Catlin, loc. cit., 157, etc
Chez les Peaux-Rouges, l'opinion publique fait à toutindi- . vidu lésé un devoir étroit de tirer vengeance du tort qui lui a été infligé ; quiconque ne se venge pas est à jamais déshonoré, et la certitude que toute violence commise provoquera des représailles donne à l'individu une sécurité relative1.
Nous devons encoie à Catlin le récit d'une autre vengeance individuelle, celle-là lentement méditée et froidement exécutée par un chef des Mandans appelé « Quatre-Ours >. Le frère de Quatre-Ours avait été tué par surprise par le chef d'une tribu rivale, celle des Ricarris, mais tué en trahison, dans une attaque nocturne, après qu'on avait fumé ensemble le calumet de paix. Quatre-Ours avait trouvé le cadavre de son frère encore transpercé d'une lance à lui bien connue, celle du chef des Ricarris. Or Quatre-Ours, ne voulant pas allumer la guerre entre les deux tribus, attendit patiemment, pendant trois ans, une occasion favorable de se venger incognito, et après ce long laps de temps, il partit pour le village des Ricarris en ayant bien soin de ne voyager que la nuit et après s'être déguisé au moyen d'une peinture inusitée. Le village des Ricarris était à six journées de marche. Quatre-Ours y pénétra la nuit, entra sans bruit dans le wigwam du meurtrier, s'assit près de son feu et même prit quelques aliments tlans la marmite fumante. Le chef des Ricarris couché auprès de sa femme, et réveillé par elle, ne s'émut point de cette intrusion; car le droit à l'abri nocturne et à l'alimentation esl justifié par la solidarité peau-rouge. Une fois restauré, Quatre-Ours attisa tranquillement le feu pour y mieux voir; puis il perça le cœur de son ennemi avec la lance même qui avait servi à tuer son frère*. On ne pouvait appliquer plus consciencieusement le talion : mort pour mort, coup pour coup et coup porté de la même manière et avec