Delegorgue, loc. cit., I
4. Dugmore, etc., Compendium of Kafir lawi and ctnlonu, 38 (cité par H. Maine, in Inttit. prim.), 375.
vont s'asseoir à portée de voix des réclamants. Puis les pourparlers s'engagent, mais après un long silence, accentuant encore le sérieux de l'affaire.
Comme tous les peuples primitifs, les Cafres croient à la magie, à la sorcellerie, et ces idées superstitieuses jouent un rôle important dans leur procédure et dans leur criminalité. Par exemple, pour découvrir un coupable, on s'adresse volontiers au sorcier, qui exige, pour cela, un bœuf, dont il dissèque et interroge ensuite certaines régions '. — Les Cafres en sont encore à ce stade inférieur de développement intellectuel où l'homme ne peut croire à la mort naturelle. Dans leur opinion, l'homme est organisé pour vivre indéfiniment et il en serait ainsi sans les accidents, la faim et surtout sans la magie ; aussi le métier de sorcier est-il chez eux fort dangereux. A la mort d'un personnage de distinction, on cherche et on trouve toujours l'auteur supposé des maléfices homicides; c'est souvent un esclave; parfois un sorcier, un faiseur de pluie bien connu, qui périt, victime de son art même*.
En effet, le bon sorcier, le sorcier utile, est honoré et bien payé; mais le sorcier malfaisant ou jugé tel, est mis à mort. — Nous avons vu que tel est le sort réservé aux empêcheurs de pluie. Si absurde que cela soit, cependant l'on peut déjà voir, dans ce dernier fait, un certain souci du bien public, une conception un peu plus relevée de la criminalité : l'idée du crime social. La même idée se retrouve encore, sous une autre forme, chez les Amazoulous, où il est interdit, sous peine de mort, de cueillir un épi de maïs avant les trois jours de fête destinés à en solenniser la maturité 3, avant le ban des moissons : survivance évidente de l'antique propriété commune.