‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 122 sur 209 · LA POÉSIE DU RIG-VÉDA · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DU RIG-VÉDA

des chars. Ces imaginations simplistes donnent lieu à des comparaisons colorées mais grossières. Les étoiles disparaissent devant le soleil « comme des voleurs » (1). Indra visite les hommes « comme le taureau, qui s'approche amoureusement de sa compagne » (2). Le tonnerre mugit « comme la vache ». La foudre suit les Marouts, les vents, « comme le veau sa mère » (3). Ces Marouts, montés sur des chars aux roues d'or, amoncèlent les nuages en montagnes (3) ; ils enseignent à la vache-nuée à pleuvoir et au milieu des mugisî=iements de la foudre, ils savent traire cette intarissable nourrice. Leurs chars, attelés de daims rougeâtres, renversent les forêts « comme le font les éléphants sauvages » (4). Agni (le feu) s'alt-ache au bois « comme la génisse à la mamelle de sa mère » ; il est « le jumeau du passé et celui de l'avenir » (5). « Comme un taureau au milieu du troupeau », ce dieu brillant règne sur le bûcher, qu'il « mord de ses dents de flamme » (6). Les offrandes vont à Agni « comme les sept fleuves à l'Océan » (7). La pensée du poète védique vole vers le dieu Indra « comme l'oiseau vers son nid » (8) ; il va vers le dieu, « comme Tépervier à son nid » (9). Agni dévore les aliments secs, « comme les bestiaux broutent » (10).

Par un procédé en usage chez beaucoup de populations primitives, surtout dans les régions tropicales, les Aryas se procuraient du feu, le feu d'Agni, alimenté dans les sacrifices avec du beurre fondu, en faisant glisser rapidement la pointe d'un bâton dans la rainure d'un autre. De là des métaphores

1) Uig-Véda, sect. IV, lect. I, h. XIV. ii) Ibid., Icct. I, sect. I, b. VU.

,3; Scct. I, lect. III, h. VI.

\k) Soct. I, lect. V, h. III.

:5) Ibid., h. V.

(6 Sect. I, lect. IV, h. XII. ' .7 Scct. I, lect. V, h. X.

S) S-ct. I, lect. II, h. VI.

,0 Sect. I, lect. III, h. I.

(10; Scct. IV, lect. I, h. XV.

318 LA LITTÉRATURE LYRIQUE DANS l'iNDE.

sans cesse répétées : Agni (le feu) est Tenfant de la force ; il a deux mères ; dix ouvriei's (les doigts) délivrent ces deux mères, etc. (1).

Le dieu Indra, comme la mer, reçoit dans son sein les vastes torrents du ciel ; il aiguise ses traits « comme le taureau ses cornes » (2). Indra étend, « comme deux vastes boucliers », le ciel et la terre (3). Le soleil est traîné par sept coursiers et il produit le jour en étendant sur la terre une toile radieuse (4). Indra est toujours en lutte avec le magicien Vritra, qui a capturé les vaches-nuées ; le dieu frappe le nuage endormi, comme attentif ; il perce Tennemi de sa foudre, alors la mamelle des vaches s'ouvre et la bienfaisante pluie tombe (5).

Le bruit du vent, c'est la voix des Marouts, rugissant comme des lions (6) ou bien simplement le claquement de leur fouet (7). Ces Marouts secouent le nuage, comme on secoue un arbre (8) ; à leur vue, la terre s'agite « comme un navire chargé s' abîmant dans les flots » (9).

Pour quiconque n'a pas l'esprit égaré par ce qu'on peut appeler le morbus linguisiiciis compliqué de morbus reliffiosusy tout cet animisme enfantin est le contraire du sublime ; il est diflicile d'expliquer plus grossièrement les phénomènes naturels. Il est donc possible que ces imaginations si simples soient sorties du cerveau des Aryas tout à fait primitifs et que les prêtres védiques d'abord, les Brahmanes, recenseurs des hymnes ensuite, se soient seulement efforcés de leur donner une tournure littéraire.

Pour les profanes, la lecture de ces hymnes, dont la couleur

(1) Hig-Véda, sect. II. lect. II, h. Viïl.

(2) Rig-Véda, sect. I, lect. IV, h. IX.

(3) Sect. V, lect. VIII, h. II.

(4) Sect. III, lect. V, h. IX.

(5) Sect. II, lect. VI, h. UI.

(6) Sect. III, lect. I, h. XX.

(7) Sect. I, lect. III, li. V.

(8) Sect. IV, lect. III, h. VIII.

(9) Sect. IV, lect. III, h. XHI.

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