Ibid
lui-même1. Jamais non plus on n'abuse des marchandises confiées ou même abandonnées dans le désert. Des ballots laissés en route, après la mort des chameaux qui les portaient, y restent intacts, parfois pendant une année 9. Si un Targui meurt en voyage, ses compagnons gèrent ses affaires et en rendent scrupuleusement compte à ses héritiers 3. Fût-il dans un extrême dénûment, un Targui ne touche ni à l'argent ni aux marchandises qui lui ont été confiés.
Des qualités de même ordre se retrouvent aussi chez les cousins des Touareg, les Berbères de la Kabylie, plus civilisés que les nomades du Sahara, ayant depuis bien des siècles adopté la vie sédentaire et agricole, mais sans renoncer au régime républicain, et nous avons le bonheur de posséder sur leur justice des renseignements précis et complets.
A. Justice familiale et talion. — En Kabylie, la justice familiale est encore très vivante et, dans son sein, la famille exerce sur ses membres un pouvoir discrétionnaire. Libre à elle soit de gracier un meurtrier, soit de punir de la peine capitale des faits qui entachent son honneur. Par exemple, elle peut à son gré ou pardonner à une femme adultère ou la mettre à mort. La famille a aussi le droit d'immoler un débauché, qui la compromet ou la déshonore. Cela va même très loin et l'on a vu des fils exécuter leur père, parce qu'il s'était dégradé jusqu'à épouser une négresse4. Pour ces actes