Ibid., III
des marabouts, la famille lésée renonce définitivement à la rek'ba. Un festin clôt la cérémonie; mais il faut que le pardon soit accordé par la famille tout entière; car il s'agit de l'honneur, de la horma de tous. Une conséquence extrêmement curieuse de ce pardon est la quasi-adoption du meurtrier par les vengeurs du sang, avec lesquels il a fait sa paix. A partir de ce jour en effet, le ci-devant coupable appartient à la kharouba ou clan de l'homme qu'il a tué, et il en adopte le côf. En un mot, il le remplace 4. C'est à peu près exactement ce que font les Peaux-Rouges, en adoptant, au lieu de les mettre à mort pour se venger, les captifs guerriers qui leur ont été alloués, comme dédommagement de la perte de leurs proches. Cette similitude, sûrement fortuite, est à noter : elle montre, une fois de plus, combien le fonds moral de l'homme est identique dans les races les plus diverses.
En Kabylie, les blessures, si graves qu'elles soient, n'entraînent pas la rek'ba. Quelques tribus pourtant maintiennent le talion aussi exact que possible pour les blessures ; mais le plus souvent le blessé se contente de la peine pécuniaire infligée par ludjemâa. Certaines tribus ont dressé un tarif détaillé de compositions, à la mode germanique : 5 réaux pour une dent cassée; 20 réaux pour un œil, etc., etc.8. — On ne se borne pas à punir en bloc la violence commise. Le Code coutumier en a décomposé tous les moments, ce qu'on peut appeler les temps. Ainsi le tarif légal fixe telle amende pour être sorti armé de sa maison ; tant pour avoir provoqué l'adversaire; tant pour l'avoir suivi hors du village; tant pour l'avoir mis en joue; tant pour avoir lâché la détente, si le coup a raté; tant si la victime a été atteinte 3. — Les coups volon-