‹ L'évolution, la révolution et l'idéal anarchiqueChapitre 9 sur 15 · JO L'KVOLUTION, LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

JO L'KVOLUTION, LA REVOLUTION

Parmi ceux qui se déplacent il en est beaucoup certainement qui voyar^ent sans méthode et comme en aveugles ; en changeant de pays, ils ne changent pas de milieu et sont restés chez eux pour ainsi dire ; le luxe, les jouissances des hôtels ne leur permettent pas d'apprécier les différences essentielles de terre à terre, dépeuple à peuple ; le pauvre qui se heurte aux difficultés de la vie, est encore celui qui, sans cicérone, peut le mieux observer et retenir. Et la grande école du monde extérieur ne montret-elle pas les prodiges de l'industrie humaine également aux pauvres et aux riches, à ceux qui ont produit ces merveilles par leur travail et à ceux qui en profitent ? Chemins de fer, télégraphes, béliers hydrauliques^ perforateurs, jets de lumière s'élançant du sol, le déshé-

rite, s'il a pu se rendre compte du comment et du pourquoi, voit ces choses aussi bien que le puissant et son esprit n'en est pas moins frappé. Pour la jouissance de quelques-unes de ces conquêtes de la science, le privilège a disparu. Menant sa locomotive à travers l'espace, doublant sa vitesse et en arrêtant lallurc à son gré, le mécanicien se croit-il l'inférieur du souverain qui roule derrière lui dans un vagon doré, mais qui n'en tremble pas moins, sachant que sa vie dépend d'un jet de vapeur, d'un mouvement de levier ou d'un pélard de dynamite ! La vue de la nature et des ceuvrcs humaines, la pratique de la vie, voilà donc les collèges oi^i se fait la véritable éducation des sociétés contemporaines.

Quoique les écoles jiroprement dites aient, elles aussi, accompli leur évolu-

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cion clans le sens de l'enseignement vrai, elles ont une importance relative bien inférieure à celle de la vie sociale ambiante. Certes, Tidcal des anarchistes n'est point de supprimer l'école, mais de l'agrandir au contraire, de faire de la société même un immense organisme d'enseignement mutuel, oii tous seraient à la fois élèves et professeurs, où chaque enfant, après avoir reçu des « clartés de tout » dans les premières études, apprendrait à se développer intégralement, en proportion de ses forces intellectuelles, dans l'existence par lui librement choisie. Mais avec ou sans écoles^ toute grande conquête de la science finit par entrer dans le domaine public. Les savants de profession ont à faire pendant de longs siècles le travail de recherches et d'hypothèses, ils ont à

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se débattre au milieu des erreurs et des faussetés ; mais quand la vérité est enfin connue, souvent malgré eux et grâce à quelques audacieux conspués, elle se révèle dans tout son éclat, simple et claire. Tous la comprennent sans effort; il semble qu'on Tait toujours connue. Jadis les savants s'imaginaient que le ciel était une coupole ronde, un toit de métal, — que sais-je? — une série de voûtes, trois, sept, neuf, treize môme, ayant chacune leurs processions d'astres, leurs lois différentes, leur régime i)articulicr et leurs troupes d'anges et d'archanges pour les garder.

iMais dejuiis c|ue tous ces cieux sujktposés dont parlent la liihle el le I ahnud ont été démolis, il nest pus un enlant qui ne sache i[ue l'espace est libre, infini autour de la Terre, ('/est à jieinc

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s'il l'aj;)prc'nd. (^est là une vcritc qui fait désormais partie de l'héritage universel. Il en est de même pour toutes les grandes acquisitions scientifiques.

Elles ne s'étudient pas, pour ainsi dire, elles se savent; elles entrent dans Tair que Ton respire.

Quelle que soit l'origine de l'instruction, tous en profitent, et le travailleur n'est pas celui qui en prend la moindre part. Qu'une découverte soit faite par un bourgeois, un noble ou un roturier, que le savant soit le potier Palissy ou le chancelier Bacon, le monde entier utilisera ses recherches. Certainement des privilégiés voudraient bien garder pour eux le bénéfice de la science et laisser l'ignorance au peuple : chaque jour des industriels s'approprient tel ou tel procédé chimique et, par brevet ou

lettres patentes, s'arrogent le droit de fabriquer seuls telle ou telle chose utile à l'humanité : on a pu voir le médecin Koch obligé par son maître Guillaume de revendiquer la guérison des sujets de TEmpire comme un monopole d'Etat ; mais trop de chercheurs sont à Toeuvre pour que les désirs éi^-oïstes puissent s'accomplir. Ces exploiteurs de science se trouvent dans la situation de ce mac];-icien des Mille et une Xiiits qui descella le vase où depuis dix mille ans dormait un i^èn'ie enfermé, lis voudraient le faire rentrer dans son réduit, le clore sous triple sceau, mais ils ont perdu le mot de laconjuralion, et le génie est libre à jamais. Et par un étran^^e contraste des choses, il se trouve que, pour toutes les questions sociales où les ouvriers ont un intérêt direct et naturel à revendi-

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qucr régalitc des hommes, la justice pour tous, il leur est plus facile qu'au savant de profession d'arriver à la connaissance de la vérité, qui est la science réelle. Il fut un temps où la grande majorité des hommes naissaient, vivaient esclaves, et n'avaient d'autre idéal qu'un changement de servitude. Jamais il ne leur venait à la pensée qnn un homme vaut un homme ». Ils l'ont appris maintenant et comprennent que cette égalité virtuelle donnée par l'évolution doit se changer désormais en égalité réelle, grâce à la révolution, ou plutôt aux révolutions incessantes. Les travailleurs, instruits par la vie, sont bien autrement experts que les économistes de profession sur les lois de l'économie politique. Ils ne se donnent point souci d'inutiles détails et vont droit au cœur des ques-

tions, se demandant pour chaque réforme si, oui ou non, elle assurera le pain. Les diverses formes d'impôt, prog^ressive ou proportionnelle, les laissent froids, car ils savent que tous les impôts sont, en fin de compte, payés par les plus pauvres. Ils savent que pour la grande majorité d'entre eux fonctionne une (( loi d'airain », qui, sans avoir le caractère fatal, inéluctable qu'on lui attribuait autrefois, n'en présente pas moins pour des millions d'hommes une terrible réalité. En vertu de cette loi le famélique est condamné, de par sa taim même, à ne recevoir pour son travail qu'une pitance de misère. La dure expérience confirme chaque jour cette nécessité qui découle du droit de la lorce. Même quand l'individu est devenu inutile au maître quand il ne vaut plus rien,

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