‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 513 sur 525 · DROIT MONARCHIQUE. JUS ET JUSTITIA · texte numérisé non relu

DROIT MONARCHIQUE. JUS ET JUSTITIA

S'il en est ainsi, c'est sûrement parce que partout la monarchie, une monarchie d'abord despotique, a succédé au primitif régime républicain. Même les rares peuples, par exemple la Rome antique et la Grèce, qui, après avoir vécu sous le régime de la petite monarchie, sont revenus à la république, ont fini de nouveau par se courber, de gré ou de force, sous le sceptre d'un monarque absolu. En ce qui concerne la justice, les souverains despotiques se sont toujours efforcés de revenir aux antiques mœurs et traditions; ils ont tout simplement pris la place des dieux et leurs décrets ont eu la prétention d'être des lois indiscutables et inviolables; car toujours la justice suit exactement, dans son évolution, les phases politiques. Or, les sociétés barbares sont de grands corps inertes, obéissant docilement en tout et partout à des maîtres absolus, le front ceint d'une gloire presque divine, parfois même prétendant à une descendance céleste. Gardiens des antiques lois, qui, venues on ne sait d'où, sont passées dans les mœurs, ces demi-dieux terrestres ont la mission de les appliquer, de les faire respecter; mais, plus ou moins vite, ils en arrivent à prendre au sérieux leur rôle de divinités et a promulguer des décrets qui ont force de loi, qui sont la loi. Les lois traditionnelles, réputées d'origine céleste, avaient été regardées comme des ordres d'en haut. L'anthropomorphisme grec avait même fait de la justice une divinité spéciale, Thémis, inspirant aux juges des décisions, appelées thémis tes, qui faisaient jurisprudence. La justice royale eut aussi la prétention de dicter des prescriptions indiscutables, des ordres. En latin, cela ressort des mots eux-

mêmes ; le droit se dit jus, dérivé vraisemblablement de jussum, la chose ordonnée.

Dans la justice traditionnelle, les délits étaient souvent regardés comme des offenses aux dieux, comme des péchés. De même, quand fut établi le règne de la justice royale, les infractions aux lois furent considérées comme des atteintes à la couronne elle-même. Dans le langage légal de Java, le vol est appelé t crime contre la propriété du roi » ; une blessure illégalement faite est une t blessure du roi » *. Les souverains germaniques avaient la même prétention : tout crime violait leur paix, la paix du roiy et par suite entraînait une amende.

Quand l'infatuation monarchique, le « délire des grandeurs », eut atteint son apogée chez les souverains, ils allèrent plus loin et substituèrent capricieusement leur volonté à la loi, même à leur propre loi, toutes les fois que bon leur sembla. Dans les États mahométans de l'Afrique, tout ce qui est ordonné par le maître est tenu pour juste et convenable; tout ce qu'il défend est regardé comme mauvais; son bon plaisir règle la morale et la légalité*. De même nous avons vu qu'en tète de leurs décrets, les empereurs de la décadence romaine se proclamaient supérieurs à la loi. Pourtant, dans leur ensemble, les lois subsistent et persistent ; car, si libre de tout frein que puisse être un despote, il ne saurait effacer des traditions séculaires, faisant corps avec la vie même d'une nation; seulement, il en fausse le jeu selon son bon plaisir et commet placidement des énormités, par exemple celle du pharaon Aménophis débarrassant l'Egypte de ses infirmes en en faisant précipiter quatre-vingt mille dans des carrières. Sous un tel régime juridique, la vieille idée de la balance des torts, de la retaliation, tend nécessai-

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