III. — l'évolution judiciaire dans les empires barbares
Un peu pour obéir à Tordre chronologique, beaucoup pour rapprocher l'empire des Pharaons de ceux de l'ancienne Amérique centrale, j'ai parlé de l'Egypte avant l'Abyssinie. Sociologiquement, j'aurais dû peut-être adopter l'ordre inverse. Car l'Ethiopie moderne, descendante directe de l'ancienne, s'est immobilisée à un stade politique et juridique de beaucoup dépassé par la plus ancienne des Égyptes. Mais FAbyssiniè nous représente, très vivante encore, une phase barbare, que l'Egypte a dû traverser sans qu'elle ait laissé de traces notables ni dans son histoire ni dans ses monuments. En rapprochant et sériant les renseignements, que nous fournissent les deux pays, nous pouvons même assister en quelque sorte de visu h l'évolution juridique en Egypte.
Tout d'abord, les fondateurs, Berbères et Éthiopiens, ont gardé l'essentiel de la justice sauvage, le talion et les peines expressives, appliqués par les intéressés eux-mêmes. — Puis on a admis l'intervention facultative d'arbitres. Puis le souverain a voulu que la vengeance eût une couleur légale, c'està-dire fut autorisée par lui ou par ses délégués, qui étaient souvent des prêtres. Puis il a réclamé, pour lui, des compensations spéciales, des amendes; car en violant la loi, alors codifiée, on avait enfreint ses ordres, on l'avait outragé.