Le père du Halde, De script, de la Chine, I
dans sa racine; les bons citoyens, qui ont des difficultés entre eux, s'arrangeront en frères en se soumettant i l'arbitrage des vieillards et des maires de la commune. Quant à ceux qui sont querelleurs, têtus et incorrigibles, qu'ils soient écrasés dans les tribunaux : voilà la justice qui leur est due '. » Un tel hommage rendu à la justice patriarcale et républicaine des clans est curieux dans la bouche d'un souverain barbare et en principe absolu : ce sont choses qui ne se voient guère qu'en Chine.
Dans mon Évotution politique, j'ai parlé de la décadence actuelle du mandarinat chinois. Cette altération des vieilles mœurs se fait naturellement sentir dans l'administration de la justice, qui serait devenue un vrai trafic *; les mandarins ne prendraient même plus la peine d'assister aux procès, d'interroger les parties; ils se borneraient à apposer leur sceau sur des sentences rédigées à l'avance 3. Mais ce désaccord entre la pratique et la théorie est le fait des hommes, non des lois, et l'observateur même, auquel j'emprunte ces derniers renseignements, ne peut s'empêcher d'admirer la procédure chinoise. On retrouve, dit-il, en Chine, dans l'application des lois, tous les grands principes dont s'enorgueillit l'Europe moderne : les circonstances atténuantes, la non-rétroactivité, le droit d'appel, le respect de la liberté individuelle, la confusion des peines, enfin le droit de grâce laissé au souverain*. — Pourtant on n'a point rompu avec les féroces traditions des ancêtres et la justice chinoise, si paternelle qu'elle se prétende, ne recule point devant la torture. On arrache encore des aveux aux accusés, en leur pressant les cous-de-pied entre trois pièces de bois ou en leur écrasant
i. Hue, V Empire chinois, 1, 115.