‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 35 sur 525 · Bastian, le Cerveau et la Pentée, ï · texte numérisé non relu

Bastian, le Cerveau et la Pentée, ï

Chez les Fuégiens, où règne l'anarchie égali taire dans toute sa pureté où il n'existe aucune organisation sociale, où chacun est libre de satisfaire, dans la mesure de sa force, ses désirs, ses passions, ses sympathies et ses antipathies, où il n'y a d'autres liens sociaux que ceux de la parenté sûrement confuse ou de l'amitié, on peut prendre vraiment sur le fait l'origine même de la justice. La propriété personnelle est réduite aux ustensiles, armes, vêtements, canots et chacun n'en possède que le strict nécessaire ; mais le plus fort peut librement voler le plus faible. Ainsi l'un des trois Fuégiens rapatriés par le Beagle fut, sans que personne songeât à intervenir, dépouillé, par l'un des deux autres, de tout ce qu'il possédait1. Dans les cas de ce genre ou dans ceux de rapt ou de meurtre, c'est à l'individu maltraité à se défendre ou à se venger, s'il le peut et comme il le peut. Ordinairement les parents de l'individu lésé, peut-être ses amis, font pour le venger cause commune. S'agit-il du vol d'un canot ou d'une femme? on s'efforce seulement d'en obtenir la restitution. Dans les cas de meurtre, on se venge en tuant le meur-

trier ou en son lieu et place l'un de ses proches9 : c'est déjà le talion primitif et collectif.

Régime analogue chez les Indiens de la Californie, chez ceux qui n'appartenaient pas à la race peau-rouge et vivaient en hordes, comme les Fuégiens. Là aussi l'anarchie était complète ; chacun faisait ce qui lui plaisait, sans se soucier de son voisin, tant que celui-ci ne se révoltait point; tous les

Page 1