‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 68 sur 76 · CHAPITHE X(V LES DÉFAUTS £T LES QUALITÉS DES ENFAHTS · texte numérisé non relu

CHAPITHE X(V LES DÉFAUTS £T LES QUALITÉS DES ENFAHTS

I. L'iODOcance orlgtootle de l'enfajiL — Optinùslcs et pessimistes. — Eutefn tloDt CODtrtÎFe*. — Que le petit enfant ne met ËvidemiDent pns d'ioteatioa rnlt^ ilniio SCS actiuns. — Qu'il u'a pm Fidée du msl, pfu plus gne l'idée diibÎMr ^— 11. Les dûfnuts de l'entant. — Opinions diverses. — L'ignoruiee, llmiii ïoynncc explique kprélcnduc cruaulî insUnoIivr. — L'enfant est cnrlpsiim le Biiviiir. — Ln nieniimge. — Que le mensonse n'est pus uh vire lier«tilii(

— Aiinlysp des «tuies du loensouga. — llensoiigas appari-nts. — 1 taagc nuit de la i-ruiiit«. ~ Pri'disposition à la ruse. — Puissiuicc do simi nbserv^ cUe-ï les enfants plus Agi». — III. Y n-t-il un instinct du ïulT L'cntiiDl gouruiaud. — La paît des mauvais e<temple« dans la gourmindî». Autre* défauts de l'eafant. — Le défaut de réOeiion, !a l^g^utd en senti*/ ■ouvL-nt la principe. ^— IV. Qu'il y a des dispoeilions innCcs vËrilallMI uinuvaiaes. — La jalousie, la colAro, par suite le besoin de foire du aOli Inslinrts antisociaux. — Y a-t-il des criminels nés? — V. Les bonne» de l'onfonl. — Instinct do libéralité contre-bal an çant l'iustloct d^&vt Sympatliie et tendresse. — Attachements particuliers. — Sensibilité

— Senliuient de justice. — Le remords et le repentir.

Les romanciers, les poètes et mi^me les philosophes se plaisonl imaginer chez l'enfant un état de pureté parfaite, d'innocence oc ginelle. " L'enfance, aéci-it Edmond About. est une source échappa de la montagne : on l'agite sans la troubler, parce qu'elle est pui jusqu'au fond.... L'innocence des enfants est comme la neïgesit tache de la Yungfrau, que nulle empreinte n'a souillée, paa a celle du pied d'un oiseau. " Bernardin de Saint-Pierre avait dit d le même sens : » Ce sont les enfants qui éloignent la corruption di Bociélés, en y apportant des âmes neuves et innocentes. Les génél tiens nouvelles ressemblent aux rosées et aux pluies du ciel, qui t fraîchissent les eaut du (leuvc ralenties dans leurs cours elprWsé se corrompre, » Qui n'armerait, si la raison nous y autorisait, i ci

rrsser ce doux rÉve : une humanité qui, à chaque génLÎralioa, dans lii'S conditions enliôremcnt nouvelles el, posr ainsi dire, inédites, n'uummencorail le cours de ses desUnées, ineessammenl rajeunie et iL-nouvelée par la venue au monde de ces âmes d'enfants toutes vierges, sans passé, pages blanches oii l'éducation écrirait librement (oui ce qu'elle voudrait ?U est vrai que l'bypolhèse aurait son rêvera: Il "héritant pas des défauts que nos parents nous transmettent avec la vie, nous ne profiterions pas, en revanche, de tout ce que le travail des générations antérieures noiis lègue de germes féconds et de virtualités heureuses.

Mais à quoi bon insister sur les conséquences imaginaires d'une conception radicalement fausse, quoi qu'en pensent la plupart des mères qui, tout en berçant leur enfant, se complaisent tour à tour (laDS la même illusion? La première erreur est de croire que l'enfant soit un commencement absolu; une fable rase, comme le supposent Coménius et Diesterweg, pour ne citer que ceux-là (1), Il est aujourd'hui surabondamment prouvé que, du fait de la nature ou de I hérédité, chaque créature apporte avec elle en naissant ses dispositions et ses aptitudes. Son histoire est en partie écrite d'avance, non dans le livre mystérieux du destin, mais dans les annales de '^.■■^ ancélros. L'enfant ne part pas de rien pour arriver à tout. II est irame une médaille, neuve sans doute, mais coulée dans un vieux l'iule ; et plus on l'observe, plus on y découvre et plus on y déchiffre ili's caractères, d'abord illisibles et obscurs, mais profondément inscrits et gravés.

El quand on a écarté la chimère d'un état primitif indéterminé, ijitifférenl, dépourvu de toute forme préétablie, quand on a démon- ■ 1' aux éducateurs et aux parents qu'ils ne travailleront pas dans vide, mais qu'ils auront à compter avec toute sorte d'inclinations ..-■linctives, il reste à leur prouver que ces inclinations ne sont pas iLles bonnes, qu'elles ne sont pas seulement les dons d'une fée un veillante. Elles ne ressemblent que trop parfois aux inspirations : 1111 génie malfaisant; et, pour tout dire, l'enfant fait aussi naturel-

I) Imbu des idées de Bncoa, Coiiiuniiia acceptait ]eSihil est intetlectuquodnon 'H.i f^ierit in iinia, ce qui l'evifiit À dire que les ttoquiïilîonB de l'espérienco lit te principe de tout. Quant à Diesterweg, bien qu'il ait génâralement pea de

II) pour les gËnôrulisutiuns ptiilosop biques, et qu'il se lott contredit plus tard, ifllnuiiit, en 183», â la suite do son compatriote Beneke, « qu'il n'y arien d'inné rt'i l'Ame, A part un cei'tiiin degré d'excital>îtjtâ, et un certain degré d'énergie

I Ji^ vivacité, il'où dépend soit la perrectïon, soit la rapidité de la lensatioa ■■

L'BVOLUTIÛN IHTELLECTUELU:.

lemeot le bien que le mal. Les fails, pour peu qa'en les élndianlt

, donne congi^ aux il lii)>i<)(is(li>rsiiii}ui' puternd ou malcrnel, n'ont qi

I trop facilement rjiisou de c» qu'on appelle 'in AngleteiTe » le dogn

I de lord Culnierston », de ce que noua pourritins appeler en FrancH

' dogme dflJ.-J. Housseau- Chez nous tous, tautque nous sommes, il y

un fonda de dispositions vicieuses, surexcitées chez quelqi

l«s mauvais anlëcédents de la race, mais chez tous pli

apparentes, et qui opposent A l'elTort de l'éducation la plus fig

I Isnle leur germe indt^racioable de mal. De sorte qu'aux ■• adulaleui

de l'enfance », à ceux qui disent, comme Rousseau : « LespreiDiq

mouvements de la nature sont toujours droits a, ou comme Ame Ci\

toi : (' Nul penchant n'est mauvais en soi », on peut répondre i

invoquant tes protestations contraires, — non moins fausses d'ailku

dans leur exagération absolue, — qui de tout temps se sont élevée^

en sens inverse : » Nous naissons enfants de colère » (saial Panl)

— << Tous naissent pour la damnation » ^saint Augustin),

La vérité est entre les deux opinions extrêmes. Optimistes et pessimistes ont également tort. C'est en vain que Mme Guizot subtilise el, de raisonnement en raisonnement, aboutit, dans sa longue ut'i^ horieuse discussion, à cette étonnante conclusion : xNous samna mauvais en ce sens seulement que nous no sommes pas bons. «ï< vérité il n'était pas nécessaire d'étaler un tel luxe d'argumentation pour conclure par un truisme... Il est déjà sophistique de pi-éteni* que le mal n'a pas de réalité, pour cette raison subtile que le ffld est seulement l'absence du bien. Essayez donc de consoler un bW gne ou un manchot, en lui remontrant doctement qu'il n'est pas heureux, puisque son malheur consiste simplement dans la privatim d'un œil ou d'un hrasi Mais de plus il est certain, comme les faits» chargeront de l'établir tout à l'heure, que plusieurs instincts del' faut sont positivement vicieux et qu'ils contiennent un germe effedi de mal. Et quand bien même on accorderait à Mme &uizotquai mal no nait pas du penchant, qu'il résulte du dérèglement du p(i chant, il n'en resterait pas moins que cette tendance générfildO déi-églement, qui, chez, l'enfant comme chez ï'homme, alt&re corrompt même les inclinations nalurellement bonnes, 'cSl f , elle-même un instinct mauvais.

Ceci dit, il convient d'ajouter tout de suite que, dans la maiùte

tation de ses instincts, quels qu'rU soient, dans Icfi actes qu'ils

' cuDiplit, l'enfant ne met pas d'intention morale. On peut contiisl

"Tel, comme il est naturel chez un tout petit enfant, riiallucinalion n son principe dans une cause accidentelle et extérieure, dans une Burte d'empoisonnement passager {!). Mais si nous examinons des onfants plus avancés en dge, surtout des enfants particulièrement dnués sous le rapport de l'imagination et destinés par leur nature nerveuse à devenir des artistes ou des poètes, nous rencontrerons des hallucinations d'un autre ordre, suggérées par la vivacité même de leur esprit, par une surexcitation de leurs facultés. Tel est, par eitemple, le cas de Hartley Coleridge (2). Tout enfant, il s'imagina qu'il voyait près delà maison de son père une petite cataracte. A cette ^■ataracte s'ajouta bientiU une île, à laquelle il donna un nom. Peu à ]Hm ce monde que sa fantaisie avait créé devint pour lui un monde rt'el, oti il voyageait tous les jours. Et quand, pour complaire à son ciiprice, on lui demandait par quel moyen il communiquait avec celte Ile enchantée, il répondait, en s'inspirant d'un conte des Mille et une nuits : « C'est sur les ailes d'un grand oiseau que j'y vais et que j'en reviens. « Si nous en croyons les témoins de ce fait psychologique, Coleridge était bien réellement convaincu de la réalité de sa vision. Son rêve poétique avait pris corps, et l'imagination de l'enfant, avivée par des lectures précoces, était dupe d'elle-même. Qui pourrait dire si chez les grands extatiques, chez les visionnaire? et les rêveurs, les visions de l'âge mûr n'ont pas été préparées de même, dès les premières années de leur vie, par de petites hallucinations sans portée, qui les ont insensiblement accoutumés à vivre dans la chimère?

On a souvent répété, dans ces dernières années, que l'étude des faits anormaux et morbides éclairait d'une lumière nouvelle la nalure de l'esprit sain et normal. Les psychologues ne peuvent que pro6ter beaucoup à la fréquentation des asiles, et à, la lecture des alîénistes. Mais la réciproque n'est pas moins vraie : les faits tes plus ordinaires de la vie jettent parfois un jour très vif sur les

(I) L'hallucination chez les enfaDta a quelquefois pour principe une maladie pliysique. " Une petite lille à. laquelle je donnais des soins avait la Qâvre. Elle se iL'vellIa tout à coup le matia eu poussant des cris horribles ; elle montrait avec anxiété un caia de la diambfe où elle voyait de grandes £gurea noires, un dîaJile qui la menaçait du geste et de la voix. Le soir, elle eut une aotre hallurlnittion ds la vue : c'étaieat de grandes nappes d'eau qoi lombaJent du platond... » {Annaitt mëdico-ps!/choiogiqnes, 1819, p. 17.)

,21 Voyeï The Journal ûf mental science, avril 1800, article de J. GnicnrowBBOUNE Sui' lei maladies psychologiques du jeune (hje.

I/ÊV0LUTIO\ INTELLECTUELLE.

Enlr<)n>; mainttrnanl dans le détail, et examiDons tour â tour dérauta et les «lualiléti de l'earant ; les dérauts d'abord.

On oe s'est pas coulenlé de dénoncer en termes gi^néraux tesm vais instincts de l'cnrancft : on a dressé contre elle des actes d' sation en règle, Dupanloup a môme essayé une classification de débuts (1).

Il e»t bon néanmoion de le faire observer tout de suite : les réi sitoires dirigé» contre l'eiiranl no sont pus, tant s'en faut, a nourris que les paui'^îyi'iquL-s composés en son honneur. Est-ce preuve que, dans la nature enraollup, le bien l'emporte décidément i le mal? Ou bkn les grâces du jeune Age lui ont-elles mérité T gence do ses juges? Pour chaque père, pour chaque mère, Il géacralemenli'iilendu, le cœur aveuglant laraisou, que leurs proj enfautt) sont les plus aimables enfants du monde 1 Et quoique u so.vcns déjà plusilisposC-siivoir les défauts des eofanls i mémo alors Je ne sais quelle sympathie tendre et complais adoucit la sévérité de nos jugements.

Aussi voyez ce qui est arrivé à M. Emile Descbanel, dans l'i nicuse anthologie qu'il a composée, il y a trente ans, sous ce lit( Le bien el le. mal qu'on a Hit des enfanis. La première partie, la Bit est trÈs pleine; la seconde est d'un vide que l'auteur ne réussitf b. dissimuler. Entraîné par l'antithèse, et aussi par le souvenir d' autre de ses écrits : Le Irien et te mat qu'on a dit des femmei, ot chapitre du mal lui avait fourni une riche, très i-îche moisssii médisances, M. Deschanel a voulu mettre à contribution les uQûen de l'enfance. Mais à part les boutades de quelques osppîtschjpi ou de quelques « célibataires inutiles », tels que Boileau etCliU fort, M. Deschanel n'a pas trouvé de quoi sérieusement renipIirW cadre; si bien que, pour grossir son petit volume, il est réduil reproduire les légendes des Enfants terribles de Gavarai, lesea* qui montrent moins leur méchanceté que leur malice el leiiresjfl

C'est un célibataire, La Bruyère, c'est un évéque, DupauloBp. ^ ont le plus doctement établi le catalogue des défauts de l'cnhi

Tuajiio inreniIiQire, qucnw de diisordr (IJ Do.

fréquente cbez les eDfiiiits, est le plus souvëdIId" ■PS ci^rûbrou:! et de maladies épilepliques, Enfiiiil, 1874, ch. «,

bi une seule phrase, qui vise d'ailleurs, par-dessus la têfe des ■fhats, niuinanilé tout entière, l'auteur des Caractères trace un nrtraitpeu flatté : » LeB onfanls, dit-il, sont hautains, dèdaî|,'neux, bères, envieux, curieux, inléressës, paresseux, volages, timides, UcDipérants, menteurs, dissimulés;... ils ne veulent pas souHVir K mul et aiment h en faire : ils sont déjà des hommes (1). » Du- BDloap, lui, dislingue trois sortes de défauts : les défauts corpoile, les défauts intellectuels, et enfîn les défauts moraux, les seuls Bail nous ayons & nous occuper ici. 'i Dans cette famille pullulante Hiprincipes de péchés», l'auteur de VE»fanl établit toute une Hfialogie: il y a d'abord 1rs défauts naturels, la dureté, par exemple, ^brusquerie, l'humeur capricieuse, la mobilité, la dissipation, le Jardage, l'indiscrôlion; une seconde catégorie comprend les ^Lats appelée, d'un nom bizarre, « surnaturels », sous prétexte M* ils sont surtout opposés aux vertus de la grâce et représentent Hu' l'homme un elfel plus marqué de la perte de la justice origi- BIb m. Ceux-ci ont pour principe la triple concupiscence : l'orgueil, mensualité, et enfin la cupidité ou la curiosité, qui est la cupidité R savoir. L'orgueil lui-même est la source de quatre défauts ucipaux : l'esprit d'indocilité, l'esprit d'indépendance, l'esprit Pconlradiclion, l'esprit de justiftcatioa.

ENous n'avons cité qu'à titre de document cette esquisse plus Molngique que philosophique, énumération un peu fantaisiste, où ■idioees sont vues de trop haut, â. travers les préoccupations trouantes du péché originel, où la curiosité et l'instinct d'indépendance Jp: présentés comme des défaute, et oti, d'autre part, sont omises K«plDS authentiques intirmîtés de l'iime de l'enfant, la jalousie, Boxemple, et la colère.

^Rlal en reconnaissant que la nature a semé dans l'enfant l'ivraie ^bté du bon grain, nous ne saurions admettre que le fond de toutes ■Inclinations soit gâté. Combien plus équitable et plus exacte esl Bhtlosophie, d'inspiration plus humaine, qui au contraire cherche Hiussit A prouver que, pour la plupart, les défauts de l'enfant HiriennenI, non d'une perversion originelle, mais des influences Bivaises d'une éducation mal conduite! C'est cette éducation qui. ^pme le dit Frœbel, «a détourné les facultés, les forces et lesaspi- Bons de l'enfanl de leur voie naturelle et en a contrarié le plein

} La Bnciï&HS, Carael'erei, chapitre de VHoim

L'ÉVnUTiON 1 NTEM-KCTi: EI.I.B.

épanouissement (f ) ". Combien plus vrak- aussi 1& mi^tliode d'obser vation impartial)!, que nous bUorb suivre, et qui explique ua \ii griind nombre d'actions, en apparence mauvaises, non par pn^cocilA vicieu!>e, mais par une insuflisance iDlellcctuelie, pu l'i^orance, par l'i m pi* voyance et l'irrC-llexion de l'enfant, qui t peut encore calculer la vùrilablo portée de tout ce qn'it faiti C'ci de cette façon, par exemple, qu'on peut excuser les îustiucta d cruautf! attribués à l'enfant.

a Cet A^e est sans pitii^ », dirait La Fontaine, qui assurÉmei n'aimait pas les enfants autant qu'il aimait les bétes. A en j d'après les apparences, La Fontaine aurait raison. Mais la crunul prâti-nduc do l'enfant, qmind il tnrture les animaux, n'est a que de l'ignorance (4). L'enTanl est un carlésien sans le savoir : iiM fait pas de dilTérence entre son polichinelle et son chien. Si| doctrine de l'automatisme des bOles n'avait pas eu l'heureuse forlun tlo traverser un jour le cerveau d'un grand philosophe, elle Iroif verait du moins de perpétuels adhérents chez tous ces petits boiu reanx de deux ou trois ans, qui ni> martyrisent leurs animaux favor que parce qu'ils ne savent pas qu'ils leur font du mal.

Du jour où il se douti; que, en déplumant un oiseau ou en lin la patte à un chat, il leur cause des souffrances analogues à cellt qu'il ressent lui-même quand on le maltraite, l'enfant généralemel ne continue pas son jeu cruel. S'il s'obstine, malgré les ci l'animal souffrant, c'est que sa curiosité est ta plus furie (3),

M. André Theuriet raconte, dans ses souvenirs de jeunesse h l'âge de quatre ans, îl lui prit fantaisie de s'emparer de quaki chiens nouveau-uéa et de les porter, « pour voir », dans le baii.4 du jardin. « Quand je les vis, dit-il, nager misérablemeat el ! débattre dans l'eau, j'eus conscience de ma scélératesse; n

(I) FncEBEL, t'Èdufalian de l'homme, traductioa /rnnçnise, 1881, p. 93.

(!) Il faut bien recooaalti'e que, duns certames natures pervej'tica d« bal liciire, la cruauté roiisi'ien te apparaît. On a raconté l'histoii'» d'une pclitc Wk coUaljoi'ait itvec ses parents pour martyr riser son petit frère. Elle pinçait entra dents une épingle, disBimulée aoun ses lèvres, puia invitait l'enfant à vpjiif h brosser; celui-ci confiant approcliuit, «t l'ijpînglo lui entrait dans la chair M Mais ici, comme dans les cas seiiililalilci, il «'agit d'eafonts déjà relalivut grands et que l'exemple et reducaliun ont viciés.

{3) Mme Neckeh de Sacsbuhe nous paraît forcer la note pessimiste, ijiuullj i prétend que, pour l'onront i|ui fait soulfrir un aniiiial, u le piquant du dlWfUi ment, c'est de bi-aver l'jinution qu'il éprouve, c'est du s'onduroir contre l« pi el d'avoir la force d'i'trc cmcl -. [Édumilion pyugresme, Uvre ll[. cli. vl.}

I tes DEFAUTS DE L'ENFANT. 309

hiUlé s'éveilla, et je voulus rept^cher Igs naufragés. El comme je ne pus y réussir, je m'enTuis, plein de terreur, en songeant, on mon fime do quatre ans, que l'enfer, dont ma mère m'avait souvent parlé, était destiné à punir de pareils méfaits. «

La conduite de l'enfant, quand il brutilise les animaux, procède donc des mêmes besoins qui lui font éventrer ses chevaux en carton, ilr'foncep ses tambours : d'une avidité de tout connaître, et aussi «l'une impérieuse tendance à agir, qui s'exerce ëlourdîment. Frœbel nous parle d'un enfant qui n'avait pas asseï de soins pour les pîireons qu'il élevait; ce qui ne l'empAcha pas un jour d'en viser un ^Bk do l'atteindre d'un coup de pierre qui le tua, Curiosité, besoin ^Hielion et ignorance, vuihl qui suffit à expliquer et à jusliilor la ^Kipart des méfaits qu'on met au compte de la barbarie de l'enfant. ^Bl est plus difficile d'analyser les causes multiples qui font du ^Knsonge un défaut si général chez les enfants, au point que Mon- ^Bgne a pu dire : « La menterie croit quand et quand eux. » ^B^u risque de paraître verser dans les illusions de l'optimisme. ^Hiis n'hésiterons pas & aflirmer que le mensonge n'est pas, comme ^^Rtrétendent certains observateurs de l'enfance, un « vice hérédi- ^^fce D, ni un vice presque universel. L'enfant qui n'a pas subi de ^^■uvaises influences, que l'exemple n'a pas vicié, qu'une discipline ^^■répression et de contrainte n'a pas réduit k chercher un refuge ^^■s la dissimulation, l'enfant est généralement la franchise, la ^Beérîté même. Tout ce qu'il a sur lecœur, il le dit; il le dit trop, au ^^ft de certains parents. On connaît les indiscrétions des « enfants ^^kbles »; ils le sont tous, plus ou moins, Ils disent tout: ce qu'ils ^^Bhit, ce qu'out fait les autres. Et le vilain défaut de n rapporteur» ^^Bpfts d'autre origine le plus souvent que ce besoin de tout dire, ^^■on gamin, écrit Cuyau, vient toujours me raconter, soit en se ^^plant, soit parfois d'un air contrit, les sottises de sa journée. » ^^B observé moi-même un enfant de sept ans qui n'avait jumais ^^bti, et qui venait m'avouer sa faute, avant que je l'eusse décou- ^Hle, me disant d'un air tremblant et penaud : a Je crois, papa, ^He Lu vas me punir; j'ai fait ceci et celai »

^^p est vrai que l'enfant ne se contente pas de répéter ce qu'il a vu, ^^■»'il & entendu. Il invente aussi ; mais cette invention n'est qu'un ^^E un travestissement innocent de la vérité. Dans le premier éveil ^^non imagination, il se couiplatt dans la fiction, t:l il joue avec les ^^Ms, comme il joue avec le sable, avec des morceaux de liois ; il fait

3ir)

L'F.vni,|lTIftP( INTBLLECTIIELLB.

des phrases, san» svuci du réel, de la même rnsnit^re qu'il cnnstr

deK tnatsiitiA. drs ulifttL-nux ima^'naires. Giiyau rupporte encore

I son enfant ce trait: ■• Toiilù l'heure il se disait à lui-même tout haut

I Papa ]>arlemal.ii adit »er.;«i?; lit^bé parle bien, il ditsertfwHe; «c'étai

I naturellomenl le contraire di» la vi^riliï. Une petite Hlle de deux ans (

[ demi articulait, avec les intonations d'une vraie phrase, une usse

I loagnesériedesons. dépourvus de toute espèce de sens; elle concilia

[ drOteoieut en disaot : « C'est ça que lu ne comprends pas, papal

' Elle ne se comprenait pas elle-même; elle n'attachait aucune sign

ficalion aux mnU qu'elle enlilait au hasard; elle jouait. C'est i pe

près le mCine mobile, en y ajoutant en plus le désir de faire sens

tioD, liai inspirait A Darwin encore enfant les mensonges habitue

dont il s'accuse dans ses Mémoire» : « Un jour, raconte-t-il,

cueillis une (fraude ijuantili^ de fruit rares sur les arbres du jardin

[ JB les cachai dans le vergor; et je courus, sans reprendre balein)

annoncer la nouvelle que j'avais découvert une cachette de fmil

volés (1). »

Le vrai mensonge, le mensonge moral, celui qui suppose l'intentio de tromper, ne naît guère que de la crainte. Traité avec doucsni l'enfant reste confiant et sincère; terrifié par nos sévérités, il diss ' mule Pl il ment. <• Qui donc a brisé ce meuble? » crions-nous avf colère. Le petit coupable tout effrayé répond : •< Ce n'est pas moil Il faut, disait miss Edgewortb, prendre son parti d'un verre caSSJ plutfit que de mettre à l'épreuve la sincérité de l'enfant. Et malheureusement ce conseil n'est guère suivi, comme trop d ! parents grondent sans cesse, & tort ou k travers, l'enfant couvre si faiblesse du mensonge, comme d'un bouclier.

Faisons aussi la part de limitation. Prompt à saisir tout ce qui 8 passe autour de lui, l'enfant ne tarde pas à s'apercevoir que lavéril [ n'est pas toujours respectée dans les conversations do ses parenlSfl dans les propos des domestiques. Ne serait-ce que le mensonge bans entendu chaque jour près de la porte : o Madame est sorliel — cela sufBrail pour lui désapprendre sa sincérité naturelle.

11 n'y a donc pas de tendance héréditaire au mensonge, (pi

qu'en dise M. Ferez (2), qui prétend qu'on « peut noter dès

I berceau, du moins chez, quelques enfants, les signes d'une

[ sitiou innée à la concentration, à la dissimulation, à la ruse ii.On)

I (1) Vie et eoii-eiponrfancp dp Ch. D*nww, t. J, p. .n3. I (ï) Pehkx, i'Èducatian dé* le berceau, t' Ëilition, p. '279.

qu'il ne nous a jamais été donné de rencontrer ces petits hypocrites au maillot, qui mentiraient, en quelque sorte, avant même de savoir parler, nous pensons, si toutefois ils existent, que la tendance générale à dissimuler, à ruser, ne saurait être chez eux qu'une disposition acquise. La nature et Thérédité font des enfants plus paresseux, plus rebelles ; les circonstances placent à coté d'eux des parents plus maladroits, plus violents; et alors, plus portés par leur tempérament à commettre des fautes que d'autre part accompagne une répression plus sévère, les enfants sont plus souvent entraînés à mentir, plus disposés à se faire du mensonge une habitude.

• Ne disconvenons pas néanmoins que, chez Tenfant, comme chez la femme, la finesse naturelle, jointe à la faiblesse, est une prédisposition aux petites ruses, aux petits artifices; témoin, par exemple, cette enfant qui, ayant dit à sa mère dans un moment d'humeur : « Vilaine »! se reprend, après un silence significatif, et se corrige timidement : « Poupée, vilaine! » La même petite fille, observée par M. L. Ferri, imaginait de paraître éprouver un besoin qu'elle n'éprouvait pas , afin d'obtenir qu'on la descendît de table et de pouvoir courir à ses plaisirs.

• L'enfant ne naît pas menteur : il le devient, avec gaucherie d'ailleurs; le plus souvent il est prompt à retirer son premier mensonge, sauf à en inventer un autre, puis un autre encore, finissant, de contradiction en contradiction, par avouer la vérité. Comme Ta dit Ratisbonne :

. . . L'enfant vaut mieux que Thomme :

Il sait d(>jii mentir, mais non dissimuler (1) ••••

Mais, dira-t-on, comment concilier tout cela avec les renseignements navrants que nous fournit la médecine légale, quand elle nous montre les enfants devant la justice, accusés ou témoins, imaginant avec une facilité extraordinaire, et soutenant avec une obstination désolante toute sorte d'histoires fausses, de détails aussi controuvés que précis, soit pour s'excuser eux-mêmes, soit

(I) Gonf. Hbrbart (d'après Fouvraj^e de M. Dereux, la Psychologie appliquée à Védncation) : « Qu'on regarde les enfants, surtout dans leurs premit'res annt-es, alors que la domination d'un «'••^'oïsme ilrtorniin»' n'a pu encore s'or^'aniser chez eux. C'est Tàge où ils ne savent aucunement dissinmler; leurs pai'olcs et leurs actes sont Texpression immédiate de leur imagination. »

i-- .:. iNTEUBCTtKUK.

I pour cliarg«r aulral. H Taut bien l'aYniier. il se rcncniilre parf( I chei les vttla.n[» oan giuis^tance do simulation incroyable; mais se I loincnt chei les enrants de dix, de quinze ans, qui ont déjà élé f,Ui 1 {MU* (IcH contacts malsains, qui ont appris, à la triste école de mtftiïrc. quo la fourberie ot la tronifierie ^onl des armes dans lotte pour l'existence, cl qu'elles ne peuvent Mro utiles que si i sait les uianier avec aplomb, avec cr&nerie. De là leur ténftci dan^t le mensonge, qui bien souvent d'ailleurs n'est qu'uni; Icfi qu'on leur a apprise. Parfois, il leur arrive de finir par croire eu mêmes aux faillies qu'ils débitent. Dans d'autres cas, la gloriole jouer un nMe les maintient dans leur imperturbable assarani Hais ce sont M vices de << gavrocbes », de gamins pervertis; ta 8U plus vices de famille, qui ne ae développent que dans d milieux appropriés, en confratcroilé avec d'autres vices, et qt tn nature épnrgne en général auiL enfants bien nés, et en tout ca aux petits enfauts.

Ilevenons aux défauts de la première enfance. On insinue vnlM tiers qu'elle a l'instinct du vol. Sans doute des hérédités particuliScei exceptionnelles, dans le monde civilisé, — des habitudes d cliczles peuples sauvasses. — ailleurs, une éducation spéciale, c'jmnl 4 Sparte ou dans la Cour des Miracles, peuvent faire des voleurs pi COCGS Mais ce serait calomnier renfance que de vouloir génërali Tout cil qu'on peu! dire, pour être juste, c'est que l'enfant n*n instinctivement, l'idée de la propriété d'autrui. Faut-il en élrcs) pris? 11 est si diflicile de définir la propriété qu'on peut bien pa donner à l'enfant de n'en avoir pas, k trois ou quatre ans, une nolid très ferme. II n'a pas encore étudié le code. 11 ne rencontre pa^ IW jours un jardinier Robert qui lui explique, comme Rousseau l'a à Emile, les origines de la propriété. A deux ans, le fils de Tiedemai n'admettait pas que sa sœur s assit sur sa chaise à loi, qu'elle i un de ses vêtements : il appelait tout cela Ses aff'aires. Mais eu vancbe, il n'avait aucun scrupule à prendre les aflaires de sa &œ' M. Legouvé a spirituellement résumé la question, lorsqu'il a di « L'enfant n'a pas l'instinct du vol; mois il lui manque l'insiincl la prupriélé d'autrui ».

LES DÉFADT8 HB L'BNFANT.

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^G'est l'ignorance encore, c'est l'imprudence des enrants et aussi ■lie des parents qui engendrent une des rares passions de l'enuice, la gourmandise. Nous ne dirons pas, pour l'escuser, qu'elle fi signe de santé; nous ne serons pas d'accord avec H. Herbert benccr, pour croire que les appétits de l'enfant sont infaillibles, S'il ne se gorge de sucre que parce que le sucre est un aliuaenl qui H convient, que, livré à lui-niËme, il ne se donnera jamais d'indi- ■tien, que son intempérance n'est qu'une revanche contre d'in- ■es privations. Non, il faut bien reconnaître qu'il y a, chezl'enranl, H appétits désordonnés, aussi bien que des répulsions inexplîfeles. Si on ne l'arrête, il dépassera de beaucoup, pour un plat ivori, pour une boisson préférée, les limites de la faim et de la Uf. Et quoi qu'on fasse, il refusera, avec une répugnance qu'il est Itpossible de vaincre, des mets qu'un peu plus tard il aimera beau- BUp. La première scène un peu vive que je me rappelle avoir eue ne un de mes fils éclata, fi la saison des primeurs, à propos d'un kl de petits pois dont il ne voulait pas manger : supplications, boaces, le cabinet noir; rien n'y fit. Il fallut, de guerre lasse, Ider à l'însarm on table dégoût de l'enfant. On a plus facilement iison des goûts immodérés. D'abord l'expérience enseigne vite b anfknt quels inconvénients il peut y avoir à manger trop de gâteaux, Bip de fruits, k satisfaire sans mesure sa gourmandise. Cette gourbodîse en elle-même n'a, d'ailleurs, rien de vicieux : comment,

■ effet, en ^^uloir -i. l'enfant de rechercher avec avidité ce qui luJ ■Ocure une sensation agréable? De plus, c'est trop souvent notre ■Opre intempérance qui sert d'exemple à celle des enfants. Que fait le ptit gourmand, sinon désirer avec excès sa part des friandises qui urgent la table de ses parents? Pour juger la vraie nature de nfant, avant que la faiblesse maternelle ou le mauvais exemple

■ l'ait altérée, il faut le prendre ft la mamelle; et quiconque a vu Daiter un enfant sait bien qu'une fois rassasié il s'arrête de luîbme; il joue sur les genoux de sa mère; it rapproche en souriant b petites lèvres de la source d'abondance encore ouverte devant B; il reprend il lâche tour à tour le soin maternel, mais il ne le MfUie plus, dès qu'il a élu sul'iisammenl nourri.

RC'est aussi la maladresse des parents qui est la principale instiga- Bee de la vanité puérile. « Toute espèce de flatterie, disait avec Iison Ooldsmith. doit être scrupuleusement bannie. L'enfant auquel Il joli mot échappe par hasurd, se voit en généra! si fort applaudi

au

L EVOLUTION INTEtLECTUBUS.

qij<! AOuv«nt il en deaieuri> fat le reste de sea jours (1). » On se ra pelle l'Iiisttitre de cette [urLite tlllo qui, compUmeatée le maUn p ' w mère, jiour un mot pttis ou moins spirituel, disait le soir devai une TJsiteusu : » Maman, vous ne racontez donc pas à madame < qne j'ai dit ce matin? •>

Que ne reproche- t-on pas encore ftrenGnnI? Sa mobililé inquiets Mnis quand un hnmnie, même grave et rellt^chi, arrive pour la pre tniêre fois dans un pays inconnu, n'esl-il pus lui-même troubli nfpié^ Et faut-il s'élunner que l'enfant, devant ce monde nouvi^a où il a quelque peine à se reconnaître, oti tant d'objets divers solB citent ses sens, promène étourdiment de tous ciMés son nttentiof naUsante?...

Son indocilité? D'abord, elle n'est pas aussi générale, ni sus coce qu'on le dit; et s'il se rencontre des esprils rebelles et révoltéi dâs le berceau, est-on sûr qu'il n'y a pas eu de la part des parent! et dès la première heure, des actes ou des pnroles qui ont ausc par réaction, ces mouTemeuts d'indiscipline? Tel qu'il se moi d'ordinaire, l'iuslincl d'indépendance de renfaat n'est que la [ inièro manifestation ni^ccssaire dn curaclùre et de la volonté. You drail-on que la nature eùl fait des âmes d'esclaves, où aucune velléil de résistance ne trahirait la liberlii future'?.,.

Son égotsme ? Mais il n'est, dans sa naïveté, que PcxplosioD exci sable de cet amour de soi, dont aucun philosophe ne songe i. œi tester la légitimité, puisqu'il est un des ressorts essentiels de 1 vie....

Bien conduites et tempérées d'ailleurs par les sentiments sympaU ques, les inclinations personnelles de l'eufaut seront plus tard il vertus, et s'appelleront, chez les hommes, courage, force d'ftm amour de la j^loire. On ne trouve tant de défauts aux enfants, qt parce qu'on veut les soumettre à une commune mesure avec II hommes, parce que, pour les juger, on applique, sans s'endouter,lj mêmes règles que pour apprécier les mérites des adultes; paS qu'on oublie que leurs inclinations, même les plus mauvaises en ^ parence, sont les conditions naturelles de ce moment de transitioi de cette crise qui s'appeile l'enfance; parce que, enfin, on ne s( pas assez â. tout ce que le défaut de réflexion et l'inévitable légère du premier ûge imposent de caractères particuliers à un petit éti

(1) GoLDEinTB, Nouveaux essai» d'éducation, traduction Dammartin. Paris, Itl p. Ul,

LKa DÏFADTS DE L'ENFANf.

i n'nst pas, comme on l'a dit à tort, un diminiitif de l'homme, mais iplemeot une ei>([ujssd, une ébaurlie en voie d'orgunisitlion.

i un livre eharmanl., les Bébés d'Hélène, qui a rendu célèbre «uteur, un Américain, M. Jolin Habberlon (1). On y a mis en B deux enfants; on y raconte tout ce que peut suggi^'rer de fantaisies, de drôleries, l'imagination inventive de deux petits diables, qui pendant quinze jours persécutent de leurs exigences et de leurs caprices un oncle complaisant et bon, à la garde duquel on les a conljés, qui se permettent enfin toutes les libertés, comme il convient à deux futurs citoyens do la libre Amérique. Et cependant la moralité qui se dégage de l'amusante histoire de ces deux enfants terribles et de leur victime, c'est, comme le fait remarquer le traducteur M. William Hughes. « le droit des bébés à l'indulgence »; c'est que. '.I;tns leurs propres mésaventures, comme dans les espiègleries qui iv.nl perdre la tète à leur tuteur, ils donnent des preuves d'étourderie et d'imprévoyance, beaucoup plus que de méchanceté.

Quand on a fait aussi équitablement que possible la part des maladresses ou des vices de l'éducation, quand on a multiplié les cir- < I •ri^ïlances atténuantes, pour réduire et adoucir la responsabilité qui \ ienl à ienfant, ou tout au moins à la nature de l'enfant, dans ses . luuts, il n'en reste pas moins un fond mauvais qu'aucune iuduljice ne peut couvrir, un résidu de dispositions innées qui ne se vilcnt à aucune interprétation bienveillante. L'enfant n'est pas seu- .. nient perverti dans certains cas par le milieu social ; il est naturellument pervers, ou si le mot paraît trop gros, trop dur, il est tout au moins, dans sa nature mêlée, porté au mal comme au bien {!). A. vrai dire, c'est parce qu'il est déjà une petite personne très vivante, très ardente dans ses goûts, très sensible au plaisir, très rebi^lle à tout ce qui est sensation désagréable, que l'enfant est acces- ■'iMe aux petites passions dont nous avons maintenant A parler. Ima- , liiez donc, s'il est possible, un être qui soit capable d'aimer,

\i i. Habbertok, les Bébé:) itHeléne, traduction libre de Wiij,iaii J. IlooBBa. . I ip, Hannuyer.

2 1 1 L'opinion gLnêrnJe que les cnfiuits sont innocents, al elle est juste PU ce qui 'u Lirn et du mal, est erronée pour ce qui t'Stdes luauîurants suflit pour a'ea COQ^ûn-

s instincts; u

, vie. Il (Hkubi

., Èduc

ûiMUeiueile, t

]IS L'SVOLtTlUN tMKLLta UKLLE.

dVpmuverdu plaisir H do la peini>. et qui •ne s'toipatienle pus, qù De »'irrit« pas contre les personnes ou les choses qui lui fonl du nw qoi U> privent do ce qn'U aime ou lui imposent ce qui lui diSplalt. I rmisfla peul-41rc (en ce miracle un Jour chez l'homme réfléchi. Uà on n'eiil pas raisonnable il trois ans, à cinq ansl Ne demandez pas ce qui est impossible : que l'Aïue de l'enfant, o(i la sensibilité Aa mine, où, comme disaient les philosophes grecs, rfciflùfjuion, l'aveu!,'!» di^îr, n'est pas encore régla par le vaû;, par la raison , soit à l'abri de ces éuiutionit, de ces cmportenienls qui ne sont que les révoUes dudi^air contrarii^. Les deux soûles passions carau 1er isées qui exisUinl cheï l'enrant, la colère et la Jalousie, sont bien de même nalupe î l'une qui éclate violemment au dehors, en cris, en gestes, en paroles, contre tout ce qui déplaît : l'autre qui est une colère sourde et qi ise trahit par la tristesse ou la mécliancelé du regard.

On a défini la jalousie, '• le mauvais âenliment qu'on éprouve quand on n'obtient pas ou qu'on ne possède pas les avantages obte nus ou possfdps par un autre ", Pour que ces avantages soieal an vies, il faut naturellement qu'ils soient appréciés; et les jalnusiesd Tëafanl sont enfermées dans le peLil cercle des choses dont il senti prix. Il ne sera point jalou\, parce que son frère a le nez mieux faî que le sien, ni parce que sa sœur est plus intelligente que lui : aucu souci ne lui est encore venu de se comparer aux autres pour si qualités physiques ou morales. Mais il sera jaloux pour des joueli pour des habits, pour des livres, pour tout ce qui lui procure n plaisir.

L'allaitement, qui est la première jouissance de l'enfant, sera! première occasion de sa jalousie. Saint Augustin l'avait déjà f que : u Les petits enfants, dit-il, sont innocents dans leur corps, raison de leur faiblesse; ils ne le sont pas toujours dans leur & J'ai va et observé un enfant malade de jalousie : il ne parlait pi encore, mais, tout pftle, il jetait des regards amers sur d'autres ei fanls qu'on allaitait avec lui. ..

Plus tard, quand l'enfant aura pris goAt aux caresses et h. l'affe tion de ses parents, ce n'est point sans chagrin non plus qu'il 1 faudra souffrir le partage avec d'autres. « En me voyant caress une poupée, k l'âge de quinze mois et demi, mon fils, dit Darvri manifesta clairement sa jalousie. » Cela sera surtout sensible, lorsq la présence d'un frère nouveau venu le réduira à n'avoir plus que moitié des gftteries dont il avait joui seul jusque-là. El si par u

LES DfirAUTS DE L'ENFANT. 317

prélOrence injuste les parenls favorisent un de leurs enfants, au dé- Iriment des autres, les petits sacrifiés en concevront un sentiment profond, non seulement de tristesse et de mélancolie qui pourra les conduire Jusqu'au désespoir et au suicide, mais aussi d*envle et de haine contre les préférés.

La colère n'est souvent qu'une jalousie qui éclate, mais elle peut avoir d'autres causes; elle est une des premières et une des plus fréquentes manifestations de ta sensibilité enfantine (1); elle se produit à propos de toute impression désagréal>[e, de quelque nalupo qu'elle soit, non seulement contre Il's personnes, mais encore contre les clioses et les objets inanimés. Un baby de deux ans s'irrite contre son polichinelle et le bat, tout comme il ferait avec son frôre ou sa sŒur.

C'est Darwin qui a le mieux étudié la colère chez lenfant. Quelque disposé qu'il soit h en signaler l'apparition dès le plus bas &ge, il nous avertit que quelques-uns des sijçnes extérieurs de la colère, contraction du visage, froncement des sourcils, air général de mëcoDteotement, facilement reconnnissables dûs les premiâres semaines, peuvent n'élre alors que l'expression d'un simple seiilinient de souf- Irance. " Mais, lorsque mon fils eut près de quatre mois, ajoule-l-ïl, il ileviul évident, k la façon dont le san^; lui monlail au visage cl lui faisait rougir jusqu'à la peau de la léle, qu'il se mettait facilement dans une violente colère. La moindre cause suflisaît : ainsi, un jifu après sept mois, il se mit un jour à pousser des cris de rage, parce qu'un citron lui glissait entre les doigts, sans qu'il pu t le saisir. » La colère a pour caractéristique qu'elle ne dépose pas seulement au fiind de l'Ame des sentiments de malveillance et d'hostilité : elle .■\cite à des actions extérieures; elle porte l'enfant, comme l'homme, [lUis encore que l'homme, à user de ses mains pour frapper, de ses lints pour mordre (2), A employer les premières armes venues..,. Quand les jeunes eufauls sont en fureur, ils se roulent par terre sur

lin l.'i'^ioquede l'aiiparition <Ie lu c!(ilèrc, dîtlo 1)^ Sikorski, n'ctt pna prûclsûo me tnnnit-re positive, quoiqu'on «uppose gén^rolt^oicnt qu'elle se ilâvclApp$ j.i pendant la pi'ciiiii'^i'e nnni^c de la vie; en tout cna, elle se luuntre ccrtaiiic- ... j>[ dons In deuxiiMnc nnuéc. a ■!1 Darwin indique couime un des EÎgnea do la colùi-e le fait de relever la lèvre u L'iieui'c et de dûcouviir la dent cnninc : • Un enrant bengalais, dit-il, qui êtnit . usé d'un in^rnit, ii'osuit pns cxhalrr son coiutoux en paroles, lunis il rruni^nit - soureiU el, pnr un iiiouvenitjit [larlii'u'ier, il dtroinTuil la cnniiii' du cClc do

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