‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 88 sur 525 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'évolution sociale, comme attestant une loi nécessaire. — Or, au début des sociétés, dans les groupes définitivement sortis de l'anarchie initiale, la justice a une forme des plus simples ; elle est, on peut dire, animale. C'est le coup pour coup dérivant directement de l'action réflexe, physiologique. Seulement, comme il existe déjà une organisation sociale, surtout une étroite solidarité dans le sein des petits groupes, des clans consanguins, le « coup pour coup » se réglemente ; la coutume oblige les parties adverses à discipliner la vengeance, à garder une certaine mesure. Souvent un conseil de notables ou un chef élu surveillent le talion, le contiennent dans certaines limites, ou bien servent d'arbitres et tâchent d'amener des transactions, qui atténuent le droit de vengeance.

Sans doute toutcelaest grossier, primitif; mais néanmoins ces mœurs et pratiques sont moralement saines : elles attestent et fortifient la solidarité, base solide de toute société durable. Quand la tribu est devenue monarchique, un élément perturbateur et avilissant s'introduit dans le droit primitif et le vicie. Sans doute les vieilles mœurs subsistent longtemps encore, car l'homme peu'développé ne renonce pas volontiers aux coutumes des ancêtres; mais la capricieuse volonté du maître que l'on s'est donné perturbe profondément les anciennes pratiques. Ce petit potentat affiche ordinairement la prétention de disposer à son gré des choses et des gens; il revendique donc la fonction de grand justicier, non qu'il se soucie en rien de justice théorique, mais il entend affirmer son pouvoir, surtout prélever une part des compositions, décréter même, à son profit, de lourdes amendes, enfin satisfaire ses haines ou assouvir, au moyen de fructueuses confiscations, sa cupidité. — Dans la poursuite de ces visées très peu nobles, le maître est toujours puissamment aidé par d'autres usurpateurs, par les sorciers, devenus des

espèces de prêtres, qui, sincèrement ou non, ont l'oreille des êtres supra terres très, commercent avec les dieux, avec les mânes des décédés, même gouvernent les éléments, surtout savent faire pleuvoir. Toujours ces sorciers sacerdotaux sont au mieux avec les chefs et, presque invariablement, se font complices de leurs mauvais desseins. Dans ce but, ils ont inventé une procédure spéciale, celle des épreuves judiciaires, des ordalies, que, le plus souvent et sans trop de peine, ils savent diriger à leur gré.

Au point de vue juridique comme au point de vue politique, le passage du régime républicain au régime monarchique a donc marqué un recul moral. — Nous allons voir cette régression se continuer et s'accentuer encore dans les petites monarchies barbares.

CHAPITRfi IV

I. La justice dans V Afrique équatoriale et la Cafrerie. — A. Survivances républicaines chez les Bambaras, chez les Mandmgues. — Pénalité du vol. — Peine expressive. — Pénalité variable suivant les castes. — Excessif respoct de la propriété chez les Bambaras. — Pénalité de l'adultère chez les Bambaras. — La peine capitale au Soudan. — Le talion et la composition. — Justice royale dans le Karagouah. — Cruauté des supplices. — Peines expressives. — Justice royale dans l'Ouganda. — Caprices despotiques. — Pénalité de l'adultère dans l'Ouganda. — Pénalités collectives. — Variété des supplices. — Fructueuses amendes. — Caprices juridiques du roi de l'Achanti. — Talion marital. — La justice du roi de Dahomey. — Le droit royal de pillage. — Le roi juge et bourreau. — La prison au Dahomey. — B. Titres donnés au roi cafre. — Bon plaisir monarchique. — Survivances républicaines. — Le droit royal de vie et de mort. — L'homicide en Cafrerie. — Talion cafre. — Les droits du mari en Cafrerie. — Talion et composition*

— Palabre de conciliation. — Crimes religieux. — Crimes publics. — C. Le roi grand juge à Madagascar. — Évolution juridique à Madagascar. — La procédure malgache. — L'ordalie du tanguin. — La peine capitale. — Le fadi.

II. — la justice en Malaisie. — Justice de la tribu républicaine à Formose.

— Le talion pour vol. — La composition. — Le roi de Nacassar, grand justicier. — Pénalité du vol et de l'adultère en Malaisie. — Justice musulmane à Sumatra. — Vaddat. — Tribunal arbitral des petits chefs. — L'excommunication familiale. — Large extension de la pratique des compositions.

— Le serment judiciaire. — « L'emprunt d'une bouche ». — L'ancienne justice royale à Sumatra. — Chez les Battas. — Justiee féodale à Atchin. — La justice à Java.

III. Coup d'etil d'ensemble. — Loi d'évolution juridique. — A l'origine, point de justice abstraite. — Vengeance, talion et composition. — La justice royale.

— Les crimes religieux.

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