‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 32 sur 525 · Darwin, Voyage d'un naturaliste · texte numérisé non relu

Darwin, Voyage d'un naturaliste

laissant tranquillement la mère ramasser ensuite le cadavre meurtri *. Mais, dans les hordes anarchiques des Fuégiens, de pareils actes sont ordinaires, parfaitement licites et personne ne songe à les réprimer.

Or, les deux faits, que je viens de citer, sont précieux pour la recherche des origines à laquelle nous nous livrons en ce moment. Ce sont des phénomènes en quelque sorte schématiques, et ils nous montrent à nu le jeu très simple de l'âme humaine primitive, qui diffère si peu de celle de l'animal. Le premier cas, celui du Fuégien, lançant quand même sa pierre, quelle que soit la force de l'ennemi, nous fait assister à l'impulsion réflexe, qui, invinciblement, porte l'homme primitif à rendre coup pour coup et à graver ainsi de plus en plus profondément dans ses centres nerveux, des empreintes d'où sortira plus tard la grande loi du talion, quand on sera capable de raisonner quelque peu ses actes. Le second fait, l'infanticide par action réflexe, nous montre que, chez les hommes ne vivant pas encore en société organisée, il n'existe absolument rien de ce que nous appelons criminalité, droit pénal, justice. C'est d'ailleurs un point sur lequel j'aurai bientôt à revenir.

Evidemment un pareil état mental et social est très voisin de l'animalité. Mais, dans nos études antérieures, nous avons vu, que, sous certains rapports, quelques espèces animales laissent loin derrière elles lés races humaines très inférieures. En est-il ainsi pour le droit et la justice? C'est une question qu'il nous faut examiner, avant de continuer notre enquête.

Page 1