‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 75 sur 76 · L-ETOtl-TKM IXTtLLEartLLE · texte numérisé non relu

L-ETOtl-TKM IXTtLLEartLLE

Le D* Prichud. qui. comme od ï«U. a le premier délerminé avec

' Bcllelê les canctèr«s de U folie morale [moral imanili/), cite l'obserT:

lioaMdTuiU : ■ Tne Sttet(« detept ans s'était montrée, jusqu'à ceUge

doacv, gaie. alTcctuessc, très intelligeole, lorsqu'elle fol reoTo;éeuhe

t cU« par ses maîtres, à cause du (^rand changement survenu dans st

I eondDile. Elle élaîl devenue (grossière, iadocile, ingouvernable.

[ appétit ft'éUûl penerlt an point qu'elle préférait les légumes crus 1

i ea nuarrilnre Iiabitnelle. Sa sanlê s'altéra. Seules ses facultés ïakV.

lectaelles échappaient au mal. I.eofanl do reste guérît au bouL it

deux mois (!}. ■ C*-! exemple est particulièrement tntéressanl, pitrc

qu'il nous montre la folie morale envahissant soudain un caractéi

, jttsqne-U bien rvglé, une intelli^rence déjà éveillée, et procédait

f P«r accès passagers, à la façon de la plupart des maladies pliy^

qoes OB mentales.

Il serait trop long de reproduira ici tous les cas de cara^rtères ma ladivement viciés que présente l'enfance [i].

Sans vouloir faire d% tous les espiègles des Coqs, sans imputer la folie toutes les bicarreries de la sensibilité, nous n'hésiterons pi A din. «t l'arl de r^ufatioD doit en faire son proBt. quë 1<-è excfti Incités des enfants ont souvent un principe morbide. J. Criclilo Browne a recueilli des faits de kleptomanie, de pyromanie, de dîps manie, de panlophobîe, chez de tout jeunes enfants (3;. La œéchai ceté acquiert souvent de telles proporlions, dans ces débiles nature qu'elle doit être considérée plut<ït comme une maladie que comii un vice. Browne raconte l'histoire d'un jeune gentilhomme S qui était animé de tels insUncts de cruauté que, pour l'occuper, si , père dut le renvoyer à la campagne et lui donner les fonctions boucher chez ses fermiers. Son plus grand plaisir était de tuer,

(1) PmcHiRD, On insanay, IS3,i, p. S5.

IJj Citons encore lei observations suifantes, qui appartiennent a lu m^nic c gorie : 1° Une fillette de huit ans, dont les senljuieuts nflectifs avalent suliî perverùon complète; on lui enteod^t souveutdire que, pour avoir les vétenia de sa grand'iaère, e&e In tuerait. Peu à peu, celtf jcime ûlle guûrit, et il ne r d'autre trace de son ancien état qu'une propension à la ti^stesse (Vovei An» médic.-piycfiol., iseï, I, p. 331); !" uagartioo de six ans, observé par JamMl {voyez le Journal anglais, The Lanetl, 2i mai lgG3\, qui Tujait les citressc» de parents et n'j répondait que par des accès de violence. Sa si£ur vint à Ulol

I l'enfsnt mît le feu au berceau oit reposait le caitavre de la pauvre morte.

I goOt Était complctcment dOpravu et poruissait a'accouunoder de sel et d'arîtl

I poisson.

f (3) Voyeï The Journal of mental tcience, avril I8M).

LA FOLIE CHEZ LES ENFANTS, it martyrisant, des poules el des lièvres. Lorsque les ouvriers dressent des échaPaudages pour travailler à. leurs construclioni, Hifant s'ingéniail de toutes les manières possibles pour les faire mber (1).

I On voudrait croire tout d'abord que la folie suicide ne fait pas de letîmes parmi les enfants. L'idée de la mort volontaire et le carace l'enfance semblent incompatibles. Comment est-il possible que e à peine créé aspire à se détruire, à se renier lui-môme, que ^tinct de la conservation ne sorte pas victorieux dus crises ^quelles est soumitie la sensibiliti^ cofanllue? Et cependant les ■tistiques prouvent que le suicide de l'enfant, quoique rare, n'est , tant s'en faut, un fait exceptiounel. C'est que les douleurs ujériles. que notre indifférence dédaigne trop souvent, peuvent Kleindre un degré de vivacité inouï. Nous ne savons pas comprendre B enfants ; nous jugeons d'eux d'après nous-mêmes. Nous ne nous i^idons pas compte que des causes futiles peuvent développer,' ins ces cœurs naïfs, des émotions violentes qui égalent nos plus Randes douleurs. Ce qui est une égralignure pour l'homme fait Kvient une profonde blessure pour l'enfant. Nous ne nous imagi- 5 tout ce qu'il peut y avoir de colère ou de frayeur dans les Eurs d'un enfant, tout ce que son altitude muette recèle parfois ftagoisse et de désespoir. Comme le disait déjà Malebranche, « une nme et des dragées font dans le cerveau d'un enfant des impresklDs aussi profondes que les char)^es et les grandeurs en font dans bIdi d'un homme de quarante ans u. Il en est de l'àme des enfants me de l'esprit d'un homme endormi, où les plus petites sensa- ( se transforment et acquièrent d'énormes proportions. Des lODderies trop dures pour une faute légère, une déception subite 1 plaisir promis ou pour une récompense attendue, des imns trop vives devant un spectacle qui nous laisserait froids, B la plus frivole enfin peut trouhler assez profondémeut l'en- Tanl pour le déterminer à cette résolution extrême du suicide, qui contient toujours quelque chose de morbide.

On consultera avec fruit sur ce sujet l'étude publiée, en 1835, dans

Icri Annales mfdko-psijchohgiques, par le D' Durand-Fardel (2). L'au-

( I ) Le D'' Paul Monii,tu cite im enfant du quntrp ans qui s'nrma d'un couteau et,

Ro {jcnchnnt sur le berceau d'uu nourrisso a tli: dixuiois, lui lit A In liKure d'atrures

luulilatious {pp. cit.. p. Î&B}.

('!) Aimaks meilieo-psyt^hologiguts, ISô'i, 1, p. SU'ii. binde sai' le auiciiie dits Ua cfi/anbipar le D'Max. DobaiukFahdiu,.

t.'KVOLUT10?l INTELLECTl^ELU.

leur y rappnrt(> plusieurs exemples de suicides d'enrants. « Nonj avons réuni nous-mëine, dit-il, 21) exemples d'eiiranlssuiddêsajant de 5 A 14 uns. 1 avait 5 ans, i, 9 ans;â, 10 ans; 3, 11 aDs:7, M ans: 7, lit ans; 2, 14 ans. " Les Comptes gfinéiaux de lajustkeainiiiuUe. de 183Ô & 1844, établissent de leur cAté que, sur ^,760 suicides observés an France, 129 ont eu lieu avant l'âge de IG a

La pnigrcssion Talale iiu'on a constatée dans le nombre des suicides, et qui parait éti-e la loi des sociétés vieillies et des civiUaatioos avancées, est vraie pour tous les &ges. A Berlin, de 1788 à 1797, oa ne comptait qu'un seul suicide d'enfant ; de 1798 à. 1B03, la slalis* tique en signale 3; de 1812 à 1821, le chiffre s'était élevé à 31. Es France, de 1871 h 1875, il y a eu 173 suicides d'eal'unls de 7 t Ifi ans {!).

L'étude des causes du suicide est toujours navrante : chei li Tants, elle est particulièrement instructive et curieuse. Rien de pliW futile parfois que les motifs qui agissent sur les faibles cervelles dc ces suicidés de huit ou dix ans. Un garçon se tue de chagrin la neuvième année, parce qu'il a perdu un oiseau favori ; un auLrft vers le même âge, parce qu'il a èié le liouiiëme dans sa classe. DïBI d'autres cas, les causes sont plus graves : lu froissement des a lions filiales, un précoce sentiment de l'honneur déterminent ta mort volontaire. Des enfants se sont tués, parce qu'ils avaientperd leur mère, parce qu'on les avait appelés voleurs. Les mauvais traiti monts, les réprimandes sévères, les punitions agissent plus souva encore et dégoûtent l'enfant de la vie. Dans certaines circonstancsi la cause du suicide reste mystérieuse, et c'est alors surtout que 1 résolution suprême peut être attribuée k une impulsion morbido^ folle, plutôt qu'à une inspiration réfléchie. Esquirol cite un en(aii| qui, avant de se tuer, avait écrit ces paroles bizarres. évidenuuoE empreintes d'exaltation maladive : " Je lègue mon âme à Roussel! et mon corps à la terre ! » Un autre attente à ses jours, parce qui n'a pas assez d'air pour respirer à son aisel...

Une observation intéressante est colle des suicides qui n'ont et accomplis que dans l'ôge mûr, après avoir été tentés à plnsiflM reprises dans la première enfance. Esquirol mentionne une fenui qui avait essayé de sa noyer à neuf ans, el qui se jeta de noDTBIi dans la rivière à quarante. « Je connais dans ce moment, raconU

(1) Voyez P. MoiiEAu Ida Tours)

La FDLÎB chez les GNl^ANtS.

Gall, une demoiselle très ÎDslruite et bien élevée, qui déjà, à l'Age (le quatre ou six ans, quand ses père et oicre renfermaieut pour la punir, avait conçu l'euviu de se d(5truire. Elle attend toujours la ciiort (1)... "

On ne saurait trop le répéter, pour la folie suicide, comme pour riiallucioation, comme pour les diverses formes de la folie, le germe du mal qui éclate à un monienl donné, à l'âge de la maturité, couve longtemps inaperçu pondant les années de l'enfance et de la jeunesse. Il y a une éducation de la folie, si je puis dire, comme il y a une éducation de la sagesse; et les manifestations morbides des esprits troublés, fi part quelques exceptions, no s'improvisent pas plus que les œuvres les plus parfaites des iatelligences bien ré|;lées.

Nous avons montré que la plupart des formes de la folie se rencontraient che7 l'enfant, que sa sensibilité et sa volonté pouvaient i!lti-e atteintes, comme son intelligence, comme sa perception exlé-

I ifture, comme son activité musculaire. Seulement l'enfant, n'étant pas capable de mettre immédiatement en jeu dans la plénitude de (furs forces ses facultés mentales, il y aura, chez lui, comme une i'\nIutîon de la folie, une succession des diverses espèces morbides, depuis les convulsions des muscles et les hallucinations des sens jusqu'au délire de l'intelligence et de la volonté ^2). Déplus, et pour

II même raison, les types essentiels de la folie, qui sont de tous les ;\l,'C3, ne se produiront dans l'enfant que sous des formes adoiiciea cl de moindi-e proportion. Ils présenteront les mêmes symptômes (jnc chez l'adulte, mais en raccourci. Nous avons déjà eu occasion de dire ailleurs que les opérations mentales, ii l'étal normal, difl'épaient de l'enfant ii l'homme, plutilt en quantité qu'en qualité; le raisonnement est moins puissant, mais il procède do même ; l'imaginatioa n'a pas la même envergure, mais son vol est le même. Eh bien! il • ri est de l'action irrégulière et désordonnée des facultés de l'enfant ■ oiiime de leur exercice normal : on y démêle déjil, comme eu ..liiégéet en petit, les perturbations qui caraclérisenl l'aliénation

(I) Gall, Sur 1rs fbncliotis du cerveau, 18SS, t. IV, p. 33B.

(3) • Ln folie systi'iniitisi^ti ust rxtrêuiement rare dnns reafance, parce i|ue U 1 OL'l h-^v, ii'csl \ms cni'nre asseï di-velonpô pour iiciuvoiv prêseotec une [lui'vi; jHrable tt radicule - iMoheau. p. !9Sj.

L'ÉVOLUTION IMTELLECTUELLB.

' do l'homme Tait. La folie du l'enfanl esl l'image afîaililie, uiaisl'U

I iDSgc exacte, ilo la l'olie de tous les âges.

Il n'est pas question cependant de retrouver dans la nature en-

' fantine toutifs les variétés de la folie, toutes les combioaisons biiarres, tous les amalgames fantasques, auxquels peuvent doaner

' lieu, dano un ctjn-eau détraqué, les divagations de l'iotelligenue et le dtfrtiglement de lasensibiliLû. Ce qu'on trouve surtout chezlenfaot, eu sont, si ]e puis dire, les éléments de la folie, hallucinations, délire'. simple, impulsions maladives; éléments dont la nature se servira plus tard pour ourdir le tissu de tant da formes douloureuses ti' compliquées de la folie. L'enfant échappe, naturellement, aux aliénations que détermine l'alcoolisme (1), à celles qui proviennent de 1'»bus des passions, à beaucoup d'autres encore. Certaines pknles vénéneuses ne croissent que sur des terrains appropriés. Ityiiile. même des folies liées à certains étals sociaux, à certains degrés d* civilisation ; il y a aussi des folies contemporaines de tel ou tel <i|çe. Remarquons d'ailleurs que les aliénistes de notre temps cèdent' peut-être à une tendance fâcheuse, quand ils multiplient sans n site les espèces morbides, quand ils subdivisent iDdéiiniinenl leitP

sujet et fondent sur d'impcrcepLîbles nuances des catégories n velles. La science de l'aliénation mentale attend encore son Darwin un Darwin modéré qui dans la multiplicité des faits établisse u petit nombre de points de repère et ramène à l'unilé les espèces ï tort distinguées. Le jour 0(1 aura été fait ce travail de réduction el' de simplidcation, nous sommes certain qu'on reconnaîtra plus aisément encore qu'aujourd'hui chez les enfants l'existence des formes principales, des formes typiques de la folle.

En attendant, ce qui importe le plus, c'est, tout en examinant les faits en eux-mêmes, d'insister sur les causes qui les produisent. Importante à tout âge, l'étiologie de la folie l'est particulièrement pnur l'enfance, parce que dans une nature encore jeune, dont l'édacaliop n'est pas faite, dans un cerveau encore tendre, dont le développe* ment n'est pas complet, le remède du mal est peut-être plus fucilo à trouver.

Les causes de la folie sont infiniment variées, comme la folie ell§ même. Comment s'étonner qu'un fait aussi complexe, qui parcouï toute la gamme des sentiments humains, qui altère séparémentcb»:

à CL'lles quo lui c oui m unique parloi» Vtà jQs cité des exemples.

qup partie de l'âme ou tontes les parties à la fois, qui est toujours méUi d'^lùnients physiologiques et d"(?léments moraux, qui est conslilué en même temps par une lésion organique et par une affeclion rtienlaie, soit le résultat d'une multitude de principes? Ces causes sont tantâl morales, tantiM physiques. Les aliénistes admettent f:our la plupart la prédominance, cl cela dans une proportion assex L-onEJdérable, des causes morales. Pour la folie de l'enfance, nous ci'oirions volontiers, à raison de la nature d'un élre oCi la vie morale ost û ses débuts, que le rapport est renversé et que les canses pliysi- (]iies prédominent.

Voici quelques exemples de désordres intellectuels uniquement d(>lerminés par des aircldents matériels et des maladies physiques: !■>. Enftelken parle d'un enl'ant de dix ans atteint de chorée, et conséculiveraent de déliro, h la suite de l'extraction d'une dent {!) Forbes Winslow cite le cas d'un garçon de six ans, qui fol alleinl do convulsions et pris d'un accès de manie, pendant la dentition (2). Nous avons déjà relaté l'observation d'un enfant qui devint maniaque il la suite de ta vaccination. Chez d'autres, la folie succède à la petite vérole (3), à la fiûvre typhoïde (4). Guislain a observé une petite lille de sept ans, dont les accès maniaques furent provoqués par un coup reçu i la tèl.o. « L'exemple le plus frappant d'aliénation mentale chez les enfants qu'il m'ait été donné d'observer, écrit le D' Morel, est celuid'une petite lille de onze ans, qui, après la i-épercussion d'une maladie du cuir chevelu, éprouva des accidents clioréiques, et donna bientôt le spectacle d'une vérilublo fureur maniaque (3). » Les lésions matérielles et le développement anormal du cerveau sont aussi, che?. l'enfant, comme à tout ftge, des causes de folie. Ideler mentionne une fillette do onze ans atteinte de mélancolie et dont la léle avait un volume exagéré (6). Le cerveau des enfants est normalement d'une mollesse excessive ; et bien qu'il ne faille pas assimiler l'enfant et le vieillard, — ce qui serait, seloa les expressions un peu trop poétiques d'un alléniste dislingu<^ [7),

^|) Allgcmeîne Zeitschrifl /Or Ptijchialrie, V, p. 373.

(3) Ibiil., Vin, p. 380. » La première dentition, dit EsquiruI, en cnuaarit des coiiïtilsions aux enrnnts, les prûdispose à la folie. * (3) FovrtLB, DMionrtaire de médcvinc, 182B. {il Citi! par Esi]t[irol.

(b) Muhei., Traite lies maluilies oieiitalis, 101. te] Annalta de charité. Bvrlin, 18^1.

(7) IUnaudipc, Éliitl-s mt'dieu-i'it'jc/'olngigiies. ISJi, p. IS.

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