V. — De Véloqnence arabe
A vrai dire, le Koran, est plutôt un ouvrage de genre oratoire que de genre poétique. Contrairement au goût dominant de sa race, Mahomet faisait peu de cas de la poésie proprement dite ; mais son livre est écrit dans le style cher aux orateurs arabes. Or les anciens Arabes estimaient l'éloquence presque autant que la poésie. De bonne heure ils s'exerçaient à composer des harangues. De ces harangues les unes étaient purement prosaïques, mais il en était d'autres dans lesquelles on observait un certain rythme et nous avons vu que précisément le Koran ou du moins la plus grande partie du Koran est écrite en prose ainsi rythmée et même avec un certain emploi de la rime. Cette éloquence poétique était de beaucoup la plus estimée et on comparait les discours de qjo genre à « des perles enfilées ». Au contraire les belles harangues simplement prosaïques n'étaient que d(»s « perles séparées » (1).
Les orateurs arabes n'étaient point des argumentateurs logiqu(»s, comme les orateurs grecs et romains. Ils procédaient par sentences isolées, par proverbes subtilement tournés, qui frappaient l'auditoire non point par l'enchaînement des raisons déduites, mais par l'élégance des expressions, la bonne structure des périodes. En résumé, les orateurs arabes, sensuels, comme leurs auditeurs, s'adressaient non à la raison mais à Timpressionnabilité sensitive. Or, tel est, d'un bout à l'autre du livre, le caractère des sourates^ dont la juxtaposition, sans liaison aucune, forme le livre sacré des Musulmans.
(1) G. Sale, loc. ciL {in Livres sacrés de l'Orient ^ 474).