Rossi, Traité du droit pénal, t. I, p
4. A. Frank, Philosophie du droit pénal (Introduction, p. 1).
a L'ÉVOLUTION JURIDIQUE.
Cette vieille doctrine de l'innéité et de l'uniformité des idées du bien et du mal, du juste et de l'injuste dans tous les cerveaux humains, quels que soient le pays et la race, est encore, nous le savons, officiellement enseignée dans toute l'Europe ; mais elle ne saurait tenir un instant devant les grands faits d'observation mis en lumière par l'anthropologie, et, pour la croire fondée, il faut, de parti pris, ne tenir nul compte des trois quarts de l'humanité. Les écrivains religieux ont esquivé la difficulté résultant de l'évidente disparité morale des races humaines en considérant les types inférieurs de l'humanité comme un rebut maudit, dégénéré, châtié pour on ne sait quel crime, commis jadis dans la nuit des âges écoulés, et ayant déchaîné l'implacable colère divine. Sur ce point, le plus fougueux mais le plus logique des écrivains catholiques est toutàfaitcurieuxà entendre : «On ne saurait, dit-il, fixer un instant ses regards sur le sauvage sans lire Tanathème écrit, je ne dis pas seulement sur sa race, mais jusque dans la forme extérieure de son corps. C'est un enfant difforme, robuste et sauvage, etc.1 »... <c Un chef de peuple, ayant altéré chez lui le principe moral par quelques-unes de ces prévarications, qui, suivant les apparences, ne sont plus possibles dans l'état actuel des choses, parce que nous n'en savons heureusement plus assez pour devenir coupables à ce point, ce chef de peuple, dis-je, transmit l'anathème à sa postérité ; et toute force constante étant de sa nature accélératrice, puisqu'elle s'ajoute continuellement à elle-même, cette dégradation, pesant sans intervalle sur les descendants en a fait à la fin ce que nous appelons des sauvages9. »
De pareilles aberrations, sentencieusement et magistralement formulées, ne peuvent plus aujourd'hui que faire sourire les anthropologistes. Nous savons, à n'en pas douter, que