Cailliaud, Hist. univ. voy., vol. XXV
et il est permis d'en racheter une partie, si Ton n'a pu composer pour le tout, d'acquitter, par exemple, en dattes, la moitié de la peine et de recevoir des coups seulement pour Pautre moitié *.
A Tessaouah, la justice est princière et le système des amendes, toujours si profitable au trésor du maître, est adopté d'une manière générale : 10,000 kourdi (cauris) pour avoir frappé autrui; 100,000 pour avoir procréé un enfant naturel. En cas de meurtre prémédité, tous les biens du meurtrier sont confisqués par le prince ' ; car l'évolution monarchique est complète et le petit souverain s'est substitué à la partie lésée : c'est lui qui perçoit le prix du sang au mieux de son prestige et de son trésor.
Au point de vue moral, la justice primitive et républicaine des Touareg nomades est bien supérieure à cette justice princière et elle a sûrement contribué à doter les Berbères du Sahara de quelques rares qualités, qu'on s'accordeà leur reconnaître. Dans une société où non seulement l'individu, mais aussi ses parents répondent des méfaits de l'un des membres de la communauté familiale, on prend nécessairement l'habitude de ne point agir à la légère. Aussi est-il de maxime, chez les Touareg, de ne s'engager que pour la moitié de ce qu'on peut tenir 3. Le mensonge, le vol domestique, l'abus de confiance sont chez eux inconnus. Jamais non plus on n'essaye de se dérober aux conséquences d'un crime en le niant4. — Un Targui, en partant pour un long voyage, confie simplement à un voisin le soin de veiller sur l'honneur de sa maison, et celui-ci venge au besoin les torts et affronts faits à l'intéressé, plus exactement parfois que ne l'eût fait l'absent