I. — LA JUSTICE DANS L'AFRIQUE ÉQUATORIALE
ET LA CAFRER1E
Jamais les formes politiques et les institutions ne naissent par cristallisation instantanée. C'est lentement, graduellement, qu'elles se développent à la manière des organismes vivants. Or, la tribu monarchique est manifestement l'embryon de la grande monarchie despotique; mais entre l'une et l'autre, il existe un état intermédiaire, qui les réunit, comme l'adolescence relie l'enfance à l'âge viril. Cet étal transitoire, c'est la petite monarchie barbare, curieuse à étudier; car on y trouve déjà le pouvoirabsolu d'un seul, qui s'épanouira sans vergogne dans les grands empires, mais qui coexiste encore avec certaines survivances démocratiques, reliques d'un âge disparu : celui de la tribu républicaine. C'est ce que nous allons voir, en étudiant l'organisation de la justice dans les petites monarchies barbares fondées par les races de couleur en Afrique, en Malaisie et en Asie. A. V Afrique moyenne. — Entre la tribu monarchique et la petite monarchie barbare, la limite est nécessairement indécise. La tribu monarchique devient petite monarchie simplement en grandissant, quand son chef a réussi à grouper sous son autorité un nombre déjà respectable de tribus, de villages, et peut jouer avec une suffisante importance son rôle de monarque. Dans l'Afrique moyenne, ces Etats intermédiaires sont fort nombreux. De l'Achanti à la région des Grands Lacs, ils forment une zone à peu près ininterrompue de groupes ethniques, constitués par des populations négroïdes plutôt que nègres: Bambaras, Maures, Mandingues1, qui se sont plus ou moins