‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 522 sur 525 · A. Raflulovich, Journal des Economistes, juin · texte numérisé non relu

A. Raflulovich, Journal des Economistes, juin

d'années fort restreint. Il est sûr, que, si nous possédions la statistique criminelle. du moyen âge, elle différerait singulièrement de notre statistique contemporaine. On peut donc avoir prise sur la criminalité d'un pays; on la peut grossir ou diminuer dans une très large mesure, puisqu'elle reflète surtout la situation économique; et l'on peut dire que chaque nation a la criminalité qu'elle mérite.

Je ne saurais terminer cette très brève esquisse d'un vaste sujet sans dire maintenant quelques mots d'une théorie aujourd'hui célèbre, celle de la criminalité native, de l'innéité des penchants au crime. Toute une école, celle de l'anthropologie criminelle, née en Italie sous l'impulsion de M. G. Lombroso et ayant aujourd'hui des adeptes dans tous les pays civilisés, a résolument rompu avec l'antique théorie métaphysique du droit pénal. Elle affirme, et en cela elle a pour elle toute la science moderne, que le libre arbitre est une chimère, que les actions humaines résultent de l'organisation même des individus et des impulsions imprimées par le milieu ambiant à cette organisation; que fatalementl'homme obéit toujours au mobile le plus fort; que la répression pénale ne peut et ne doit être dictée que par des raisons d'utilité sociale scientifiquement démontrée. Laissant de côté les codes, les textes et la procédure, l'anthropologie juridique étudie le criminel, comme on étudie les diverses races humaines.

Pour M. Lombroso, le criminel complet, réunissant tous les caractères de son type, se distingue nettement des autres hommes; il a une faible capacité crânienne, une mandibule pesante et développée, une grande capacité orbitaire et un indice orbitaire analogue à celui des crétins, des arcades sourcilières saillantes. Son crâne est souvent anormal, asymétrique. La barbe est rare ou absente; mais la chevelure est abondante. L'insertion des oreilles est communément en

anse. Assez souvent le nez est tordu ou camus. La physionomie est d'ordinaire féminine chez l'homme, virile cbei k femme. La saillie mongoloïde des arcades zvgomatiques ne>i pas rare. — Les criminels sont sujets au daltonisme; chezem, la proportion des gauchers est triple. Leur force musculaire est faible à la main et à la traction; mais ils sont fréquemment d'une extraordinaire agilité. — Les dégénérescences aies* liques ou épilep tiques les frappent dans une large proportion — Dans leurs centres nerveux, les éléments historiques sont largement atteints de pigmentation, de dégércratiori calcaire, de sclérose, etc. — Ils rougissent difficilement, et toutes les manifestations de la sensibilité sont, chez ein. plus obtuses. — Leur déchéance morale correspond i kar déchéance organique : ce sont des fous moraux. — Leurs tendances criminelles se manifestent dès l'enfance par l'onanisme, la cruauté, le penchant au vol, une excessive vanité, la ruse, le mensonge, leur aversion pour les habitudes de famille, leurrétivité à l'éducation, leur caractère impulsif. Comme ces traits moraux persistent, ils donnent au criminel adulte une physionomie mentale toute particulière. Le crinel-né est envieux, vindicatif; il hait pour le plaisir de haïr; il est indifférent aux punitions et sujet à des explosions de fureur sans cause, qui sont périodiques. — Le criminel-né est paresseux, débauché, imprévoyant, mobile et poltron, joueur. — Le remords lui est inconnu et parfois c'est avec joie qu'il s'abandonne à ses instincts coupables. — Le criminel-né a un vif etprécoce amour pour le tatouage, qui est souvent cynique et pratiqué même sur les organes sexuels. Son écriture, quand il sait écrire, est souvent toute particulière; sa signature compliquée, ornées d'arabesques. — Les argots des criminels, très répandus et très analogues dans les divers pays, ont pour principaux caractères les abréviations, la tendance à désigner les objets par un de leurs attributs; malgré

eur apparente mobilité, ces argots sont pleins d'archaïsmes. — Dans leurs associations, les criminels reviennent aux formes sociales primitives, à la dictature et à des codes dra-

coniens l,

Qu'il y ait beaucoup de vrai dans ce portrait, on ne le saurait nier; mais, pour peindre son type du criminel-né. M. Lombroso a eu recours à la méthode de Praxitèle, il a fondu ensemble des traits épars. Pas un criminel, qui les puisse réunir tous, et, d'autre part, on les rencontre isolément sur nombre de gens, qui ne sont pas des criminelsnés. Ces derniers pourtant en possèdent davantage et l'on peut, avec M. Lombroso, rapporter ces caractères tantôt à l'atavisme, tantôt, mais plus souvent, à la dégénérescence.

Après avoir accueilli avec empressement les données de l'anthropologie criminelle, l'opinion publique a subi, dans ces derniers temps, un mouvement de réaction. Il importe, je crois, de garder une juste mesure. Oui, le criminel-né existe et, quand il réunit la plupart des caractères ci-dessus énumérés, il n'est guère corrigible; mais quelle est la proportion de ces dégradés dans la population criminelle? On ne le saurait dire encore. Il est présumable qu'elle est bien moindre que ne le croit l'anthropologie criminelle; puisque certains systèmes de pénalité graduée, individualisante et intelligente (Zwickau-Irlande) réduisent le quotient des récidives à 10 p. 100, et même à 2.68 p. 100; tandis que celte proportion atteint 40 p. 100 en France et 70 p. 100 en Belgique. La masse des criminels se compose donc de criminels d'occasion, qu'une bonne éducation, de meilleures conditions d'existence, même un régime pénitencier, à la fois plus humain et plus intelligent, auraient suffi à sauvegarder

1. yoirYUomo criminaîe du professeur C. Lombroso et la préface mise en tête de la traduction française par le Dr Ch. Letourneau.

ou à régénérer. Les criminels-nés, vraiment incorrigible*, ceux qu'il y a utilité sociale à interner, comme les aliéna, sont en assez petit nombre, et ceux-là même, il faut bien lf reconnaître, sont, dans une large mesure, créés, comme L dit Quételet, par les vices de notre organisation sociale. L deviendront bien rares, quand seront accomplies les profonde réformes que nous attendons de l'avenir, et les société actuelles ont le devoir de les traiter avec humanité. A quoi servirait-il de remplacer la sauvage et inintelligente croao&f des vieux codes par une sorte de dureté impitoyable, décrétée au nom de la science?

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