Crantz, Hislory of Groenland, I
mort1. Mais, chez les Esquimaux, le meurtre en soi n'est nullement considéré comme une action blâmable, puisque tuer des Européens pour les voler est tenu pour une chose parfaitement licite. 11 en est de même pour le vol, qui n'est aucunement blâmé, en tant que vol, pourvu qu'il soit pratiqué aux dépens d'un étranger. Quand on surprend les Esquimaux en flagrant délit de vol, ils sont très confus, mais seulement d'avoir été assez maladroits pour se laisser découvrir. — Sur la légitimité du vol en dehors de la communauté, les Esquimaux du Kamtchatka pensent exactement comme leurs frères d'Amérique; mais, comme ils sont déjà plus civilisés, leur droit de vengeance est un peu plus réglementé. Chez eux, quand il s'agit de meurtre, de meurtre non intestin bien entendu, les parents du mort se rendent en corps à Vostrog (maison commune) du meurtrier et en somment les habitanLs de le leur livrer. Si l'on obéit à leur injonction, ils tuent aussitôt l'individu et autant que possible en lui faisant subir le même genre de mort qu'il a infligé à leur parent : œil pour œil ; car l'idée du talion s'est déjà précisée. — Si Ton repousse la demande des vengeurs du sang, la guerre éclate entre les deux oslrogs, celui du meurtrier et celui de la victime. C'est une guerre d'extermination; le vainqueur, quel qu'il soit, égorge tous les mâles et capture toutes les femmes pour en faire des concubines9.
Pour le vol, la manière d'entendre la justice s'inspire aussi chez les Kamtchadales de l'idée du talion, en ce sens qu'ils frappent le coupable dans l'organe même, qui lui a servi à commettre le larcin; pourtant ils ne châtient ainsi que le récidiviste. Pour un premier vol, le larron est seulement contraint à restituer; puis, ce qui est bien plus grave, il est