Ibid
la civilisation de leur pays ; libre carrière était laissée à tous leurs désirs; ils avaient des flatteurs, une armée permanente, des centaines de femmes, etc. Un voyageur, s' étant introduit un beau matin dans la case de l'un de ces rois, nommé Panda, raconte qu'il trouva le monarque couché au milieu de dix jeunes femmes nues. L'une d'entre elles lui servait d'oreiller: une deuxième soutenait son bras droit; une troisième tenait sa main gauche et reposait sa tête sur la large poitrine du maître; une quatrième supportait la jambe droite du prince; une cinquième était couchée en travers de la jambe gauche f. Pourtant ces roitelets absolus, juges souverains de leur peuple, rendaient encore certains de leurs arrêts avec un appareil tout républicain dans la forme. Pour les causes capitales d'importance, Mossélékatsi réunissait son conseil, composé d'une trentaine de chefs. Moflat le vit condamner avec ces formes solennelles d'abord un sorcier, un faiseur de pluie, que l'on soupçonnait d'être un empêcheur de pluie*; puis l'un de ses officiers, qui comparut agenouillé devant le roi et son conseil. Dans ce dernier cas, la sentence de mort ayant été, à la prière du missionnaire, commuée en dégradation, c'est-à-dire privation des biens, des titres, des droits et rejet dans la classe des pauvres, le condamné refusa sa grâce et demanda à mourir de la mort des guerriers : t Je ne peux pas, disait-il, vivre avec les pauvres. » Sa requête fut écoutée et le lendemain on le précipita, du haut d'un roc escarpé, dans une rivière3. Mais tout ce cérémonial judiciaire n'entrave en rien la volonté du roi ; c'est une simple survivance à laquelle on a d'ailleurs assez rarement recours. Dans le train ordinaire de la vie et pour les sujets inférieurs, le roi a droit de vie et de mort; il est même des circons-