Ibid
prix du sang est exigible, même pour simple blessure, même s'il s'agit d'un esclave; mais naturellement, dans ce dernier cas, l'indemnité'à payer est moins grosse que pour un homme libre. Comme l'antique solidarité n'est pas encore éteinte, il arrive parfois que le meurtre d'un homme de condition libre allume la guerre entre les villages voisins *. Pour le vol, les anciens condamnent souvent à une restitution compensatrice, par exemple à rendre le quadruple de la chose volée (Livingstone, Dernier Journal, 14).
Dans l'Etat libre du Congo, la criminalité comprend d'autres délits que le vol, l'adultère et le meurtre ; il y faut ajouter l'incendie, moyen de vengeance souvent employé par les lâches; mais il existe aussi des crimes publics attestant que l'on a, déjà ou encore, quelque souci des intérêts généraux. C'est commettre un crime, par exemple, que de venir, armé d'un bâton, dans une assemblée où tout le monde est et doit être sans armes; c'est un crime que de se battre au milieu du marché, endroit privilégié où la paix publique ne doit pas être troublée; enfin c'est un crime que de manger des aliments défendus1. Mais ce dernier point nous conduit à parler de l'influence des idées religieuses du nègre d'Afrique sur sa criminalité, sa procédure et sa pénalité.
Le nègre africain en est encore à cette période de l'animisme primitif, qu'on appelle fétichisme. Généreusement il dote de passions, d'idées semblables aux siennes une foule d'objets capricieusement choisis dans le milieu ambiant; en outre, il croit que certains individus ont par excellence l'oreille de ses fétiches, peuvent connaître leurs intentions, même les influencer; il a des sorciers, des féticheurs, et ces personnages jouent dans les tribus un rôle judiciaire des plus importants, mais des moins bienfaisants. Les nègres
i. Burton, Voy. aux grandi lacs, 463.