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majesté, ils n'étaient pas tendres non plus pour les crimes ordinaires. Les lois émanant du monarque et le monarque étant un personnage divin, contrevenir à ses décisions était à la fois un délit et une impiété. Aussi ne s'était-on guère inquiété de proportionner le châtiment à la faute; toutes les infractions aux lois, ou plutôt aux ordres du maître, étaient punies avec une rigueur draconienne. La peine de mort était prodiguée, et le respect religieux de la loi, la dévotion au maître étaient si profondément incarnés dans la conscience populaire que Ton voyait des gens, coupables de fautes ignorées, céder aux reproches de leur conscience bourrelée, s'accuser eux-mêmes publiquement et demander la mort.
D'après la chronique péruvienne, le grand législateur du pays aurait été l'Inca Pachacutec. Ce fut ce prince qui décréta la peine de mort contre les voleurs, les adultères assimilés aux voleurs1, les homicides, les gens coupables de rapt ou de viol, les incendiaires, même les fainéants a. A l'exemple de ses prédécesseurs, il* fulmina contre une aberration génésique, fort commune chez les ïndiens d'Amérique. L'un des Incas antérieurs, l'Inca Capac-Yupangui, avait déjà condamné au feu les sodomistes et ordonné de brûler toute ville, dont un seul habitant commettrait le crime d'amour contre nature 3 : bel exemple de ces pénalités collectives, si usitées dans les sociétés sauvages ou barbares. La peine capitale frappait aussi quiconque déplaçait les limites d'un champ ou détournait une conduite d'eau ou brûlait un pont4. Peine de mort encore à quiconque osait proférer des blasphèmes contre l'Inca céleste, le Soleil, ou le souverain, Soleil terrestre, fils ou émanation du premier5.