le
verra, dans les premiers temps, ne s'avancer qu'avec précaution, lea
■as étendus en avant, comme s'il se montrait le chemin avec la
ain, en ri5ahté parce qu'il est préoccupé d'i5viter les chutes et
l'il a encore quelque peine à maintenir son équilibre. Cela est
irtout visible, si l'enfant a marché trop tôt, c'est-à-dire avant que
'S organes fussent suffisamment ati'ermis. L'équilibre devient vite
une afi'aire d'habitude ; mais au dùbut, il faut, pour !e maintenir,
quelque attention et quelque effort. Nous-mêmes, quand il nous
^■^e d'être restés longtemps couchés, n'avons-nous pas de la
^^B)Q à nous remettre d'aplomb?
^^Ke que nous tenons à établir surtout, avant d'en Suir avec ce sujet, ^^Ht que les facultés morales et la volonté ne sont pas étrangères ^^K progrès de l'enfant. La marche, dira-t-on, question de muscles, ^^Kouplesse ou de force physique! Oui assurément : mais question ^^Bbî de caractère et de tempérament moral (1). A la façon dont ^^Hfant marche, ou peut déjà prévoir s'il sera vif, impétueux, ou au ^^Htraire indolent et mou. L'enfant, chez lequel l'ardeur des désii-s ^^Bgrande, sera poussé en avant par cette ardeur même. Il voudra, ^^Hstât que d'autres, atteindre lui-même, considérer de près, toucher ^^Kjet de sa convoitise. 11 tombera plus souvent peut-être que ses ^^Karades qui ne se hasarderont pas, qui ne s'avanceront qu'à bon ^^Bent, mais il se relèvera plus vite aussi, et en déCnitive il mar- ^^Km plus 161. Une émotion soudaine, un sentiment de peur sera ^^Hfois la cause qui brusquera le dénouement, et qui triomphera des ^^Ktations : effrayé, l'enfant traversera la chambre pour s'éloigner
^^n ■ Snni exagération, tlit M. NUjiidn, Je tieni; que rL^diication du caractâre m ^^Ben même teoipa quo celle lie la Uic'imi'tion, qiii< lu fnçon dont on ap(>rend à. ^^^pcher n'est pas sans iui|iurtaiice murale. " {Iteoue scirnlif-. 1600, I, p. 17.)
289 I.'|;voi.rT10S IXTEM.EOTrKLLE. ^
qij« loDt est lumint^us. f>l commn apl&ni, sur le dernier plalean iei monta^fnes. m<^ine quand il a fallu, pour l'escalader, à travers l'oba^ curit^ lies brouillards et dos nuages, passer par les sentiers tortues cl gravir les pentes escarp(*es,
MaisHi, au point d'arrivtSe, dans la lumière d'une raison n par l'Ago et par l'expiïricnce, la conscience morale se dégage avi des caractères netlom<?nl distincts, quelles difQcultés en re^ n'y H-t-il pas pour robservatonr h suivre, pendant la période à croissance et dn Tormation, la lente évolution morale, l'obscur Irsvs alftctir et intellectuel d'ofi émergera peu b peu la iTaie moralité?
Qutilque disposi^ que nous soyons à accorder beaucoup à l'inniJil ou à l'héri^ditt', pour les facultés morales comme pour toutes li autres, nulle part peut-iMre ne se montre mieux qu'iti l'influeneeJ r<ïducalion et du milieu social. La conscience morale n'est pus a pur don de la nature, une force naturelle organisée d'emblée, comn le prétendent soit les rationalistes absolus, soit les philosophes d l'école de Ti^vollition. Herbert Spencer, par exemple, admet de v^r tables « intuitions morales »; il parle d'émotions qui « correspoi draJent immédiatement à une conduite bonne ou mauvaise », qi seraient le résultat de modifications nerveuses, produites ells mêmes par les expériences de nos ancêtres, et Jeutement consolidé! & travers toutes les générations passées de la race bumaine. A qm Renouvier répond avec raison : « Nous savons par l'observation ( l'enrance, par l'expérience des effets de l'éducation, que ITiérêdili i fournit A l'homme naissant aucune détermination Rxe des actes boi et mauvais {I). » La conscience morale est, en grande partie, u faculté acquise, qui se crée peu à peu, qui ne se développe q dans dos conditions déterminées, à travers toute sorte de met morplioses, au prix d'un enfantement laborieux, et qui enfin, du ses commencements, ne ressemble pas du tout b ce qu'elle sera du sou étal final.
Elle n'est pas d'ailleurs nne acquisition exclusivement personnel! o(i la spontanéité de l'individu, réduite il ses propres forces, puis se suffire à elle-même : elle a besoin, plus qu'aucune autre de ni facultés, du concours des influences extérieures; elle suppose l'î ition, la stimulation féconde du milieu humain, elle'nous est col muniquée, suggérée, par nos parents et par nos maîtres. La moi
(1) CritigvtphiloMphigue, IBIS, II, p. 35i.
DftVIÎLOPPEMENT DU SENS MORAL. 381
1, en un mol, n'est pas seulement Tappcirt individuel de toute Uligence enlrauL en ce monde; elle est plus encore le produit n culture et de l't^ducatiDn, une conséquence de la vie sociale, I Eorte de " grâce n qui nous vient du dehors. ■Le développement de riiitclligence,dil M. Preyer, esta tel point Brdoonâ à l'influence qu'exercent le milieu et l'êducalion sur dispositions naturelles, et les systùmes d'éducation sont h tel Rt variés, qu'il est impossible d'exposer un développement intcl- Bel normal (1). « Contestable peut-être en ce qui concerne l'iotel- Bcei, la réHesion de M Preyer est exacte, si on l'applique au sena nil, dont une multitude de causes peuvent modifier et troubler ■boration régulière. II y a, pour former une conscience, un si Bd nombre d'opérations préalables ét^alement nécessaires, la ■alité est composée d'éléments si divers, elle s'appuie sur un Bfaudage si laborieusement construit, elle est un agencemeutsi feat de pièces empruntées successivement aux diverses parties BOtre organisme mental, que la réalité nous présente rarement Bt le monde des enfants, soumis au caprice de tant d'éducations Brentes, un exemple d'évolution du sens moral qui soilcompléle Be tout point salisfaisiinte.
n voilà, pourquoi le monde des liommes a son tour nous offre tant fcoralités chancelantes, précaires ou par quelque endroit imparns. Oubien, dans son ensemble, la conscience sera fragile, sujette K défaillances, parce que les conditions multiples, qui doivent en ■rer le développement, n'auront pas marqué assez fortement K) empreintes successives sur l'àme de l'enfant. Ou bien un des ■ents essentiels fera défaut, parce que dans la série progressive Kscntiments et des idées d'où se dégage l'être moral, un degré m, été omis ou un échelon franchi trop vite. Tel homme, par ■nple, aura un lier sentiment de lajustice, l'iniquité lui arrachera Kcris d'indignation sincère ; mais il n'aura presque aucune notion In règle, du frein à imposer èi ses passions. Tel autre sera le ser- Inr irréprochable de la loi; mais il ne connailrajamais les ardeurs B'afTection et les élans du dévouement... A y bien regarder, on ■verait toujours dans la vie de l'enfant, dans les circonstances ■iculières de son éducation, — la mère sans tendresse ou absente, ■ère sans autorité, l'isolement ou l'éloignement de toute relation
h M. PcitTER, op. cit., !>. 380.
Î83 I.-RVOUITIOS INTELLECTUELLE.
social)', elc. , — lii laisori il'f Ire île ces insuffisances et de ces lacunes
,inorsles.
11 y a donc un crani) inli^rét à aaîvre. pas & pa?, chez l'enfant, piititcs vclli^ités i{iii doivent donner naissance il ta volonté morale ne serait-ce que pour montrer de quelle manière' leducation ullérieure, et surtout la meilleure de toutes, je veux dire l'effort personnel, pourra dans l'adolescence et la maturité réparer lesJirèches de la construction ébauchée dans l'enfance. Gomment dans ce (ourbillou de désirs capricteuit, d'impulsions désordonnées, mobiles, qoî caractérisent le premier âge, voyons-nous apparaître, comme point fixe, l'obéissance 4 la règle, règle tout extérieure à l'origii confondue avec les personnes qui commandent, qui donncal des, ordres & l'enfant? Comment à l'égoïsme, qui au d6hut suggère seul l'obL^issance, voyons-nous se substituer puu & peu le plaisir dêsinlé^ ressé d'être bon, uniquement pour être bon ? Par quel progrès secret, la règle, incarnée d'abord dans les parents, devient-elle la n^ tion ou le sentiment d'une obligation intérieure, l'idée abstraite du devoir et de la loi ? C'est ce qu'il nous faut apprendre, en observant Penfanl dès le berceau.
C'est dans les états affectifs, bien entendu, que doit être cherctd le point de départ de l'évolution morale. De tout ce que la n développée peut comprendre de vertu et d'énergie pour le bien, d tout ce que la conscience d'un Kant, par exemple, contientde beaut morale, le premier principe est ce simple fait que, naturellemM sensible â la crainte et ft la douleur, le petit enfant réprime s pleurs et ses cris devant les manifestations menaçantes de volonté de ses parents. « Un homme incapable, par hypothèse, d' prouver du plaisir ou de la peine, dit H. Ribot, serait incapable d'il* tenlion » : il serait encore plus incapable de moralité.
La première forme de la conscience morale, c'est donc la crainK de l'autorité paternelle et maternelle. Tout le monde est à peu p d'accord pour le reconnaître. Le bien, dans la première concepliiS du tout petit enfant, c'est simplement ce qui est ordonné ou perioll le mal, ce qui est défendu. M. Preyer, qui n'a d'ailleura consacrent quelques lignes à la question qui nous occupe, constate qn* dans le milieu de la deuxième année, la connaissance du bienj
^ DÉVELOPPEMENT DO SETTO MOHM-. 283
^st-â-dira de ce qui esl inlerdit, est déjà acquise depuis quelque bops (1). Et de même M, Sully frril : u La répugnance de l'enfant bftire le mal est uniquement^ le sentiment égoïste qui le porte à ■tester ou à craindre la punition (9). » l*our être tout à fait précis, ■mal, dirons-nous, c'est moins pour l'enfant la défense faite par ■parents, que les conséquences désagréables auxquelles il s'expose,
■ désobéit.
Wk vrai dire même, à ISge où l'enfant n'est pas encore en état de feprendre le sens d'un ordre ou d'une dt-fense, l'éducation de la Braillé a déjà jelé en lui ses premières racines, par cela seul que ft personnes qui l'entourent ont opposé h. ses caprices la résistance Ketto et inilexible de leur volonté. Nous avons vu des mères obtenir Bleor nourrisson qu'il ne les réveillât plus pendant la nuit, qu'il ■se réveillât plus lui-même, pour demander le sein, rien qu'en
■ cédant pas à ses prières et en lui démontrant ainsi l'inulilité de ftcrîs. li'opération était d'ailleurs pénible etexigeait quelque pa- Lee : c'est le père qui s'en chargeait et qui, pendant plusieurs ■ts de suite, emportait l'enfant dans sa propre chambre. C'est en uens seulement, et, pendant un moment bien court, qu'il convient ftccepler et d'appliquer la maxime que Rousseau avait le tort de ■lloir étendre au debX des premiers mois, et qui consiste à ÎDcHner ■tant la nécessité les désirs aveugles de l'enfant. Dès que cela est ■sible, il est bon que la volonté qui ordonne, comme plus [lard ■e qui conseille, se substitue à la nécessité qui impose; et on ne Kera jamais trop tiit à l'enfant de ses devoirs.
Blsis nous n'en sommes pas encore là. Les premières leçons de Kslité, c'est la volonté impérative des parents qui les donne. Et S'est pas besoin que celle volonté, pour se faire obéir, s'arme de n no cortège de punitions, dont il ne saurait être question avec Ronfant qui vient de naître : il sufllt qu'elle se mantTeste. Quel est B>ère qui n'a pas expérimenté, comme nous, qu'en élevant la voix, ■prenant un visage grave ou sévère, on a raison souvent, sinon ■jours, des petites mutineries de l'enfant nouveau-né : à une con- ■on pourtant, c'est qu'on agisse ainsi dès le début et à la première wirition des actes qu'on veut réprimer.
n y a cbez l'enfant un fonds de docilité naturelle qui va comme Hlevant de la règle, une sorte de crainte instinctive, dont il faat
KM. Pkbtkh, op. cit., [). 301. m M. Sat.i.r, op. cil., p. KO.
Sfli
L'ÉVOLUTION ISTKLLECTDELLS,
r.svec (lisrriMîfin. daillpurs, si l'on ne veut pas s'exposer
h pt^|iarer un canii'U'n- scrvile. Les appeU de l'éducatirtri moralR us
t scraifnt pas cnU-nJiis fomme tls le sont, s'ils ne rencnnlraienlims
, duos Ib italurel de l'LiiifaDt un instini!t inconscient et endormi
s'agît seulement dV-clairer el d'évBillep. Cet instinct n'est pas exclu. \ sivement le »enlimpnt de Ih faiblesse en présence de la Tnrce : c'est anc dispositimi spâciiile. que la nature transmet à l'enTant, rorlifié^ Binon en-ée, par k's habitudes morales, par les efforts vertueux iv i ancêtres. ■• L'enfant civilisé, i^crivait Guyau, au lieu d'ptre, B le sauvage, sans loi, sans frein, est tout prêt â, recevoir le jnng tle la IdÏ. L'éducalirm trouve en lui une aorte de légalité pr#É- Isblio, de loyalisme nalur^t (I}. » Tel est aussi l'avis de H. Su de H. Egger : •> L'enfant montre de très bonne heure une disposilionA se soumettre â l'autorité d'aulrui, et cet instinct moral n'est probiblt;ment i|uc le résultat héréditaire de l'expérience sociale et di? la culture morale de plusieurs générations (2), •> — « Que, dans un» société civilisée nomme la nôtre, l'éducation aide beaucoup âlaraif>on de l'enfance, cela n'est pas douteux, mais ce qui Test moins encore, c'est la docilité naturelle de l'enfance â suivre, sur ce poial, les leçons qu'elle reçoit (3).
Instinct éternel ou acquisition héréditaire, c'est un fait incoDlestable, en tout cas, que l'enfant s'incline volontiers devant la r^pls que son imagination incarne d'ahord dans la volonté de ses parents. Dt cela est si vrai que l'enfant en arrive bit'ntôt à vouloir appliqua la règle, non seulement à lui-même, mais aux autres. A vingt-trofl mois, le lils de Tiedemann » vint dans un endroit de la maison, oj il avait été puni la semaine précédente, parce qu'il l'avait sali;e sans autre provocation, ildit immédiatement que quiconque salirait la chambre recevrait des coups «. L'enfant généralise vite; l'idi* de ia règle se dégagera peu à peu dans son esprit de la consitJÉ' ration des personnes qui la représentaient â ses yeux. En l'absenM même de son père et de sa mère, il s'habituera à s'y conformer' témoin l'enfant observé par M. Preyer, qui, à trente-deuï mois ne pouvait voir sa bonne contrevenir aux défenses qui lui avaiflsl été faites, et ne consentait point, par exemple, à ce qu'on le Q
{!) Gi;t«ii, Éduc (î) M. SuLLï, op.
(3) M. EouEK, H)
^r DÉVELOPPEMENT DU SENS MOHAr,. aSS
^nnger à l'aide d'ua couteau, sans prolesler avec vivacité (1). ^^Huelque importantes que soient ces premières dispositions de ^^Kfiant pour l'acquisition Tuturo des distinctions morales, il est bien ^^■ossible d'y rien voir qui ressemble à la vraie moralité. Tout se ^^nit encore à une impulsion d'obéissance, on bien à l'association ^^v s'établit, dans l'esprit de lenfant, entre certains actes et les ^^■es désagréables de ces actes. La force du principe d'association ^^Klelle, d'ailleurs, que l'enfant qui commence par craindre et dé- ^^K&r les punitions, conséquences annoncées et prévues de ses i'aules, ^^ftpar détester les fautes elles- m f^ mes,
^^Ht serait donc faire abus des mots que vouloir, comme M. Pere7, ^^Bexemple, attribuer le sens moral au tout petit enfant. Il semble ^^HM. Perez se reproche de lui accorder trop peu, de lui faire la ^^Bnre trop courte, en fixant h six ou sept mois le premier éveil ^^■a moralité. « La notion tout objective du bien et du mal, germe ^^Bjlectuel du sens moral, ne peut ^uôro se constater, dit-il, avant ^^Hg de six ou sept mois (2) ». Darwin lui-même, si disposé ii suFl^^e les enfants comme les animaux, déclare n'avoir observé le KbÔds moral chez son fils que vers l'âge de treize mois. Mais nous ne tenons pas i. quelques mois de plus ou du moins ; car nous sommes convaincu que, ni k deux ans, ni ft Irois, ni mtinie beaucoup plus lard, l'enfant n'est en état de discerner véritablement la bien du mal. Pour le croire capable de moralité, il faudrait à la fois accepter une déGuition qui en infirmerait et en atténuerait la pi.Ttée, et une interprétation illusoire de certains actes de la vie (.•nfantine. Quels sont en effet les exemples rapportés, soit par Darwin, soit par H. Père/.? n A l'flge de deux ans sept mois et demi, raconte Darwin, je rencontrai mon fils Doddy, au moment où ilsor- !ait de la salle à manger, et je remarquai que ses yeux brillaient plus qu'à l'ordinaire et qu'il y avait dans toute son attitude quelque chose d'afl'ecté et d'étrange; j'entrai donc dans la salle à manger, pour voir ce dont il s'agissait, et je reconnus que le petit drôle avait I i I is du sucre en poudre, chose qu'il savait éti-o défendue. Comme il L avait jamais subi la moindre punition, sou altitude ne pouvait cer- ' inement être due à la crainte; et je crois qu'il faut l'attribuer à la liilte entre le plaisir de manger du sucre et un commencement de ivinorda. » Je sais bien que Darwin, pou;- justifier sa conclusîyn,
(1) Pbkyeb, op. cit., p, 305.
^2) M. PsHu, op. cit., p. Z'ii.
tu
L'ÉTOLUTIOK IKTBLLBCTUELLB.
a soin (i« fair» observer ([iiu Dmldy n'avait jamais été puni; mû» Doddy D'igiioratl pus qu'il «lait ili'-renilu de mander du sucre, et il^ avait dcji expérimenté sans doute t\\iit toute déreosp violée par Id' correspondait tout au moins le roi-conteulement de son père, lii pri-" vatioa des caresses habituelles. ElDoddy, surpris en flagrant ddllt,' allait cuiu, tout simplement parce qu'il craignait de tomber en disgrâce (1). Il l't'lait pcut-iître aussi parce qu'il prévoyait qu'il ne lui fierait plus possible de recommencer, de satisfaire de nouveau su pourmaiidise. C'est ainsi que le tilsdeTiedemann, A(;é dix-sept mois, tw l'acliail pour mani;er du sucre, non assurément par un sentiment d« hunte, mats pour oo pas être dérangé.
Les fait» Invoqués par M . Pcroi sont de même nature. Un enhnti de onze mois obéit, quand son pôro grossit la voix pt lui dît avec sévOrilé : « Tais-toi I « Il ne veut pas encore marcher seul, mais on' obtiendra qu'il lasse quelques pas, en lui présentant une l'rJandittc. Il' Faut quelque bonne volonté pour décorer de Tépithète n de morales •' des actions où se manifeste seulement le désir d*une satisfaction' matérielle, ou bien la crainte d'une douleur, associée par la mémoire & tel ou tel acte, nu tout au plus la distinction entre les caresses et ki menaces paternelles. L'association des idées et la mémoire, s tant â une sensibilité égoïste, consciente du plaisir ut de la peine, voilà qui sullit largement à expliquer l'obéissance relative que l'onl obtient d'un enfant naturellement craintif, et nous nous refnsona absolument à croire qu'un baby soit en possession du sens moralt i qu'il obéit pur habilude ou par crainte.
Ce n'est pas d'ailleurs, hâtons-nous de le dire, l'égni'sme seul r[irf apparaît dans cette période préliminaire de l'évoluliundusensmorat
(i; 11 suffirait, poi ment preuve de sens moral, de tatûi enpruntËc, celle-là, i In, vi VLilettigence des animaux, race fais dans
que L'enfant, en pareil cas, ne rappeler une anefdole tout k fait ani ïe des animaux. M. Ddhanes, dons ii te la conduite d'un cbien qui n'nvnit Uq jour qu'il avait grandTaini, il prit une cAtelelle table et l'emporta aous un cnnapé. Le maître ae faisnat semblant de rien, I4 pobla resta plusieurs minulea sous le canapf, pnrtagù entre le diSsir d'MM m faim et le sentiment du devoir: mais ce dernier Unit par triompher. •• chien, dit M. Romanes, vint déposer k mes pieds la cdtelclte qu'il aviùt Ce qui donne une valeur toute particulière i cet exemple, ajoute i'auteor, 6l que le chien en question n'avait jamais Ëte battu., 1 ■
DÉVELOPPEMENT DU SENS MOHAL. 2ël
yaulre èlémeni, l'affecLion, ne tarde pas à s'insinuer, commo une îlle nouvelle, dans le tissu encore peu serré des émotions de l'en- ,. Peu de temps après que le premier sourire a. éclairé son visage, |fant esl déjà capable d'aimer ceux qui prennent soin de lui. El, è. ■second do^rê du développement moral, le bien, dans la mesure pi esl vaguement conçu, c'est pour l'enfant ce qui est agréable aux rsonnus qu'il aime; le mal, ce qui les chagrine et leur fait de la ' peine. Déjà préoccupé d'éviter une faute, parce qu'elle lui vaudra une punition, ou d'obéir à un ordre donné, parce qu'une récompense l'attend, le petit ôtre qui s'achemine doucement vers la moralité se sent fortifié dans ses résolutions par lu sympathie inslinclive qui l'allache à son père et à sa mère, parla coulianceel, pour dire le mot, par la foi qu'ils lui inspirent. Et, en vertu des lois de l'association, comme tout à l'heure, si l'enfant commence par détester ou par désirer le chagrin ou la joie que ses aclions mauvaises ou bonnes causent à ceux qu'il aime, Il en vient h détester ou à aimer ces aclions en elles-mêmes, pour elles-mêmes.
Les faits, les observations authentiques abondent pour altester ce I ."lie de la sympathie, de l'affection naissante. La petite Betly, observée [MU M.L. Ferri, àl'àgede trois ans, disait â sa mère qui la louait pour --a bonne conduite:" U&msii, je voudrais le rendre e7icoreplui con» ^:'l^e;j0 voudrais toujours être bonne {i) 1 n Être bonne, c'était, pour >'<'lte enfant, faire plaisir à sa mère. » Le désir de me satisfaire, dit Mme Guiiot, à propos de la petite Sophie, l'occupait assez vivement, il sept ans, pour l'éveiller sur ses moindres torts (2). » — n .l'ai iibservé, dit Mme Necker de Saussure, un petit enfant qui, ayant vu dans les yeux de sa mère l'expression du mécontentement, saus être menacé ni grondé même, renonçait â tous ses jeux, et, le cœur gros ilo sanglots, allait se cacher dans un coin obscur, le visage tourné contre la muraille (3). m Une mère réussira à corriger ses enfants de Ifur paresse, de leur légèreté, rien qu'en les menaçant de les faire li-availler loin d'elle, sous la surveillance d'une personne moins aimée. La tristesse du père suffira souvent pour inspirer aux petits coupables l'envie de réparer leurs fautes. Et si, au débul, l'alfection provoque
(1] L. Fenni, Obsert-atioru sur une enfattl,dajia In Filosafla dette seiiolf itatiant, t-clobre-dâcpmbre 1881.
fit Sliiii? Gi;i7>iT, Lfltn-i de famille aiir l'éducation, édition de IS88, Didier, t. t, p. 90.
(3,< 11ui£ -NscKEii DE Saus^uhe, t'Éttui:alioii piogreisiec, I, 111, cb. U.