VI. — l'ivresse et la. rébellion
Pour achever de passer en revue la criminalité arabe, il me reste à parler de deux délits, l'un plutôt religieux que social, l'ivresse; l'autre exclusivement politique, la rébellion. Le témoignage du Roman d'Antar établit suffisamment que les Arabes préislamiques étaient assez adonnés à l'ivrognerie, semblables en cela à tous les peuples peu civilisés. Le prophète crut avec raison devoir réagir contre cette tendance, et ses prescriptions à ce sujet n'ont pas cessé d'être observées par les Musulmans; seulement, comme tous les moralistes théocratiques, les docteurs de l'Islam ont perdu de vue le but raisonnable, l'utilité sociale, pour ne plus songer qu'au commandement religieux, et la répression légale a été poussée jusqu'à l'absurde. Non seulement l'ivresse est défendue sous peine de quatre-vingts coups de courroie pour l'homme et la femme libres ; de quarante coups pour l'esclave ; mais on est passible de cette peine, quelle que soit la quantité de boisson enivrante ingérée, même si Ton a mis sur sa langue seulement la quantité de liquide prohibé que peut supporter la pointe d'une aiguille1. Ce n'est pas l'abus, c'est l'usage lui-même, petit ou grand, quia été rigoureusement interdit. — Des amateurs de paradoxe se sont amusés parfois à nier l'action effective des mesures légales. On les peut réfuter sans peine rien qu'en leur rappelant le résultat des lois islamiques