Le Temps, £2 nov
sans distinction de rang est esclave du maître ; la personne et les biens de chacun sont à la disposition de l'autocrate'. Non seulement le despote suprême, mais les sous-despotes sont au-dessus des lois. Pourtant, quand l'intérêt des puissants n'est pas enjeu, une passable justice est, dit-on, rendue aux particuliers*.
Le vol e6t rigoureusement puni, d'abord par la restitution, puis par l'amende, enfin par la prison, dont le condamné doit payer le loyer et où il est obligé de se nourrir à ses frais3.
Nous avons quelques renseignements intéressants sur la manière dont a évolué à Siam la répression de l'adultère. Tout d'abord il a été considéré comme un tort privé et le mari a pu tuer à son gré l'un ou l'autre des coupables ou tous les deux, ou accepter une composition. Puis la loi s'en est mêlée; elle a déclaré que l'époux lésé aurait le droit de mettre à mort les deux coupables, mais seulement en cas de flagrant délit et elle lui a interdit d'en épargner un. Enfin l'Etat a fini par prohiber entièrement tout acte de vengeance maritale et punir l'adultère seulement d'une simple amende*. L'évolution est curieuse, et elle n'est spéciale ni au royaume de Siam, ni à l'adultère. En bien des pays, le tort privé est ainsi devenu graduellement un délit social en même temps que la loi désarmait la vengeance privée et modérait la punition des actes jugés criminels.
Le Cambodge ressemble fort à Siam et il serait presque inutile de le mentionner ici, si une vieille relation chinoise ne nous avait conservé quelques détails curieux sur le primitif droit criminel de ce pays. La bastonnade y est d'origine chinoise ; auparavant le roi, grand juge en vertu de son