I. — DIVISION DU SUJET
Pour étudier la justice dans les diverses races humaines, j'ai dû jusqu'ici procéder péniblement en confrontant et
classant des renseignements partiels, butinés à travers les chroniques et les relations de voyage. De tous ces lambeaux, je me suis efforcé de faire un corps, à la manière dont les archéologues déchiffrent sur une stèle brisée une inscription incomplète. Cette méthode, fructueuse d'ailleurs et pleine d'intérêt, est la seule praticable, quand il s'agit de peuples ou de races sans histoire ou très insuffisamment connus; mais elle ne saurait pourtant suffire à combler toutes les lacunes. Pour la première fois, en Chine, nous trouvons un peuple dont l'origine remonte à une époque légendaire et dont l'histoire n'a jamais été interrompue. De plus, nous possédons sur l'organisation juridique de la Chine une mine de renseignements exacts, que nous pouvons contrôler sur le texte même des codes. Embrasser dans son ensemble la justice chinoise est donc chose relativement aisée et rien ne saurait être plus intéressant, puisqu'il s'agit d'une vraie survivance des âges protohistoriques, du seul des grands empires primitifs qui ait survécu et dont l'évolution, très particulière, se soit déroulée spontanément sans avoir été faussée par aucune grave perturbation venant du dehors.
Mais l'étendue du sujet, l'abondance même et la complexité des faits vont m'obliger à classer et subdiviser mes matériaux dans l'ordre suivant : 1° l'organisation des tribunaux et la procédure; 2° le système des pénalités ; 3° la criminalité générale et la criminalité spéciale ; 4° la justice relativement à l'empereur et à sa famille; 5° la justice relativement à la classe des fonctionnaires ; 6° pour terminer, je signalerai les lois humanitaires et utilitaires, qui donnent au Code chinois une physionomie spéciale.