S. Maine, Ancien Droit
Dans le sein du clan ou de la famille, régnait encore la justice paternelle ou patriarcale. Cet état archaïque nous est décrit par V Odyssée, qui l'attribue aux Cyclopes : c Ils n'ont ni assemblée pour le conseil, ni Ihémistes, mais chacun a juridiction sur ses femmes et enfants sans se atucier des autres '. » — Les c thémistes » mentionnées dans ce passage sont les sentences rendues par les premiers juges, quand il exista une justice organisée. On les réputa décisions de Thémis, c'est-à-dire de la coutume déiûée ; par suite ces arrêts devenaient des ordres divins. Le mot grec vd/ioç, loi, loi humaine, ne se trouve pas encore dans les poèmes homériques*.
Pourtant, à l'époque homérique, on est déjà sorti de la justice tout à fait primitive; les Hellènes sont politiquement organisés en tribus monarchiques et, en Grèce comme ailleurs, les roitelets revendiquent, autant que possible, le pouvoir judiciaire3. Mais ces petits princes helléniques sont loin d'exercer un pouvoir sans contrôle : il leur faut compter avec Vagora, et ils ne font guère que présider un conseil d'anciens siégeant et rendant des jugements sur Vagora même. Dans sa description du bouclier d'Achille, Homère nous fait assister à Tune de ces séances judiciaires : c Deux hommes se disputaient pour la composition d'un meurtre. L'un affirmait au peuple qu'il avait payé cette composition, et l'autre niait l'avoir reçue. Et tous deux voulaient qu'un arbitre finit leur querelle, et les citoyens applaudissaient l'un et l'autre. Les hérauts apaisaient le peuple, et les vieillards étaient assis sur des pierres polies en un cercle sacré. Les hérauts portaient des sceptres en main et les plaideurs, prenant le sceptre, se défendaient tour à tour. Deux talents d'or étaient déposés au