‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 125 sur 209 · LA POÉSIE DES VÉDAS BRAHMANIQUES · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DES VÉDAS BRAHMANIQUES

eux, les hymnes du Rig, Sur ce recueil ils ont gi'effé des productions absolument brahmaniques : le Sâma-Véda, les Yadjour-Véday YAtharva-Véda. En outre leurs annotations, explications, etc., ont pris d'énormes proportions et sont devenues les Soutras, les Brahmanas^ les Oupanichads, Les Brahmanes se sont encore assuré le monopole de la littérature politico-religieuse, de cette littérature qui règle tout dans rinde, et ils y sont parvenus en conservant, sans autre secours que la tradition orale et mnémonique, les poésies sacrées, quoiqu'il existât dans le pays deux alphabets, dès Tan 250 av. J. Christ. Les Brahmanes ont même fini par confisquer la langue sanscrite, en continuant à s'en servir, à lépoque où par le fait de la conquête, des siècles écoulés, du mélange ou du commerce avec des races non védiques, la langue primitive avait été remplacée par de nombreux dialectes. Alors le Sanscrit finit par n'être plus parlé ; il passa à Tétat de langue sacrée ; mais les poètes et commentateui*s brahmaniques pei*sistèrent à en faire leur langue n^ligieuse et littéraire. Le Sanscrit devint ainsi un idifome de caste et, dans les hymnes, les épopées, on récrivit en vers, en vers du Rig, et cela pendant plus de 2000 ans (1) ; ce fut quelque chose, comme le Latin de Tlnde.

Nous ne saurions évidemment nous plonger dans une étude détaillée de la littérature brahmanique, qui s'est greffée sur le Rif/.

En général cette littérature est moins spontanée, moins lyrique que les hymnes védiques ; car les liens étroits de Torihodoxie, des rites, des formules, des images et idées consacrées sont difficilement compatibles avec les élans spontanés de l'inspiration ; çà et là cependant, les auteurs sacrés ont rencontré des formes et des pensé(îs plus ou moins heureuses. A.insi une légende, celle de Sounahséph*a, contenue dans

(1) Posnctt, Comp, Littérature, 299. •— Bibliothèque orientale^ II, p. 1 llotroductioii;.

'i2A LA LITTÉRATCRE LVRlQL'E DA?(S L CCM.

y Aitareya-Brahmana du Rig^ glorifie en ces termes le bonheur d*avoîr un fils :

" l>e plaisir, qu'un fiU cause à son père, est plus grand que tous les plaisirs provenant de la terre, du feu ou de Teau. Cest toujours au moyen d'un fils, qu'un p»ère dissipe les ténèbres dont il est entouré; c*est lui qui renaît dans son fils ; Fun est pour l'autre, comme un vaisseau chargé de provisions qui le transportera au loin.... Brahmane essiiyez d'avoir un fils, et, pour vous, il représentera le monde entier.

La nourriture nous soutient; le vêtement nous couvre: l'or nous pare; le liétail nous sert ; notre femme est notre meilleure amie ; notre fllle est un objet de soucis ; mais notre fils est la plus éclatante des lumières. — Un homme, en s'unissant à sa femme, devient son enfant et elle devient sa mère ; renaissant en elle, il vient au monde vers le dixième

mois Los dieux ont dit à l'homme : « En elle et par elle tu rcvi\Tas.

L'existence n'est rien pour quiconque est sans fils; les bêtes ellesmêmes le savent bien » (1).

Lc»H hymnes des Védas brahmaniques sont ou des imitations des hymnes védiques ou des hymnes franchement panlbéistiqucs, dont quelques-uns ne manquent pas d'une certiûne ampleur métaphysique :

" Un maître souverain rogit en monde des mondes.... Cet être uniqur;, que rien ne peut atteindre est plus rapide que la pensée et les dieux eux-mêmes ne peuvent comprendre ce moteur suprême, qui les a tous devancés. Tout immobile qu'il soit, il dépasse infiniment les autres et le vent n'est pas plus léger que lui. Il meut ou ne meut pas, comme il lui plaît, le reste de Tunivers ; il remplit cet univers entier et le dépasse infiniment. — Quand l'homme sait voir tous les êtres dans ce suprême Esprit, et ce suprême Esprit dans tous les êtres, il ne peut plus dédaigner quoi que ce soit. Pour quiconque a compris que tous les êtres existent seulement dans cet être unique ; pour quiconque a senti cette identité profonde, quel trouble, quelle douleur, peut désormais l'atteindre Ils sont tombés dans une nuit bien profonde, ceux

qui ne croient pas à l'idonlilé des êtres; ils sont tombés dans une nuit bien plus profonde encore, ceux qui ne croient qu'à leur identité, etc. » (2).

(1) Pli. Soupe, Les llymnogmphes des Védas,

(2^ Isa Oupanichad in Bibliothèque orientale ^ II, 30.

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