LA DANSE ET LA MUSIQUE CHEZ LES INDOUS
raes (1) ». A prendre le texte au pied de la lettre, les danseuses auraient, chez les Aryas, été complètement nues; il faut sans doute entendre qu'elles étaient légèrement vêtues.
Les bayadères actuelles sont probablement les descendantes de ces danseuses d'autrefois, et, dans Tlnde, où tout se conserve, la danse de ces bayadères nous peut donner quelque idée de celles des danseuses védiques. Aujourd'hui, chaque pagode a sa troupe de bayadères et de musiciens. Ces danseuses sacrées sont même les seules femmes libres de l'Inde, les seules à qui il soit permis de danser et d'être aimables avec les hommes. Relativement instruites et toujours élégantes, elles sont un élément d'attraction dans les fêtes religieuses, extrêmement fréquentes, et dont certaines, celles des grandes pagodes, attirent parfois les fidèles par centaines de mille (2). La danse des bayadères est dans le mode archaïque, car elle consiste en une mimique très étudiée, mais elle s'éloigne de la coutume primitive, en ce qu'elle est exécutée par une seule danseuse, que l'orchestre des musiciens accompagne. Hors des pago.lcs, la danse des bayadères, toujours mimique, représente ordinairement une scène amoureuse. Parfois aussi plusieura bayadères se réunissent pour exécuter sur place divers jeux, prendre divei-ses attitudes (3).
Les danseuses associent souvent le chant à la danse ; mais le plus souvent les chants sont exécutés par les musiciens, la danseuse ne se chargeant que dos gestes. Tiès souvent on loue des bayadères pour rehausser l'éclat des fêtes de famille, particulièrement des mariages. Leurs gains vont en partie dans la bourse des musiciens ; mais^ pour la plus grosse part, dans celle de la pagode, c'est-à-dire des Brahmes. C'est de leurs amants, que vient aux bayadères le plus clair de leurs profits personnels. Les riches Indous entretiennent
(1) Rig-Véda, sect. I, Icct. VI, h. X, 12.
(2) Lemairesse, CUan'.s po^mlaires du sud de l'Inde, \, ir,5. f3) Ibid., 134, 135.
314 LA LITTÉRATURE LYRIQUE DANS l'iNDE.
souvent une bayadère, non seulement parce que cela leur fait honneur, mais parce que c'est une action réputée méritoire au point de vue religieux. Les Brahmes disent et même chantent que « le commerce intime avec une bayadère est un acte vertueux, qui efface les péchés (1) ».
Dans les fêtes des pagodes, les bayadères chantent des hymnes, qui célèbrent les dieux ou en racontent les aventures mythiques. Ces chants sont coupés par des refrains revenant à intervalles réguliers et il en est, probablement les plus anciens, qui consistent simplement en une cadence indéfiniment répétée (2) ; ce sont des romances sans paroles.
Dans le Rig-Véda, un grand nombre d'hymnes nous apprennent que les poésies de ce recueil étaient chantées, et elles pouvaient l'être, au moins en partie, par les femmes, qui, moins asservies alora qu'elles ne le devinrent plus tard, participaient ; aux sacrifices et cérémonies du culte chez les Aryas védiques.
Les airs, aujourd'hui chantés dans les pagodes, sont très monotones et la musique instrumentale, qui les accompagne, est déplaisante pour les oreilles européennes. Celle des chantres védiques semble avoir été extrêmement primitive, puisque les hymnes ne mentionnent qu'un seul instrument, le carcari, tam-tam rudimentaire, consistant en une membrane tendue sur un vase (3). Les hymnes védiques se chantaient sur divers tons et mètres, que le texte appelle la gayâtri et le trichtoubh^ sans plus d'explications (4). Aujourd'hui les accompagnateur sacrés se servent de basse et de contre-basse (5).
Les grandes fêtes religieuses des Hindous ont conservé le caractère des festivals mimiques, que nous avons trouvés chez les primitifs. Ce sont des processions, où, au moyen de travestissements et de mannequins, on représente des seines
'1) Lemaircssc, loc. cit., I, 132/ .
(2) Lemaircsse, loc. ci7., I, 134.
(3; Rig-Véda, sect. II, loct. VIII, h. VII.
(4; Ibid.
[Je Lemairesso, loc. «7., I, 13i.