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LA POÉSIE DU RIG-VÉDA

« Calmez votre fougue ; donnez-moi un facile passage ; car, ô rivière, la force de votre courant renverse nos chars. » — « Prêtre, nous entendons tes paroles. Nous te saluons, comme Tépouse respectueuse ; nous te vénérons, etc. » — « Que les rênes de nos coursiers s'élèvent audessus de vos ondes, ô rivière. Ne touchez pas à leurs jougs. Que des rivières aussi respectables que vous ne deviennent pas pour nous la cause d'un désastre; qu'elles nous soient propices » (1).

Un autre dialogue entre un frère appelé Yami et sa sœur appelée Yama semble destiné à flétrir au point de vue moral, les relations incestueuses entre frère et sœur (2). — Le dialogue entre la nymphe Oitrvasi et son amant humain Poiirouravas a, plus que tous les autres, le caractère d'un scénario dramatique, il a dû être joué dans les temps védiques et nous savons que, bien plus tard, le poète Kalidasa en a tiré une comédie. Le dialogue védique renferme quelques expressions énergiques. La nymphe, qui a suivi son amant dans sa maison lui dit : « Tu es mon roi, le roi de mon coips ». Elle nous apprend qu'en daignant s'unir aux hommes les immortelles « étalent leurs formes brillantes, légères comme des oiseaux, folâtres comme de fringantes cavales ». Elle affirme que les femmes, prises d'amour, « n'ont pas des cœurs de chacal » et finit par inviter son amant à la suivre dans le ciel « pour s'y livrer aux plaisirs » (3). Pour une créature éthérée, c'est là un amour fort sensuel. Nous en pouvons conclure, que les Aryas védiques n'en connaissaient guère d'autre.

Quelques hymnes cosmogoniques, panthéistiques, ont une certaine grandeur d'expression ; mais ce sont sans doute des interpolations brahmaniques. En voici un qui se termine par une déclaration des plus sceptiques :

" Rien n'existait alors ni visible, ni invisible. Point de région supérieure ; point d'air, point de ciel. Oii était cette enveloppe du monde ? Dans quel lit était contenue l'onde? Où étaient les profondeurs impéné-

(1; Sect. ni, Icct. n, h. IV.

(2; Seci. VII, lect. VI, h. V.

(3; Sect. Vm, Icct. V, h. I.

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trahies de l'air ? >> — « Il n'y avait point de mort, point d'immortalité. Rien n'annonçait le jour ni la nuit. Lui seul respirait, ne formant aucun souffle, renfermé en lui. » — « Au commencement, les ténèbres étaient enveloppées de ténèbres ; Teau se trouvait sans impulsion ; tout était confondu ; Têtre reposait au sein du chaos et ce grand tout naquit par la force de sa piété. » — « Au commencement Tamour fut en lui et de

son esprit jaillit la première semence >> — « Qui connaît ces

choses ? Qui peut les dire ? D*oû viennent les êtres ? Quelle est cette création ? Les dieux aussi ont été produits par lui ; mais lui, qui sait comment il existe? » (1).

Il est impossible de ne point remarquer certaine ressemblance entre le début de cet hymne et celui de l'hymne à Taaroa, que j'ai cité en parlant de la Polynésie. Msûs il est certain aussi, que la dernière strophe de l'hymne, véritable cri d'impiété, ne saurait avoir été composée par les Arjas védiques; elle suppose un état d'inquiétude philosophique, que ces barbares n'ont sûrement pas connu. On ne saurait non plus attribuer aux antiques Aryas quelques hymnes du Rig, qui exposent, dans toute sa netteté, la doctrine panthéistique. A la rigueur les hymnes védiques sont panthéistiques en ce sens, qu'ils déifient divers objets ou phénomènes du monde physique, lequel est un ; mais leurs auteurs n'ont eu nullement conscience de cette unité, dont l'idée, pour naître, suppose une grande maturité intellectuelle. La date la plus reculée, que l'on puisse assigner à ces hymnes nettement panthéistiques sera donc, au plus, celle de la naissance du Brahmanisme.

Je ne me suis encore occupé que du Rig-Véda, il me reste maintenant à parler des autres Védas, de ceux qui ont clé surajoutés par les Brahmanes au Véda primitif.

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