Bruce, Hist. univ. voy., vol. XXIII, 3i
la vengeance et le talion sont encore le fonds bien net du droit pénal. Tout d'abord il est des crimes que la coutume autorise et que la justice ne réprime pas. Des voyageurs ont vu 110 homme accabler de grosses injures sa fille, qui, impatientée, finit par riposter sur le même ton. Mais alors le père, indigné, la tua d'un coup de pierre à la tête. Dégrisé par ce meurtre, l'homme se mit à se désoler et les assistants non seulement ne songeaient pas à le livrer à la justice, mais même lui prodiguaient des consolations, touchés qu'ils étaient de son malheur l. Il semble donc qu'en Abyssinie les enfants soient encore simplement la propriété de leur père, à la mode sauvage.
Quand le crime est illicite, il est admis en Abyssinie que la partie lésée a le droit de se faire elle-même justice. Deux enfants ayant été enlevés par des femmes et vendus à des marchands d'esclaves, les pères de ces enfants s'emparèrent des ravisseuses, et les pendirent à un arbre, mais suivant un procédé tout particulier. Après quelques instants de pendaison, ils coupaient la corde, laissaient les suppliciées revenir à elles-mêmes, puis recommençaient l'opération. C'est la coutume et l'on doit, au besoin, s'y reprendre jusqu'à sept fois. Le coupable, qui peut résister à cette septuple exécution, est évidemment sous la spéciale protection de Dieu et on lui fait grâce8.
Dans les cas de blessure grave, le criminel appartient sans conteste aux parents de la victime, qui sont libres de le venger ou d'accepter une composition. Dans ce dernier cas, un parent du blessé est, pour plus de sûreté, enchaîné au coupable ; il en répond et même le conduit au besoin de porte en porte pour mendier c le prix du sang ». Dans de telles occurrences, le public tient à honneur, dit-on, de se