Radiguet, Derniers Sauvages
vie et de mort sur la classe inférieure tout entière; mais en ces matières les prêtres s'entendaient d'ordinaire au mieux avec les chefs et, d'un commun accord, tous ces privilégiés se servaient du tabou pour terrifier, exploiter le populaire, donner libre carrière à leurs caprices et à leurs violences. En réalité, c'était le tabou qui garantissait aux chefs la libre jouissance de leurs privilèges et de leurs droits excessifs de propriété4.
Dans plus d'une autre contrée, nous retrouverons des interdits religieux plus ou moins analogues au tabou; nulle part pourtant ils n'ont pris un si énorme développement; nulle part ils n'ont joué un tel rôle dans la vie sociale. Mais ce qui est très ordinaire, c'est l'entente cordiale des sorciers ou prêtres avec les chefs politiques. A vrai dire, le pouvoir de ces derniers ne fut vraiment consolidé, à l'abri des révoltes, qu'à partir du jour où il fut transfiguré par le prestige religieux. Dès lors, le chef devint réellement omnipotent, maître des choses et des gens, grand propriétaire toujours, grand juge, quand il daignait l'être, et il le daignait toujours pour peu que ses désirs et prérogatives fussent en jeu. — Nous allons maintenant voir les mêmes causes produire des effets du même genre chez les nègres d'Afrique.
Quelle est la criminalité? Quelle est la pénalité? Quels sont les juges parmi les noires tribus africaines? Si imparfaitement connue que soit encore la sociologie des nègres d'Afrique vivant en tribus monarchiques, il est possible pourtant, en synthétisant un grand nombre d'observations de détail notées