LE SENTIMENT DU -MOI ET LA PERSONNALITÉ
vicieux évident â dire que l'enfant qui reconnall son image, ou qui se rend compte de son propre corpa, puise dans ces deux Faits l'idée de sa personnalité. Cette idée, il l'y apporte au contraire; c'est elln qui rend ces deux faits possibles, et pour dire « mon corps », « mon image », il est nécessaire que préalablement l'enfant ait plus ou moins la conscience du moi. Il faut donc chercher ailleurs les vraies origines de la personnalité.
Ofi M. Preyer a vu plus juste, c'est lorsqu'il se refuse à considérer le langage comme la source du sentiment du moi. Il se distingue en cela de nombre d'observateurs qui n'hésitent pas â. dire que l'enfant acquiert ce sentiment en apprenant à parler, et notamment le jour où il parle de lui, non plus à la troisième personne, mais en employant les motsj'e et moi; où il dit, par exemple, non plus; «George est sage », <i Marcel a faim », mais : « Je suis sage », « J'ai faim. •>
M. Romanes, lui, n'hésite pas à faire dériver du langage la conalilulion du sentiment du moi. « Le changement de phraséologie de l'enfant, qui cesse de parler de lui-même en tant qu'objet, pour en parler en tant que sujet, se produit rarement et le plus souvent ne se produit pas avant la troisième année. Quand ce changement s'est effectué, noua avons des preuves définies d'une conscience véritable, bien que rudimentaire encore. 11 est même probiiblc que cette modification ne se ferait point aussiti'it, si elle n'était favorisée par le « milieu social ", car, comme le fait remarquer M. Sully, la relation du raoi et du non-moi, comprenant celle qui existe entre le je et le vous, est constamment imposée à l'atteulion de l'enfant par le langage des autres (1). ■>
Mais c'est surtout chez M. Luys que nous trouvons nettement formulée la doctrine de ce nominalismo nouveau, d'après lequel le pronom je aurait la toute-puissance magique de créer le moi. « Les enfants, dit M. Luys, vers la deuxième et troisième année, parlent comme ils sentent. Ils se sont accoutumés k se voir comme un corps qui a une forme extérieure et qui occupe une place déterminée dans l'espace. Leur nom lui-même n'est pas encore assimilé et complètement incarné en eux, comme expression concrète de tout leur être. Ils conservent encore une certaine nuance d'objectivité ; dans les formes primitives de leur langage, ils parlent d*eux-nif mes à la troisième personne, comme s'il s'agissait d'une personne étrangère &
(l)M.Stji.Lï, op. eit., jj. 317.
3U L-£TOLm05 ISTCLUCTCEtLE. ^^^^H
Une iadÎMUiaa oKiîas Balai«ll«. mai? dont il a'esl pas impossS^H pMirtuI d'sperceioir l«« premiers imlicrs <1("$ un H^k très Icnd^H e'«l l* •Mtin^iit d« la justice (1). J'ai toujours ék- frappé de 1'" m^ie «Ib'iui dr tn<t> Gis mttttAÎl à solliciler pour tai-méme le trailemenl qui ftait f^il â sita trère, le IrailùoieQt du frère le plu^ ùiTori^. «il s'agt^AJl d'an« cbose a(;réalile, dune distributioD lie friandôes. par eiemplp. H parcootn Arcclamer pour son frère uii<! part «gale dans les obit£;atiot» pénibleâ qui lui étaient imposées ii Ini-tnémc. Vuytu le« enfunU dans Wurs jeux : f A chacun son tonr. » Ml un des propos qui n-vieDnenl le plus souvent. Bappelon^-nou^ avvc qndlc inttrasitit d'iniiîgnation Rousàtrau l'afaiit protestait conlri' nnjastice doni il se crojait Tictime- * La mère, dit Hichelet. a'voieigoe aucunement le Juste, mais die tail appel au sens du juste qm tsl dans renfaDt du tail de sa nature. > Faut-il s'étonner cpie, sentimrni de la Jnslicv. l'enfant l'i'prouve au début surtout par port à lui, et qu'il ne conçoÎTC d'abord que réguHlé des biens pi Inî-méme, régalilé du mal pour les autres? C'est la réllesiou se qui lui permettra de combler les lacunes de ses impulsions m relies, el de compléter on s(;uliruent Ironqué qu'il a du moînt mérite d'éprouver avec force.
II n'y a pas jusqu'aux sentiments purement moraux, commi remords el le repentir, qui, vers six ou sept ans, ne puissent développer dans lime de l'enfant. Edgar Quinet élait arrivé it septième année, à l'âge de raison, comme disent les théologien! l'Age 0(1 les péchés comptent, comme disait un enfant. Sa sa l'avait gravement averti de l'importance de celte date, à parlir laquelle il deviendrait responsable de ses actions. Le réautlst pendant quelques jours un redoublement d'obéissance et unec duite irréprochable ; mais nni n'est parfait, surtout k sept ansl I faute assez grave fut commise. Le coupable l'aggrava par son H de l'avoir commise, et il entra en pleine révolte. Mais le remords se fit pas attendre. El quel remords? « Ce fut on désespoir * bornes, que personne ne pouvait apaiser. J'errais le jourenliw !a galerie extérieure de la maison ; quand les ]iaysans passBifiit s'approchaient, je criais d'une voix lamentable, en m'arrachsnl cheveux : Jr nuis damné! je tuis damvé !... » Sans doute cv crirfu conscience qui s'éveillait pour la première fois, on ne le revueiHi
(1) Hicbelet va jusqu'à dire : « La Justice eit un sentiment iuui!. •
pas, proféré avec la même conviction désolée, sur toutes les lèvres d'enfants; on ne trouvera même rien qui y ressemble chez pas mal de petits écoliers. Mais ce n'est pas dans ses spécimens les plus disgraciés qu'il convient d'étudier la vraie nature humaine : c'est au contraire, si Ton veut arriver à une appréciation équitable, chez les individus qui, grâce à un milieu favorable, ont grandi dans des conditions normales, qu'il faut aller chercher la mesure exacte de ce que peut l'humanité ; sans oublier d'ailleurs que les qualités de l'enfant ne sont souvent que le reflet des vertus de ses parents, et que le caractère enfantin est pour ainsi dire une pièce écrite en collaboration, où il est malaisé de faire le décompte de ce qui est l'œuvre de chacun des deux collaborateurs : la nature et l'éducation,
rjiAPiTaK XV
1. Que IVpfruirc nVrlmi'iic pas i U lulic. ~ Qje les ras d'iDsanïlé snol pourlnl Turc» daiia In prruiiiTv ptifonca. — Opinion d'Esquirol. — Obsei'vationB plti rocuntc*. — Lit ÎuVk ctiet 1« tuul pet t Tant t l troisïihne ennce.
fitnt peut iiultrc tnu. — luûuencv di- 1 II iiU — Co ditiotia de la notu tiiiB qui i« prolùgeiit coiilrp la T li d ti na contraires. — FpW
iiitclli^rtiicllo pt rolie morale. — Il La T li d 1 tivilé musculaire. ~ Ul ciinvulsiona. par certains côt^, sont is 1 d m ntale. — La folie cita le anininiix. — Les hnllucinntinns ou I f li d I pe ption exlcirieure. — Cw pti;iiqu«8, cauaea tneiilol» de l'hall d t d — BCIe de l'iiuaginiktinii i l'hallucination. — Kare cbex les enFanls, rhallacination est d'ailleurs dirBat ment observable. — L'hoUuciontioD chez les animaux. — Exemples d'inllvc
DntiùD ciiet tes cnfnnts. — Le cnuchemar. 111. La folle génërale. — QbV
n'est pas non plus jpnrgnén à l'enfiiDl. - La manie et le délire des idies.' Exemple de munie calme chex une petite fille de quatre ans. — Excsnpla I manie furieuse. — La munomanie semble ne pas exister cheK l'enfant. — ~ visun possible delà manie chez l'enfant. —Folie cataleptique. — La folie m plus fréquente que la folie intellectuelle. — Caractirea maladivement vidi
La folie suicide. IV. La folie de l'enfant, réduction de la folie de l'adults.
On trouve cbe2 lui les élénients de la fulie plutAt qn'une folie générale M a pif te. — Étiologîe de la folie chez l'enrant. — Prt'dominnnce des causes phy qiies. — Les maladies, les lésions du cerveau. — La frayeur, — Causes hitH tuires. — La fuliu Iransmissible des ascendants aux descendants.
C'est un préjugé assez répandu, et en tout cas très naturel, qi l'enfant, par le bênélicc de son âge, est à Vahti de la foiie. Comtai se résigner à croire que la nature se livre à ce jeu cruel de déromu des intelligences qu'elle a à peine i'ormées, de désorganiser îoini dîalemenl ce qu'elle commence à organiser, d^ jcler enfin daosl désordres de l'aliénation mentale des êtres qu'elle vient à pei d'appeler à la vie ? Naître pour devenir fou ; quelle anomalie ! qu^ conli'adiclion apparente avec les lois de la nature! L'eufaiil, pi
U FOLIE CHEZ lES ENFANTS, 327
pergie d'une force qui ne s'est pas encore usée et fatiguée au con-
s choses humaine<;, par la sève encore intacte de ses facultés uantes, ne doit-il pas trouver grAce devant la folie? L'auteur d'un I récent sur le sujet qui nous occupe {!), s'exprime dans le même
Il Folie chez les enfants, dit-i! : n'éprouve-t-on pas, en lisant cas mots, un sentiment de profonde tristesse I Est-il donc possible cjue cet âge joyeux, insouciant du passé et de l'avenir, ne vivant que pour le présent, ignorant encore les chagrins de l'exiatence, soit frappé <lu plus redoutable fli'au qui puisse atteindre l'éLre pensant?... ii
Les faits ne permettent pas de s'arrêter à cette illusion complaisante- Les enfants n'échappent pas plus Ala folie qu'ils n'échappent i) la maladie, à l'idiotisme. Sans doute l'insanité csl relativement peu fréquente dans le premier fige et même dans la jeunesse. C'est de vingt à trente ans que les cadres commencent à s'emplir, dans les statistiques delà folie. De trente à quarante ans, n il y a foule, a selon une expression du D' Guislain. A l'&ge où tes facultés ont perdu la fraîcheur vigoureuse des premières années, où les passions sont âpres ou ardentes, où l'homme se trouve le plus engagé dans li?:^ lutLos de la vie, il est naturel que les chances de folie atteignent leur maximum. Après quarante ans, la proportion baisse de nou- \ eau ; l'homme est moins sujet à contracter les alTeclions mentales, parce que, ayant déjà éprouvé avec succès ses forces dans les crises de l'existence, il est raffermi et consolidé dans sa raison, comme II l'est aussi dans son tempérament et dans sa santé. La vieillesse seule, avec l'afifaissement général des facultés, ramènera en plus grand nombre les cas de folie, de démence sénile. Nulle époque de la vie en défiuitive ne comporte d'immunité absolue contre l'aliénation mentale. Le seul privilège de certains âges, tels que l'enfance, c'est que la folie y est plus rare. L'enfant, qu'on voudrait n'avoir & (étudier que dans le développement normal de son intelligence ou de -^a sensibilité, qu'on aimerait à peindre seulement dans le gracieux vt pur épanouissement do sa nature, l'enfant, malgré les conditions favorables qui le protègent, n'est pas exempt de la loi commune, et il a droit â un chapitre spécial dans tout traité un peu complet de palhologie mentale (2).
I ) la Folie ehe: les en{aiiti, par le ^' Paitl .M<inE.\D (de Toura). Paria, J.-B. .iili.'re, l£XB.
.- 1 l'In trouvera duns le livre diïjà cité de Miihe* d (de Touri) un biatorique de la ■jiieslion (p. 13-lli].
328 L'ËVOLIITION INTELLECTUELLE.
t!s(fuiral»>mblait^ln> d'uDavistoDtraire, quand il êcrJvail: < faol rst il l'aljri cli- la folle; » mais il ajoutait, tout de suilp, puiir corrigt-T ou que cotte t^gle gC^nérale a de trop absolu : «... A moios qu'en oaissant l'enrant n'apporli! qutilques vicos de conformaticin oi que des convulsions ne le jettent dans l'imbécillité ou l'îdîotie (!]. « Ajoutons nous-méme que les exceplious admises par Esquirol saut insuDisantes el incomplètes. Tous tes cas de folie infantile, même ceux que cîle Esquirol, ne pouviMit rentrer dans les catégories trop âlroilea des foliea que dt'tGnniue un vice de conformation on que provoque un accès convulslf. Les causes morales de l'insanité peuvent agir jusque chez l'enfant ; iOmoin, par exemple, ce pe^t m&niaqae soignai par Esquirol lui-même, qui jusqu'à huit aus n'avaU manifesté rien d'insolile dans ses facultés, mais qui. après le si^g de Paris, eu ISl-l, eO'rayé el troublé de tout ce qu'il voyait, lombt eubitoment dans le désordre intellecloel le plus prononcé.
Depuis Esquirol, un grand nombre de faits ont été recueillis, qui élargissent le sujet et rendent possibles quelques inductions gén6^ raies. On trouvera par exemple, une longue et intéressante tislS d'observations dans le travail du D' Berckaia (1864) (â). D'autreî' cas ont été signalés à diverses reprises dans les Annales médicopsychologiquei (3). Aussi la plupart des aliénisles n'bésitent plusi reconnaître la possibilité de la folie chez les enfants. M. Maudelej. dans sa Pathotogi/ of Mitid, a mis en relief cet aspect nouveau dfl maladies mentales, en lui consacrant un intéressant chapitre ialï tulô : Tlie Imanilif of early life.
Il semble cependant que les observateurs répugnent enwre i admettre l'existence de la folie chez le tout petit enfant. Tersl huitième ou la dixième année, les faits sont trop nombreux ettnil caraclérisUques pour qu'il soîl possible de les nier : n II n'exî pas, dit It' D' Morel, un médecin d'aliénés qui ne puisse citer de w tables perturbations inlellecluelles chex les enfants de six t qnini aus (4). H Six ans, ce serait donc la limite extrême en deç& d«li
(1) EBQUinoL, dei Maladie» mentales, t. I, p. \h. (a) Voyez le journal allemnnd Currespondaiz-Blall, année I8B4. I (I) Voyei surtout, dans la collection des Awinles, ies yoluitipn suivants : IW I p. Tï; I8â5, p. 60; iOid., p. 627; 18S7, p. SIB; IS6I, p. 305; 1867, p. SaOetfldl 1870, p. aao et sniv. — Voyez aussi dans le Journal de médecine par/diùios^i ÏS&S, le travail da M. liniEnne de Boishokt, Reeherùlies fUr l'aliinalion mmiiik i enfants et parlicaliérvmetil dr.t jaunes gens. (4) Morel, Ti'aité des mtUadies menlalee, p. 100.
quelle seulement l'enfaiit pourrait devenir fou. Les l'ails contredisont encore celle opinion et prouveiil que l'ftge de la folie doit i^lre reculé jusqu'aux premiers commencements de la vie. Esquirol rappelle l'observalion, faite pai" le D'' Franck, d'un maniaque de vingtquatre mois (1). Haslam parie d'une pelile fille qui vers la troisième année fut alteinte d'aliénation, d'un garçon de deux ans, qui, sans cause connue, fut pris dasilation maniaque (2).
Stoll raconte l'hisloire d'un enfant qui à la suite de la vaccination tomba dans la manie (3), Nous aurons l'occasion de rapporter d'autres exemples analogues d'une folie tout aussi précoce. L'aliénation de l'intelligence peut donc suivre immédiatement et mâme accompagner son premier éveil. Ce n'est pas assez, de dire que l'enfant peut devenir fou : la vérité, c'est que parfois il naft fou.
Bien de plus intelligible d'ailleurs, mÈme a pnoii et à supposer qu'elle no fûl pas démontrée "par l'expérience, que la possibilité de la folie chez l'enfant. Il suffit de considérer que le nouveau-né n'est pas un être entièrement neuf. Il a déjà un passé, celui de sa famille et de sa race. 11 est l'héritier de tout un patrimoine de dispositions, d'aptitudes, de qualités et de défauls, patrimoine que lui ont fait les actions de ses ancêtres.
Sa nature individuelle plon^^e," par des racines profondes et cachées. dans la nature commune de la famille A. laquelle il appartient. Il peut donc y avoir une innéité de la folie, comme il y a une innéité de la raison. L'enfant peut venir au monde avec des prédispositions morbides, au mural comme au physique. Sans doute, le plus souvent, les germes maladifs de l'àme ne se développeront pas tout de suite : ils couveront de longues années, ils resteront b, l'état latent, jusqu'à ce qu'ils éclatent sous l'action des circonstances. Parfois la virtualité transmise k l'individu nouveau no doit éclore qu'il un jour donné, à une date en quelque sorte fixée d'avance. Un homme se marie, devient fou A une certaine époque : son fils, né avant cette l'poquo, aura un accès de folie qui sera comme l'éphéméride de l'i'tui de son père. Mais la folie héréditaire ne connaît pas toujours 1 rs répils et ces lenteurs. Il arrive aussi qu'elle éclate dès le premier jour, particulièrement quand l'aliénation des parents a coexisté avec l'acte de la génération ou de l'enfanlemenl. Criehton en rapporte,
(I) EsQi'inol., op. eil,
(31 Hablam, Obaervaliaas on Madness. Lomlon, 180».
(3) Voyei Annales mi'dicu-ps^i}lioltigîi/iifs, 1SU7, I, [i. 330.
nir L'BVOLUTlOîl 1KTELLKCTUBU.E. ^^^H
d'après fireeding, un exemple bien fnippant : « Une femme d'environ I qusnint« ans, réellement fo]lt>, mais d'ailleurs bien portante, accnu [ cha, k< SO janvier 17K), d'un eiifanl m&le qui fui aussitôt un foit [ rurÎGOK. Lorsqu'on l'npporls A nuire asile, eVst-A-dire le Sijanviuj [ Il avait dans les jambes et les bras une telle force que quatre femme» I pouvaifinl & peine le tenir. Cea accès se terminaient par d'inexpli- [ rabli-3 éclats de rire; ou bien l'enfant, dans un emporlemenl ds colère, brisait et dèi;bîrait tout ce qui était à sa portée, ses \ètx.- < ments, ses couvertures, Bon lit... Nous n'osions pas le laisser seul, sans quoi il serait monté sur les bancs et sur les tables ou même il , eût essayé de ramper dans les rues. Peu de temps après, quand le dealK commencèrent & lui pousser, l'enfant mourut (1). » Ici la Mit avait élé transmise par la mère il l'enfant, par une sorte de communication directe, de la main & la main, pour ainsi dire. L'aliËndian de la mère se continuait sans interruption, et avec des caractère* analo^es, dans l'agitatiou maniaque du fils.
L'hérédité morbide n'agit donc pas seulement à distance et eommo par des elTets & longue port^^e : sou action peut être immédialeel instantatêe. Ce qui retardo en ^i>ni>ral l'explosion du mal, ce sont \»i conditions particulières de la vie morale de l'enfaul. La faiblesse même de l'intelligence enfantine est une garantie, une protection, contre la folie. La première condition pour qu'une cause de de» truction agisse, c'est qu'il y ait quelque chose h détruire. Où il n'j a rien, comme on dit, le roi perd ses droits.
Par d'autres eûtes cependant, la nature de l'enfant offre une proie facile à l'envahissement de la folie. Il y a, au milieu de tant de variC'li^ pathologiques, deux formes très caractérisées, très distinctes d'aliéMlion mentale, la folie iotellcclueile et la foUe morale, l'une qui consieW essentiellement dans le désordre des idées et l'absurdité des croyances, l'autre dans raltêralion des désirs et la perversité des actes, Or ce qui constitue la première, c'est l'absence des idées intermédiairesqui, dans l'état normal, viennent pour ainsi dire s'interposer entre l« conception et la croyance, qui empêcheut l'idée folle d'aboutir et dfl s'installer dans l'esprit, qui tout au moins la délogent, qui enlio rectifient les illusions et les hallucinations des sens. De même, C8 qui caractérise la folie morale, c'est l'absence de la volonté, c'est-àdire du pouvoir mudéraleur qui, chez l'hoiume sain, se place e
(1) Voyez MAui>si.i;r, op. cil., p. îri'.
l'impulsion et i'acle, et arrête l'agent au moment oii i l'entrainement de l'instinct ou du désir aveugle. Eh bien! précisément l'enfant, par lu panvrelé de ses souvenirs et le dénuement de son intelligence, comme par l'inertie de sa volonté, l'enfant se trouve à ces deux points de vue dans la situation la plus favorable au développement de la folie. Les idées folles, si elles ont une fois pénétré dans sa conscience, n'y rencontrent aucun obstacle : sa mémoire est trop faible, trop dégarnie d'expériences, pour résister h la conception fausse que suggère rhaltuclnalion. De même les impulsions morbides, transmises par l'hérédité, et qu'une volonté adulte parviendrait peut-être à maîtriser, sont irrésistibles chez l'enfant; sa volonté vacillante n'oppose aucune barrière aux mauvais instincts. La folie, quand elle menace l'homme mfir, doit d'abord triompher d'une intelligence éprouvée, depuis longtemps assise dans ses croyances, de sorte que l'hallucination môme peut coexister avec la raison; il lui faut en outre vaincre cette énergie volontaire que l'ftge a fortifiée, et devant laquelle s'arrêtent à chaque instant les suggestions irréfléchies de la passion, les désirs bizarres et capricit'ux qui sollicitent même l'esprit le plus sain. Mais, quand par malheur la folio s'abat sur l'enfant, elle est d'emblée maîtresse de la place, et c'est dans un terrain ouvert, sacs défense, qu'elle exerce impunément ses ravages.
11 n'est donc plus permis de contester la possibilité de la folie chez It^s enfants. Mais, cette vérité générale une fois établie, it importe d'entrer dans le détail, de chercher sous quelles formes se présenlenl, dans des âmes mal équilibrées et en voie de formation, les phénomènes de l'aliénation mentale, de suivre enfin l'évolution parallèle des facultés et des maladies qui les frappent.
C'est par l'activité musculaire que se manifeste d'abord la vie de ■fant. Dans les premiers jours de son existence, l'enfant, nous
K>ns dit, pourrait être délini un être qui se meut. Ses mouve-
hts sont spontanés, automatiques, ou réfleses, provoqués par ■ énergies internes, ou sollicités par les excitations du dehors, d volonté ne les gouverne pas encore, mais, jusque dans cette
hililé presque inconsciente de l'enfant, î! y a, quand aucune inpnce morbide n'ugil, un ordre naturel, parfois une grAce învo-