Ibid
9Î I/ÊVOLUTION JURIDIQUE.
un privilège royal1. Aujourd'hui la justice est rendue, dans l'Emyrne, par sept tribunaux affectés à sept catégories de crimes. On peut appeler des jugements de ces tribunaux devant le premier ministre assisté des membres du conseil. Les juges sont entièrement à 1# discrétion du souverain, qui, s'ils jugent mal à son gré, les peut révoquer ou même condamner aux travaux forcés ou à la confiscation des biens2. Mais, si la justice des Ilovas est devenue franchement royale, leur procédure est encore fortement empreinte de coutumes primitives. La plus importante de ces coutumes est la pratique du ianguin (tangéna). Cette ordalie barbare est tout simplement le jugement de Dieu par un breuvage empoisonné, tel qu'il existe un peu partout en Afrique. Les juges recourent au tanguin, toutes les fois qu'ils sont trop embarrassés pour se former une conviction. Parfois aussi, c'est l'accusé lui-même qui demande le jugement de Dieu. D'ordinaire on commence par opérer sur un animal, un chien, une poule. Si la bête survit à l'ingestion du poison, l'innocence de l'accusé est tenue pour démontrée. Dans le cas contraire, lui-même doit subir l'épreuve; mais auparavant il il lui faut avaler trois morceaux de la peau d'une poule et, après l'ingestion du breuvage, il les doit rendre tous les trois, sinon sa culpabilité est établie. ^Quelquefois, dans les causes particulièrement épineuses, on opère ou plutôt on opérait (Radama a aboli le tanguin) sur deux animaux personnifiant le demandeur et le défendeur. L'animal survivant donnait gain de cause à la partie qu'il représentait3. — Dans l'opinion des Ilovas, le tanguin agissait avec intelligence; en lui résidait un esprit investigateur, un « chercheur de cœurs >, qui, une fois introduit dans l'estomac de