VI. — La valeur des Littératures sémitiques
Nous pouvons maintenant apprécier d'une manière générale la valeur des littératures sémitiques. Ces littératures sont particulièrement sensitives, ont beaucoup de couleur et peu de pensées. Elles sont l'œuvre de races, chez qui la raison cède le pas à la sensation, dont la tête est pleine de féeries et assez rebelle au raisonnement. A ce coloris souvent trop violent il faut joindre une grande énergie de la volonté, qui se traduit par un style ramassé, concis. Le côté moral, sentimental est médiocrement développé ; l'amour est purement sensuel ; l'orgueil de race, extrêmement développé, pousse à un patriotisme étroit, à un mépris farouche non seulement pour les étrangers en général, mais même pour des congénères ayant des dieux différents.
En effet la portée intellectuelle est si médiocre, que l'on ne peut se détacher des conceptions mythiques, si peu raisonnables qu'elles soient. On croit aveuglément, sans examen et avec passion. La théocratie n'a presque pas besoin d'invoquer
(i) J. Oppeit, loc. cU.t li, 4&i.
Évolution littéraire. * 20
le secours du bras séculier contre une raison qui jamais ne proteste. Au contraire, les écrivains s'échauffent de bonne foi pour des conceptions mythologiques très grossières; volontairement et sans résistance, ils réduisent leur esprit en esclavage.
Cet asservissement mental, doublant Tasservissement politique, a fini par ôter toute valeur à la littérature arabe. La littérature juive, elle, a conservé une certaine vigueur, en s efforçant par la bouche des prophètes d'associer quelque progrès moral à la religion pure, en glorifiant les œuvres aux dépens des rites et cérémonies. Quant au souci purement intellectuel, à l'introduction de pensées élevées et libres au milieu des images et des élans passionnés ; c'est là un luxe intellectuel, que les littératures sémitiques n'ont pas connu.