‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 36 sur 525 · Darwin, Voyage d'un naturaliste · texte numérisé non relu

Darwin, Voyage d'un naturaliste

2. Hyadcs, Ethnographie des Fuégiens {Bull. Soc. d'anthropologie, 335, 1S37).

LSTOURXiAtf. — L'Évolution juridique. 2

crimes restaient impunis, si l'individu lésé ne se faisait justice lui-même*.

Cette absence de justice organisée tient uniquement au défaut de toute structure sociale, nullement à la race. Sous ce rapport, les Esquimaux, socialement plus développés cependant, ressemblent exactement auxFuégiens et aux Californiens. Leur anarchie est aussi parfaite et leurs instincts tout à fait bestiaux. Ross compare les Esquimaux d'Amérique à des vautours, à des tigres; ce sont, dit-il, des animaux de proie, ne vivant que pour dévorer aussi gloutonnement que possible tous les aliments qu'ils ont réussi à se procurer'. Très tranquillement, ils commettent des actes criminels aux yeux des civilisés. Ainsi ils mettent à mort sans hésiter les vieilles femmes soupçonnées de porter malheur1. Dans ce cas, et en général dans tous les cas de meurtre, les parents de la victime, les membres du petit clan esquimau, considèrent ordinairement comme un devoir de venger leurs morts. Au point de vue de la justice, cette vendetta des Esquimaux a aussi un caractère spécial ; car elle ne termine pas le conflit, comme il arrive souvent dans les pays où le talion est devenu juridique, mais toute vengeance, quelle qu'elle soit, en suscite une autre et indéliniment. Le temps lui-même n'assoupit pas ce genre d'affaire; de père en fils, le souvenir de la dette de sang se transmet et suscite des vengeances nouvelles.

Ces retaliations primitives sont souvent cruelles; on xi jusqu'à mettre en pièces le meurtrier, même à manger un morceau de son cœur et de son foie. Ce dernier raffinement aurait pour but d'ôter à ses parents le courage de venger sa

1. Bœgert, Nahrichten von der America, etc. (in Smith Soudan reports. 1863-1804).

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