‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 103 sur 209 · POÉSIE MONARCHIQUE ET PHILOSOPHIE ARABES · texte numérisé non relu

POÉSIE MONARCHIQUE ET PHILOSOPHIE ARABES

spontanéité, ni de couleur; souvent elle glorifie certaines vertus nobles et viriles. Il n'en est plus de même de la poésie sous les Khalifes. D'abord cette poésie a cessé d'être la fleur naturelle du génie arabo. Même pour la langue, elle est artificielle. En effet, au contact de races et de civilisations étrangères, la langue des Arabes s'est altérée et les écrivains ont dû adopter un langage raffiné, moins grossier, plus correct sans doute que celui du peuple et des provinciaux, mais ayant le défaut d'être difficilement intelligible pour la foule. Ce phénomène est ordinaire chez les peuples conquérants ; il s'est produit dans la Rome antique (1) ; mais il a des conséquences mortelles pour la fittérature, dont les racines vivantes sont dès lors coupées. Parfois les littératures, ainsi arrachées de leur sol naturel, empruntent une vie factice, plus ou moins durable à des œuvres étrangères : elles deviennent des littératures d'imitation. Le fait s'est produit à Rome, surtout sous les empereurs ; en France, sous Louis XIV. Mais l'esprit arabe manquait de souplesse littéraire ; de plus le Koran l'isolait du reste du monde. La poésie arabe ne se renouvela donc point au contact de celle des Grecs, par exemple, à laquelle elle ne fit aucun emprunt. Et, comme en même temps cette littérature subissait la néfaste influence de la monarchie absolue; elle perdit tout ressort, toute liberté d'allure. La poésie fut protégée, rémunérée par les souverains, mais en retour asser\ae par eux. Le poète devint un fonctionnaire et surtout un courtisan. Aussi la poésie adopta un langage pompeux et vague, qui lui permettait de chanter pour ne rien dire :

« Qu*il est beau, disait un poète à Mançour, Khalife de Cordoue, le palais que tu remplis de ta gloire, ô Roi I Tu nous rappelles le paradis, quand tu nous montres ces salles immenses aux voûtes élevées. A cette vue, les fidèles multiplient les œuvres méritoires et espèrent le jardin céleste et les robes de soie C'est un ciel nouveau parmi les

i; Posnett, Comp. Litier, 237.

sept deux : il peut mépriser Téclat de la pleine lune ; car il voit sur sa sphère lever Tastre de Mançour, etc., etc. » (1).

Des volumes de ce lyrisme banal et flagorneur ne valent pas le moindre distique rimé par un poète quelconque, ayant le mérite essentiel de penser et de chanter librement. Les poètes arabes de la décadence monarchique avaient pleinement conscience de leur infériorité et ils ont toujoui*s proclamé que les anciens étaient leurs maîtres.

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