S. Maine, Inst. prim
puisqu'elles substituaient l'arbitrage du juge à la force brulaie. Mais, toujours en s'atténuant, en se bornant finalement à des formules, ces us et coutumes symboliques se multiplièrent et persistèrent en embroussaillant le terrain du droit. Les fictions légales compliquèrent encore les formalités juridiques. Les premières lois étaient peu nombreuses, rigides, immuables; il fut impossible de les plier aux besoins d'une société quelque peu civilisée; pourtant on ne les pouvait ni modifier, ni abroger; oh s'appliqua donc à les tourner, à leur désobéir, en ayant Pair de les respecter. Pour cela, on assimila des actes n'ayant entre eux que de lointains rapports; on élargit les limites des prohibitions et des prescriptions, etc.
De toutes ces subtilités légales ou judiciaires sortirent un droit et une procédure compliqués, étranges, défiant souvent le sens commun, hérissant de difficultés les choses les plus simples. Le résultat, salutaire d'abord, puisqu'il refrénait les violences individuelles, finit par devenir fort nuisible et il pèse encore sur les nations les plus civilisées. En effet, le droit contemporain et tout ce qui s'y rapporte est comparable, en Europe, à une forêt touffue, à une jungle, que l'on ne saurait traverser sans l'aide de guides, de légistes experts et féconds en ressources. En outre, et cela fut bien plus dommageable encore, la longue durée de cet état de choses a dressé les hommes à confondre la forme avec le fond, même à préférer parfois la première au second, à admettre que la forme emporte le fond, en résumé, à fausser le sens du juste.
Ce sens du juste, plus ou moins bien formé et implanté dans le cerveau humain par toute la vie préhistorique et historique des sociétés, fut vicié davantage encore par la criminalité artificielle, qui résulta de l'institution définitive de la monarchie et de la création des castes religieuses. Les
rois étant devenus des sortes de dieux terrestres, tout œ ^ les pouvait léser ou offenser, toute atteinte, même légère. < leur prestige et à leur majesté, acquit l'importance d'un cri» public. En même temps, la classe sacerdotale, presque toujours inféodée à la monarchie, mettait ses dogmes et les pratiques de son culte sous la protection du bras séculier. I> foule d'observances religieuses, en elles-mêmes insigniinstes, souvent bizarres, parfois absurdes ou même nuisible, devenaient strictement obligatoires, sous les peines les pfe sévères.
Des siècles durant, toutes ces aberrations, émanant b unes des légistes, les autres du trône ou de l'autel, ont f^ sur l'évolution des sociétés. Mais, à se courber sous le joç, l'esprit humain se déforme, comme le corps à la suite diibtudes vicieuses suffisamment prolongées. Pour eflacer c* empreintes d'un lointain passé, il sera besoin d'une orthopédie morale, longtemps et savamment appliquée. Or, on v songe guère; il est donc certain, que, durant bien des aimé* encore , le passé juridique continuera à opprimer t présent.