‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 74 sur 76 · L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE. ^^^^H · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE. ^^^^H

eux, et manifestenl leurs émotioua ou leurs désirs suivant cette formule simple : «Paul veut lelle chosen,<(PauIamalàla le Le. o Ce n'est que peu à peu, et en quelque sorte par l'effet des efforts ince d'une trituration coutinue, qu'on arrive à lui apprendre que l'ea» semble de sa personnalité, constituée à l'état d'unité, peut revêtif une autre façon abstraite que celle d'un nom propre, et que si formule équivalente est représentée par les raolsj'e, moi. Par uii nouvel effort d'abstraction, le jeune Être accepte iucoDSciemment cette donnée conventionnelle qu'on lui fournit toute préparée, eif comme elle est commude, expèditive, usuellcmeDl employée, il 96 l'approprie, la met en usage, et peu à peu s'en sert dans la couven sation courante (1). «

La théorie de M. Luys, on le voit, lend à nous présenter l'idée d moi comme suggérée, comme souCQée à. t'enfanl par les motsjie a moi, qu'on lui aurait appris entia à prononcer et à comprendra L'enfant pour ainsi dire revêtirait sa personnalité, comme il revêj ses habits.

Il est aisé de répondre à ces nominalisles d'un nouveau genre,,' comme à tous les nominalisles, que le mol ne peut avoir de sensquK s'il répond à une idée déjà existante, qu'il la suit, qu'il la précise, si l'on veut, mais qu'il ne la crée pas. C'est ce qu'a très bien va' M. Preyer, qui déclare erronée « l'opinion généralement répandue d'après laquelle le sentiment du moi commencerait seulement à t constituer, quand commence l'emploi de je ou moi n. A n'en p douter, l'enfant se connaît déjà vaguement lui-même, longtem^ avant [qu'il puisse conjuguer la première personne des verbes [ï Quand il se désigne par son nom propre, ce n'est pas le moins dn monde qu'il se prenne pour un tiers : c'est seulement inexpérience da langage, imitation passive des expressions employées par ses parentAi] quand ils parlent de lui, quand ils disent » Paul est méchant», « Panï vase faire mal». M. Preyer présente ice sujet d'intéressantes obseï^ valions : n Beaucoup d'enfants, de caractère Lrùs entêté et très pe^ sonnet, ont un sentiment très développé du moi, sans que cependai ils se désignent eux-mêmes autrement que par leur nom ; et cel

(1) LuïS, li Cerveau et sas fonctiotis, p. IBO.

(ï) M. Pebez cat (lu même »ïia : " Quoique le contraire soîl génÉralemenl le puur vrai, dit-il, Je ne puia admettre que, si les enfants parlent d'eux-mBoiei à troisifime personne, c'est parée que la notion de leur personnalité et le terme il l'exprime ne sont pas encore complètement dégagea de l'objectivité estËiieuTâ Ifies h'oû pi-e>aîère3 années de t'enfanl, p. 324.)

des alimenta à rhallucinalion. II esl même probable qu'elle en est le plus souvent le pnitil de il(?parL et la cause. L'imagî nation excitée, exalti^e, trouble les sens à leur tour et y détermine des représentations illusoires. Les conditions normales sont alors détruites et comme renversées. En effet, tandis que ta perception est une sensation devenue idée, l'hallucination est une idée devenue sensation.

L'imagination est encore trop peu développée chez l'enfant, pour que l'on puisse s'attendre à rencontrer fréquemment chez lui les phénomènes hallucinatoires. Il ne peut y avoir d'ailleurs, dans ces petites lôtes enfantines, à peine peuplées de quelques souvenirs, que de courtes hallucinations : rien qui ressemble h ces illusions compliquées, qui font tableau, et qui déroulent la variété de leursi conceptions dans l'esprit do l'homms mùr, accablé d'idées cl surchargé de passions. Lorsque l'esprit a grandi, lorsque la mémoire s'est enrichie, l'illusion peut puiser à pleines mains dans le vaste magasin des idées. Chez l'enfant, tout est en raccourci, les troubles et les désordres, non moins que les opérations normales et réguUôres de la pensée.

D'autre part, il esl évident que, chez le petit enfant qui ne parle pas encore, l'hallucination, si elle se produit, échappe aisément au contrôle de l'observateur. Rares par eux-mêmes, les faits de ce genre sont encore plus rarement observables. On ne s'étonnera donc pas []ue les constatations, sur ce point, soient si peu fréquentes. Hais II! fussent-elles encore moins, toutes les analogies nous donneraient le droit d'affirmer a priori la possibilité de l'hallucination enfantine. L'enfant rêve en effet : le petit dormeur de deux ans ou même moins pousse souvent de vrais éclats de rire, en souvenir de ses jeux et des amusements de la veiile, ou des cris douloureux, comme sous l'oppression d'un songe effrayant. On le voit sourire, comme à une apparition qui l'égaie. Plus tard, il parle, il gesticule. Quoi qu'en dise Tiedcmann. ces manifestations de l'enfant endormi ne sauraient s'expliquer par la seule irritabilité mécanique du corps : elles s p* posent un léger travail de l'imagination et de la mémoire, de fugilives impressions qui traversent le cerveau.

Quand on veut raisonner exactement sur la nature de l'enfant, il ne faut pas craindre de chercher chez l'animal des points de comparaison. L'homme enfant, en acte, sinon en puissance, est sur bien ili's points ce que l'animal restera toute sa vie. Ce que l'observation duL-ouvre chei l'un peut avec vraisemblance ôtre attribué à l'autre.

L'ÉTOLCTM»! INTELLECTUELLE.

Or l'animal pr^sentp parfois dans soo état meatal àe yéritables Mies I, poar nous eo tenir au sujet qui nous occupe, des phénomènes lall ne i Halo ires. De récentes expériences établissent que le chien, mr exemple, doul on savait déjiï qu'il rËvc, qu'il aboie en soDge, neut aussi étn^ In rictiiue de (' hallucination. Le D' Magaan, en injectaul de l'alcool dans les veines d'un cbien bien portant, a vu naUre ;hei l'animal de sauvages accès de fureur : le chien se dresse, aboie furieusement et semble entrer en lutte avec des chiens imaginaire»; apris quoi il s'apaise et rentre dans sa quiétude, tout en grognant encore une ou deux fois.dauslailirecliondeson prétendu ennemi (I). Il est arrivé qu'une imprudence, un hasard, a déterminé chez des enfonts des désordres analogues, de manière ù fournir la preuve di- 'recte de l'cxisteBce dea hallucinations enfantines. L'absorption d'un igubslance toxique a pu Jeter un bah}- de quatorze mois et demi dans un état singulier, voisin de la folie, et où l'hallucination jouait son riMe. Le cas a été signalé par le D' Thoré dans les Amiales niidkopsychologiques (2}, Une petite Glle de quinze mois avait avalé, en l'absence de sa mère, un nombre considérable de graines deDaiura ttramonium. Presque aussitc^t, l'enfant enlra dans un étal d'agitation' qui eiFraya beaucoup ses parents. Le médecin appelé fit les coDslatations suivantes : v Un grand changement était surveni vision; l'enfant semble privée de vue; elle ne regarde s objets qui l'entourent et ne fait aucune attention à ceux qui lui plaisaient et qu'elle réclamait habituellement. On lui présente uns montre, ses jouets ordinaires : ils n'attirent pas son attention ; ta» dis qu'au contraire elle parait à la poursuite d'objets imaginaires, placés à une certaine dislance d'elle, qu'elle cherche à atteindre) en allongeant à chaque instant ses bras, et à saisir avec la main, EIK se soulève même eu s'appuyant sur les cdtés de son berceau, coiami pour s'en rapprocher plus facilement... Elle agite ses mains danf l'espace, comme à la recherche d'objets qui s'envolent. »

Dans le cas que nous venons de citer, il y a évidemment aul» chose que des convulsions désordonnées. Par ses mouvements rf pi'' lés dans la même direction, l'enfant manifestait bien qu'elle étailll jouet d'une vision imaginaire ; obsédés par des images subjective} ses yeux ne voyaient plus les objets réeU.

(1) Voyez le» Archives de physiologie normalf et pathologique, mars et niiii ISl (S) Voyeï le uiimolre intitulé : Un mal sur lea hallucinations dans la pri " enfûnee, par le D<' Tuoni {Annales midieo-psi/chologiquet, IS&8, I, p. 72-79.)

LE SENTIMENT DU MOI ET LK PEUSONNALITE. 3j9

serait que l'enfant ne peut s'élever à l'idée supérieure du moi, Lea vioî secondaires, correspondant aux domaines aensilirs isolés, ne sont pas encore Tondus chez le jeune enfiinl ; il n'y a pas unité, parce qu'il lui manque encore les liens organiques ; traduisez en langage psychologique : il lui manque encore la faculté d'abstraction.

Nous restons convaincu tout au contraire que l'enfant est capable d'assez bonne heure de se connaitre, de se distinguer comme une personne, et cela parce qu'il est en réalité une personne. L'idée du moi n'apparaît que le jour où le moi est constitué ; or, le moi se constitue, dans la mesure que comporte la faiblesse intellectuelle de l'enfant, lorsque les états de conscience successifs ont été reliés par la mémoire, et une fois constitué, il se développe et se fortifie loraque l'activité volontaire est venue animer la conscience.

Le point de départ de l'évolution de l'idée du moi, c'est évidemment le fait conscient. Mais une multitude de faits conscients se déroule bien avant que le moi apparaisse (i). La conscience en effet, ou pour parler plus exactement, le fait d'être conscient pour un phénomène quelconque, ne constitue pas essentiellement pour ce phénomène l'attribution au moi, et n'entraîne pas ipso fado la distinction du sujet et de l'objet. On pourrait soutenir que ces états de conscience, ces sensations et ces perceptions, malgré la diversité des objets qu'ils présentent à l'enfant, ont tous un caractère commun,

que nous avons citée trois lignes plus ba.ut : - U n'y a. de forêt que s'il y a des arbres ", — que le moi est comme la forf^t, la somme de tous lea ûlëtnenta qui la composent. 11 y a, il faut en convenir, quelque obscarité dans le langage do M. Preyer.

(1) « Ce n'est pas la conscience que nous dénions bu nouveau-né, c'est la conscience du moi. Il est Ëvidcnt qu'il a des sensations, lasi» il ne les localise pas.,. Sans doate les sensations qui proviennent de points ditTi^ronts du corps doivent avoir chacune un caract£re apéciai ; mais pour apprendre à les distinguer et â les attribuer à un point plutôt qu'à un autre, une longue expérience est iniJisiipnsEible ; la fréquente répétition de ces sensations doit rendre possible leur rcpioiluctiiiai subjective associée à l'image de la partie du corps dont elles proviennent. L'enfant ne peut donc arriver que peu à peu i se former une topographie de plus en plus cooiplète de son propre corps. Or, comme toutes les parties de noLre corps sont mises en communication entre elles au moyen des centres nerveux, comme ceuxci reproduisent subjectivement l'image du plusieurs de ces parties ou de leur totalitÉ, lorsqu'une seule est excitée, comme enfin celte repi'oduction est nécesanirement la plus fréquente de loules, le 7noi prend l'habitude de se conaid&'er comme un individu, comme un tout un et indiuisil/le. Mais pour qu'il ait aussi ^g le aenUment de la continuité du moi, il faut que la uii^moire soit Arrivée à un haut ^L -.degré de dËveloppement. ce qui ne peut arriver que beaucoup ^lus turd. u (1[gii/£N, ^■Arau« philos., IB78, li, p. ;)S0,

33ft

L'EVOLUTIOti INTEUEGTUELLE.

élmngeWs de la folie. 11 y a une solidarité profonde entre lîi ps;cbolu)(ii? morbide el In psjciiologie normale. Et peut-être, si la sciewe de l'Hliénalion aicnlale. malgré les beaux travaux de ce siècle, nVil pa» arrivée à débrouiller ce qu'bisquirol appelait ■ le chaos des mi- 9i>n;a humaines », c'est qu'elle attend encore que la psychologie lui fournisse une deâcripliua exacte des facultés morales, surtout une analyse précise de leur développement naturel.

Dans le cas particulier qui nous occupe, il est certain que les Tait'^ les plus communs de la vie enfantine peuvent nous aider à comprendre commeul se produit Télat irrégulier de l'hallucination Rien de plus actif, de plus vivant, que le travail de l'ioiaginalion dûs lf-8 premières années, Précisément parce que la rêfleiiim ne lui apporte pas de correctif, et parce qu'elle n'est pjts gh'r comme elle lo sera plus lard, par l'abondance des idées, l'imaginaliwn Durantine s(? représente les choses avec une vivacité inouïe. Heno;i un enfant dans un magasin, dans un appartement qui! n'a jamais vu : ses yeux qui furctlent dans tous les coins, auront hii'n vite reconnu tous les objets, et, après une inspection même rapiJfi, sa Dicnioire gardera le souvenir Sdéle et précis des détails les pliijj insignitiants. Comment s'étonner qu'un être doué d'une telle proiu liludo d'imagination en vienne aisément à confondre ses conceptjM et ses perceptions, les images et les réalités 7

Le cauchemar, qui est comme l'hallucination de ITiomme endonj a été fréquemment observé chez les enfants, et ces illusions fl sommeil se continuent pendant la veille, i- Des enfants, dit J D' Thoré, au moment où ils se réveillent, les yeux déjà parfailenK ouverts, voient très distinctement, auprès d'eux et lo plussowJ sur le mur, se dessiner des objets plus ou moins effrayants et qua décrivent aussi bien que leur intelligence le permet, h Parfois ■ contraire le réveil efface entièrement les impressions de lao! « L'enfant, dit M. Maudsiey, se met à crier tout endormi; sesyi sont ouverts; ses membres frissonnent de peur; il ne reconaBll|ij les parents ou les amis qui veulent le calmer... Mais le m&lin,ili se rappelle plus la frayeur qu'il a éprouvée (1). *

On remarquera que les hallucinations de la vue sont les plusW quentes chez les enfants. C'est que le nouveau-né est tout veul avant d'Être tout oreilles. Le D" Berckbum rapporte cependant fo''' 1

(1) Macoblet, (

prVciliVin d'un i^nTant de trois ans. all.cint d'uni; h;dlni-i nation de iuVe (1).

Vais. S0U3 quelque forme qu'elle se présenle et quel que soil le

i affecté, l'hallucination n'est qu'un élément de la folie, une

é partielle. Chez renfant, comme chez l'homme mûr, l'aliénation

Ba perception extérieure peut coexister avec la sanlé générale des

1res facultés et n'être suivie d'aucun autre symptôme délirant. Il

s reste à montrer que les folies générales, auxquelles l'hallucina-

n peut se mêler, mais qu'elle ne constitue pas, qui atteignent

rit tout entier et que compliquent les plus graves désordres, ne

joDt pas non plus épargnées à l'enfance.

C'est la manie, c'est-à-dire l'incoliérence el le délire des idées, l^tation furieuse ou la divafjalion iii> la pensée, qui paraît être Ktorme la plus habituelle de la folie intellectuelle chez les en- Sur ce point la plupart des observateurs sont d'accord. ID' Delasiauve (2), le D' Le Paolmier, dans sa thèse intitulée ptff'ections menlahs chrz, les e-nfanU et en ptirliculicr de la manie (3), f Morel(4), déclarent que la Tolie se traduit le plus ordinairemeat i enfants par l'excitation maniaque, ^oici les cas les plus remarquables recueillis par les aliénisles. W citerons d'abord l'observation très complète du D' Châtelain, pa eu l'occasion d'étudier lui-même une enfant de quatre ans et tiques mois, fille de cultivateurs du Jura. Deux causes surtout, î toute physique, la rougeole, l'autre morale, une vive frayeur rlavue d'une pompe à incendie.avaientagi sur lafaibleconsption de l'enfant et avaient déterminé l'état hii'.arre dont elle snufn Louise, dit le D' Châtelain, est '< drâle », singulière, distraito; t répond de travers aux questions qui lui sont adressées... Un a père lui dit do lui apporter sa poupée ; elle va la chercher, kfs ne rapporte rien, tout en disant : <■ La voilà •> ; la main et le B font le geste d'une personne qui donne quelque chose, maïs la aestvide... Depuis quelle est malade, son caractère a sensibte-

n Voyn Annal-:! méJicO'piijuhol-igigues, ISfi7, 1. 1, p. 321.

^ Ikid., 1Bfi5, 1. p. 557. Foiinc maniaque spitiaU chez tes en/ h) La thèse de .M. Lp Pauhiiicr dntc àe isau. M) Voj-M Anrtalei -inka-pas/chaasiquei, 1810, II, p. ÎCO-ÎGO.

L'KVOLITIOX tMELLECKELLK.

ment ctiang<V : elle a coRi|ilèt4>mPDl )>ordu la timidité naturelle h ?nn Age. l^n pit^soncc ilf dfiux (n^cli.'cini> qui tai sont inconnus et (|ui l'csftoiiDent, pIIc a'éprouv-» aucune crainte, aucune gène. Si on lui bit uoe question, elle répond vivement sans aucune hésitation, mab elle rOpond & faux. » Et l'observateur rappi^rte tout au long une conversation qui témoigne du dc^sordre complet des idées, che?. une enfsnl d'ailleurs très inlolligt-nle et dont la maladie ne peat élrci confondue avec l'idiotie.

L'exemple qui précède nous offre un cas de manie calme, [raoqiiillp. Cependant la petite fille en question éprouvait aussi de? accès de manie furieuse, manifestés par un besoin violent de mouvement, par des pleurs et par des cris, par des menaces de mort proférées contre ses parents. D'autres fois, l'agilation est le caractère permanent de la manie enfantine. i On voit, dit Griesinger, cher-de^ enfants de trois ou quatre ans, des accès décris, avec besoin de frapper, de mordre et de détruire ce qui leur tombe sous h main ((). .

Chez les enfants un peu plus avancés en âge. tes cas de folii? maniaque deviennent plus fpéqucnls encore. Le D'' Morel cite une enfant de cinq ans qui, à la suite d'une émotion dé pour, tomba dan^ un état n de turbulence continuelle et d'exacerbalion maniaque [i] » Sous le nom de monopalhie fw-v-usi:, le D' Guislain signale uni! maladit? du même genre, cheï uno petite lille de sept ans : ici le principe du mal était un coup reçu à la tète (3), Esquirol parle d'um' enfant de huit ans qui fut atteinte de manie, b la suite d'une fièvre typhoïde. El comme les causes morales alternent toujours avecles causes physiques, dans ta génération de la folie, nous trouvons chei Fnville l'observation d'un garçon de dix ans devenu maniaque poui' avoir fait trop de lectures.

Ce qui est remarquable, c'est qu'à ces exemples si nombreui: lif manie enfantine, dont nous pourrions encore prolonger rênumeration, l'observateur ne puisse ajouter un seul cas de monomaoîe. La fixité des idées folles est tout aussi incompatible avec la manie di" l'enfant que la fixité des idées raisonnables avec son état normal (ttJ

[I) Ghiesinoïk, Piilliiitùgie imd Thérapie der psydiischeit Kraii&heilin, i' l'JH

(S) M(iRE[., op. cit., p. 103,

;3) Diclionnaii'eile TTiriit^ne, 1859.

(i) " La mobilitû de l'eiifanoe est telle qu'un ordre tlclenuinè il'iilûe» li^linilB

LA FOLIE CHEZ LES ENFA.NTS.

La pplite folle observée par le D'' Châtelain changeait sans cesse de pensée, a Ordinairement une idée quelconque la prÉoccupail excluâivement pendanl un jour ou deux, puis s'effaçait, pour céder la place à un autre. » La monomanie paraît être au premier abord un signe de grande faiblesse intellectuelle, puisque alors toutes les idées, tous les sentiments, sont comme annihilés devant une seulepensée, devenue souveraine maîtresse de la conscience. Etcependant,si l'on y réiléchit, la monomanie suppose une certaine force de l'intelligence, une certaine puissance de concentration, puisqu'elle est un délire tout à fait systématisé. L'enfant, avec la mobilité et l'inconsistance de ses idées, avec ses impressions tlotlantes et encore mal établies, peut facilement délirer, c'est-à-dire passer d'une idée à une autre sans suite et sans raison : mais il semble qu'il n'y ait pas chez lui celle aptitude morbkle h grouper d'une manière permanente toutes ses facultés autour d'une seule conception folle. Voilà pourquoi, sans doute, le désordre intellectuel se manifeste chez lui par la succession rapide et incohérente, par la fuite incessante des idées, courant éperdues les unes après les autres, pUitùl que par la concentration obstinée de toutes les forces de l'esprit dans une même direction.

Quant à l'évolution de la manie chez l'enfant, il est difficile, dans l'i^lat actuel des observations, d'en écrire avec précision l'hisloim. La terminaison varie : c'est tantLilla mort qui survient assez vite, tantôt l'idiotie qui succède pour toute la vie aux accès délirants, tantôt et assez fréquemment la guérison qui rétablit l'ordre et la paix dans ces petites âmes un instant troublées. La plupart des petits maniaques soignéspar leD'Delasiauveetpar le D'LePaulmier ont guéri dans un espace de temps assez limité.

Le trait le plus caractéristique qui ressort d'une étude encore incomplète, c'est l'apparition fréquente, chez les enfants atteints do infinie, de véritables crises extatiques, de ce que M aud s lu y appelle la ■ lie calaleptique (cafaleploid imanUy). Rien de plus conforme d'aili.'urs à la logique de la nature que ces périodes de rémission, pour ainsi dire, de calme et de sommeil de l'Ame, succédante des périodes d'agitation et de violence. L'enfant reste pendant des heures, pendant des jours entiers, dans une sorte de contemplation mystique : kl turbulence et la loquacité sont remplacées par l'immobilité et la

ri'- peut pas, àcatftg^is' n lin âge plus avuricii DocHic. l'urU, I8(li, p. I

[ umun

SBLU

Btnpeur. Lt-i» youv sont fixes, le regard méditatif (1). Dana cerlains cas, il esl vraisdiihlatilo qu<: dus ]i;illui.'iiiiiliiias cxpliquenl l'altituda immobile et la posp attonUvo de l'enfant extaliriuc. La petite folle du D* Châtelain •■ paraissait voir et entL-ndre des choses qui n'existaieal \ pas... De temps en temps elle piï'lail nuhilpment l'oreille, d'un cAlé où personne n'avait parlO, et (écoutait attentivement pendant quelques secondes, " Dans d'autres cas, il est probable que VenfanL, comme il arrive à tous les extatiques, tout en ayant l'air de penser beaucoup, ne pense absolument a rien.

On a le droild'espércriiuela science, dont l'attention est dêsormaB éveillte sur les phi^nom^nes mi)rbidt's, sur U's i^lats anormaux de b conscience des enfanta, arrivera à déterminer, avec plus do ppÉcisioa^ que nous ne pouvons le faire encore, les diverses formes di ptdc9 troubles do l'intelligence, dans les premières années de l'existence. Mais ce qui est certain d'avance, à raison des lois qui président au développement desfaL-ullés, c'est que les observateurs auront plUl souvent A constater des cas de folie morale que des cas de folio inlrf' lectuello proprement dite. On sait ce que les aliênistes appellenl folie morale, aiïeclivâ ou impulsive, qui u'est quelquefois ^elt traduction dans les actes du désordre de l'esprit, mais qui, dans d'autres circonstances, par une scission bizarre des faculLés, porte que sur les penchants, sur les instincts, ne pervertit qua II volonté, en laissant rintelligonce intacte. Il esl évident qu'une fallt de ce genre est plus appropriée qu'aucune autre à la nature de l'en Tant. La manie elle délire altèrent le jugement, le raisonnement:!: le jugement esl acquis, le raisonnement est acquis. Il faut quelqM temps pour que l'eafaot apprenne A raisonner : il faut quelque lëmpft aussi, par conséquent, pour qu'il puisse déraisonner. Mais la toUS morale alTcete les penchants, les instincts; et tout cela est inni immédiatemeut transmis par rbérédilé; tout cela aspire à agir, di! les premiers jours de la vie. Comment s'étonner par suili! fl*

(I) Voyez Annules mcdico-psyc/iolo'/iqiies, ISââ, I, p. 527. Ferme monirtjw eiale chet le: enfants, com m tini cation du D' Delasiaute. L'i m mobilité u'ral l'attitude exclusive de ces extatiques : " Cbeit quelques-uns de ces niiu)iru|iM)l: y a une jactitation lente et cadencËo, à la Caçoii de Polichinelle. Ln pliipartij Toulttiil pas ttre soustraits à l'entralnetnent de leur pensée, seinblent ' "* aux pnroles qu'on leur adi'essu; d'autres y rfpoudentpnrde vngiies muaosjIW des gestes ou un sourîi-c ironique décelant l*irieci-[iludc. l.ea crises enlin ptul filre entrei^otipties pai' la turbulence et des ciis, cvidcut rOsultat de sensaU fantastiqueii ■ m

LA FOLIB CHEZ lES ENFANTS.

Wqo rencontre si souvent chez les plus jeunes enfants des tenmces morbides, des itnpuIsioDS maladives, qui déterminent les

s les plus extravagants?

Le D' Renaudin mentionne un enfant, d'une inlelligence ordinaire, ht la pensée ne manifestait aucun délire, aucune incohérence, mais I était sujet à une véritable folie dos actes et de la volonté. La .die procédait par attaques d'une irrésistible violence, auxquelles ^respondait toujours une complète insensibilité de la peau. Intera mauvaise conduite, l'enfant gardait le silence, nu bien {pondait qu'il ne pouvait se maîtriser. La violence était telle, ajoute ^servaLeur, que « nous ne doutions pas qu'elle put aller jusqu'au ^urtre (!) ».

a autre exemple de folie impulsive, à tendance homicide, noua t fourni par Esquirol (2). 11 s'agit d'une petite fille de sept ans et '., qui, ayant conçu une profonde aversion contre sa belle-mère, î celle-ci l'eût toujours traitée avec douceur, essaya à plus reprises de la tuer ainsi que son jeune frère. Son père la mêla faire mettre un prison: « Cela n'empêchera pas, lui J-elle, que ma mère et mon petit frère meurent et que je les tue ! » 3 à une sorte d'interrogatoire, voici quelles lurent quel- Eies-uues de ses réponses :

I « D. Pourquoi voulez-vous tuer votre maman 7 — R. Parce que je ^l'aime pas.

I D. Pourquoi ne l'aïmez-vous pas ? — R. Je n'en sais rien. « D. Vousa-t-elle maltraitée? — R. Non...

H D. Vous avez un petit frère? — R. Oui, Id D. 11 est en nourrice et vous ne l'avez jamais vu? — R. Oui, t« D. L'aimez-vous ? — R. Non.

L« D, Voudriez-vous qu'il mourût? — R. Oui.

! D, Voulez-vous le tuer? — R. Oui. J'ai demandé à papa de le re venir de nourrice, pour le tuer. »

^ans doute, dans ce dernier exemple, on a affaire à une volonté linelle plutôt qu'à une véritable folie. Cependant robstinalion , l'enfant, son altitude pleine de sang-froid et de cynisme, feaence même de motifs suffisants pour expliquer chez elle l'idée ï du meurtre, tout autorise ù. considérer sa perversité comme un s de pathologie mentale.

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