Thonissen, loc, cit
Il y a quelque analogie entre cette justice hébraïque et celle des Kabyles. Les juges élus de la Judée ressemblent assez aux juges arbitres, auxquels les villages kabyles s'en remettent pour débrouiller les causes quelque peu difficiles; seulement, en Kabylie, le juge arbitre n'est désigné que pour une affaire, tandis que le juge hébreu était institué comme juge permanent, revêtu d'une véritable fonction sociale; mais il n'est pas bien difficile de passer d'un degré à l'autre. La publicité des débals, la pluralité des juges étaient certainement des garanties plus grandes que ne le sont celles offertes par un kadi arabe ; mais les jugements étaient aussi sommaires en Judée qu'en Arabie. Dans de certains cas même, ce qui n'arrive point chez les Arabes, il était permis de revenir à la justice anarchique, à ce qu'on appelait les jugements de zèle. Ces soi-disant jugements étaient simplement des exécutions populaires, auxquels on procédait en cas de flagrant délit pour certains crimes réputés énormes. De nos jours, cette justice par indignation a été ressuscitéeen Amérique : c'est la loi de Lynch ; seulement, en Judée, hors les cas de flagrant délit, les zélateurs étaient punis comme homicides. Dans ce pays théocratique et bigot, le jugement de zèle était surtout provoqué par des attentats impies : le vol sacrilège, l'union publiqueavecune idolâtre, le blasphème proféré contre le vrai Dieu au nom des idoles. A ces crimes religieux Philon en ajoute d'autres : l'idolâtrie, la sodomie, l'adultère *.
Telle fut la première organisation de la justice chez les Hébreux. Elle se modifia nécessairement avec l'établissement du régime monarchique. Les premiers chefs monarchiques à vie firent principalement état de leur prérogative judiciaire, puisqu'ils portaient le titre de Juges et même en exerçaient les fonctions : c Pendant toute sa vie, Schemouël gouverna